Choux de Siam

Parce que j'aime les choux de Siam, et pas seulement la grammaire (carnet dédié à monsieur Raymond Laganière, autrefois professeur de français à la polyvalente Donnacona)

dimanche 9 octobre 2005

Accord par syllepse

Accord par syllepse; accord du possessif; accord du pronom personnel; accord du verbe; monde.

  • [...] du "bon monde" tranquille, sans histoire, du monde ordinaire comme on dit ici, s'insurge contre l'installation d'une maison pour personnes âgées dans leur rue, à Québec, au prétexte que leur quiétude sera mise à mal [...] (Denise Bombardier.)

Ainsi donc, nous parlerons aujourd'hui de l'accord par syllepse.

[Comment? Il y a un autre problème dans cette phrase? - Certes, mais nous verrons cela demain, n'ayez crainte.]

Qu'est-ce donc qu'un accord par syllepse? C'est un accord qui se fait "selon le sens et non selon les règles grammaticales", nous dit le Petit Robert.

Cet accord n'est pas toujours approprié dans la langue soutenue; il me vient tout de suite à l'esprit un titre bien connu de l'humoriste Clémence Desrochers, Le monde sont drôles. Grevisse écrit, à ce sujet, que "la langue populaire met parfois au pluriel les mots se rapportant à des noms collectifs singuliers" (autres que les mots exprimant une quantité, comme douzaine, nombre ou moitié).

Madame Bombardier, comme il convient dans un texte sérieux, a laissé le verbe s'insurge au singulier; mais que dire du déterminant possessif leur? Aurait-il fallu reformuler la phrase, ou était-il correct d'utiliser un pluripossessif, indiquant plusieurs possesseurs, pour renvoyer à monde, substantif singulier?

Grevisse semble autoriser cet emploi, sans le limiter à la langue populaire (paragraphe 593, d, de la douzième édition du Bon usage) :

Jamais, depuis son enfance, elle n'avait approché d'un homme en soutane; elle éprouvait à leur égard [...] (É. Baumann.)

Il paraît aussi admettre que le pronom personnel s'accorde, "non avec son antécédent (surtout si celui-ci ne figure pas dans la même phrase ou sous-phrase), mais avec la signification impliquée par cet antécédent" :

La pauvre Barbe-bleue se doutait bien de quelque chose, mais il ne savait pas de quoi. (A. France.)

Dans la phrase à l'étude, on aurait donc pu écrire, en parlant du monde ordinaire, qu'ils prétextent que leur quiétude sera mise à mal.

Non, je ne serai probablement jamais à l'aise avec ces "syllepses occasionnelles". Mais elles ne sont pas interdites, je l'ai z'appris tout à l'heure.

Line Gingras

"Faire la fête?" : http://www.ledevoir.com/2005/10/08/92200.html

Posté par Choubine à 23:17 - Langue et traduction - Commentaires [4] - Permalien [#]

Commentaires

    Bonjour,
    Je découvre votre blog et suis impressionné. soyez indulgente envers mes fautes d'orthographe.
    Les accords par syllepses... Il m'arrive d'être souvent bien embarassé pour faire mes accords.
    Amicalement.
    Chaque homme.

    Posté par chaque homme, lundi 10 octobre 2005 à 13:58
  • Bon d'accord, je ne vous taperai sur les doigts qu'avec une règle en papier pelure.

    "La grammaire est une chanson douce", mais parfois elle se donne de grands airs. Et personne ne la connaît par coeur.

    Amitiés!

    Posté par Choubine, lundi 10 octobre 2005 à 14:36
  • syllepse avec un démonstratif

    Je suis heureux de découvrir quelqu'un qui s'intéresse aux syllepses. Que pensez-vous de cet exemple, qui comporte une syllepse du pronom démonstratif et que j'ai pêché dans la préface du Dictionnaire amoureux des langues de Claude Hagège :

    Les langues ne sont pas un sujet bien circonscrit comme ceux qu'abordent ces autres oouvrages de la collection.

    Pour ma part, je suis choqué pqr ce démonstratif au pluriel avec un antécédent singulier...

    Posté par Francophone, vendredi 10 juillet 2009 à 09:56
  • Rien de choquant !

    Je ne vois pas ce que cet accord a de choquant et c'est à peine une syllepse. Il s'agit en fait de la comparaison d'un élément avec une collection d'éléments similaires.

    On pourrait multiplier les exemples :

    La tournure est très fréquente avec les comparatifs d'infériorité ou de supériorité ;
    Il est plus (moins) grand que les autres.

    Mais même avec les comparatifs d'égalité :
    Il est aussi nul que les autres.

    Et avec "comme" :
    Il est nul, comme les autres.

    Ce que veut dire Hagège, c'est que la collection à laquelle se rattache son ouvrage traite en général de sujets bien circonscrits et que celui de son propre ouvrage, les langues, n'en est pas un.

    Posté par Asina aurea, vendredi 7 août 2009 à 17:48

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