Choux de Siam

Parce que j'aime les choux de Siam, et pas seulement la grammaire (carnet dédié à monsieur Raymond Laganière, autrefois professeur de français à la polyvalente Donnacona)

vendredi 10 septembre 2010

Saint-Raymond est en deuil

Augustine Plamondon; organiste; Saint-Raymond de Portneuf.

Saint-Raymond est en deuil : madame Augustine Plamondon, je viens de l'apprendre, est morte le mardi matin 7 septembre, à l'âge de cent deux ans et huit mois. Je ne pourrai jamais vous dire tout ce qu'elle a été pour moi. J'écrivais à son sujet, il y a cinq ans :

[...] cette femme d’exception, qui m’a enseigné la musique – et inculqué l’amour du beau, la dignité de l’être humain – comme à plusieurs générations d’enfants de mon village, c’est madame Augustine Plamondon. Vous l’avez peut-être déjà vue, même vous qui me lisez des vieux pays; car elle a donné des leçons de piano au parolier Luc Plamondon, lorsqu’il était petit, et il est resté attaché à mademoiselle Augustine. Peu de gens auront marqué aussi profondément qu’elle, et sur une aussi longue période (elle a tenu l’orgue Casavant de Saint-Raymond pendant plus de soixante-dix ans), la vie de leur communauté.

Line Gingras
Québec

http://laplumeheureuse.canalblog.com/archives/2005/09/14/806385.html

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samedi 22 mars 2008

Eau de Pâques

Avant le matin, dans la blancheur polaire
Nous irons

Sous nos raquettes à la file
S'enfuiront les songes
Avec des chuintements d'éveil

Devant l'aube nous irons, bouteille à la main
Recueillir au bout du chemin creux
Pour la soif des chagrins à venir
Des frissons d'étoiles

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mercredi 19 juillet 2006

Ma tante Yvonne

Yvonne Auclair; Yvonne Roussel; Émile Roussel; Magella Auclair.

Lorsque j'étais enfant, ma grand-tante Yvonne nous arrivait dans le p'tit rang croche plusieurs fois par année, soufflée vers nous, depuis la mystérieuse contrée de Rivière-du-Loup, par un vent joyeux qui bousculait le travail, échevelait le quotidien, chamboulait les certitudes.

Elle nous étreignait tous avec passion, riait, elle si menue, de voir que ses petits-neveux allaient bientôt la dépasser; elle voulait accompagner mon père au marché Saint-Roch, tenait à visiter toute la parenté, se mettait à cuisiner.

Son entrain épuisait sa soeur aînée - Magella, ma grand-mère paternelle, qui l'adorait tout en s'inquiétant de ses idées extravagantes : sa soif de liberté, son nomadisme, son manque d'enthousiasme pour la messe du dimanche. Faut dire qu'elle fréquentait, ma tante Yvonne, les lacs, les rivières, les forêts bien plus que les églises.

Mon grand-oncle Émile l'accompagnait quelquefois et nous divertissait avec ses tours de magie. Il est mort lorsque j'avais huit ou neuf ans. Grand-maman Dion nous a gardés, mes frères, ma soeur et moi, pendant que mes parents s'absentaient pour les obsèques.

C'est ma tante Yvonne, je m'en souviens, qui m'a donné mon premier livre, Une journée au bord de la mer. J'avais quatre ans, je ne savais pas encore lire; mais j'ai été intriguée, pendant des années, par une expression bizarre qui s'y trouvait : en deux temps, trois mouvements; et certaines des illustrations sont restées étonnamment nettes dans ma mémoire. Plus tard, c'est elle aussi qui m'a apporté, entre autres, Sur les ailes de l'oiseau bleu et Une révolte au pays des fées, de Marie-Claire Daveluy. Des oeuvres dont j'ai raffolé, surtout la première.

Malgré cela je lui en ai longtemps voulu, à ce petit bout de femme toute ronde et aimante; j'ai eu longtemps, très longtemps une dent contre elle - oh! pas bien grosse et comme honteuse, un peu cachée derrière les autres, celles qui sourient, mais quand même.

C'est un de mes souvenirs les plus lointains. Je suis assise sur le petit pot, installé au beau milieu de la pièce principale, sur la trappe de la cave. Et pendant que je suis là, le pantalon baissé, condamnée à mener à terme une opération plutôt intime devant tout le monde, ma tante Yvonne me fait l'offense de me prendre en photo.

Ma dignité a fini par s'en remettre, une trentaine d'années plus tard - lorsque, feuilletant un vieil album, je suis tombée sur cette image que je n'avais jamais vue : une fillette aux longs cheveux en boudins, l'air impassible, sur le pot en question, que l'on devine (parce que le pantalon dissimule tout ce qu'il peut y avoir à dissimuler); elle n'a pas deux ans. Trop mignonne. Moi aussi, je l'aurais photographiée.

Ma tante Yvonne, je l'ai su lundi soir, est morte samedi dernier. Elle venait d'avoir 96 ans.

Je la reverrai, jeune et pétulante, dans les bois éternels.

Line Gingras

[Note : J'ai décidé de nommer les personnes dont je parle ici, dans ce portrait pour le moins personnel et forcément très incomplet. Il m'a semblé que les descendants qui chercheraient leur trace, dans cette région de notre univers qu'est Internet, ne devaient pas repartir bredouilles.]

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dimanche 25 juin 2006

Connaissances

Ils vivent au coeur du labyrinthe; n'en sortent presque jamais. Le monde vient à eux.

Ils vivent au bord d'un canal. Sur le campiello, devant leur porte, il y a une fontaine, un robinet toujours ouvert. Les pigeons s'y mouillent les pattes. Les chiens, les chats s'y abreuvent. Les femmes y lavent les mains des petits. Des hommes, le jour, se garent tout près; ils grimpent sur la place, saisissent le seau de plastique blanc, en jettent le contenu sur leur barque; vont livrer quelque marchandise; échangent deux mots avec les habitants, repartent.

Le soir, des trains de gondoles promènent les touristes, avec chanteur et accordéon. On ouvre de grands yeux devant la vieille église, la terrasse illuminée, le petit pont de biais. Aux tables de la terrasse, les clients, aussi, regardent. Du haut du pont, on dirait une noce.

Eux, qui tiennent la trattoria familiale et à qui le monde, ainsi, rend visite, vont et viennent avec les napperons à carreaux, les plats de pâtes, les assiettes de pizza, les bouteilles d'eau minérale. Le soir, ils n'ont pas le temps de parler. L'après-midi, à l'heure de fermer, ils se disputent. Souvent des voisins passent entre les tables, en maugréant.

Depuis des années je viens là, manger près de la fontaine. Je suis patiente avec le fils retardé. La petite-fille boudeuse, j'étais sur place la veille de sa naissance, lorsque sa mère - l'une des deux filles de la maison, mais l'autre ne travaille plus à la trattoria - a pris l'ambulance; elle aura, je pense, quatorze ans bientôt. Le père, jadis, a fait escale à Montréal, quand il était marin. La mère, la dernière fois, m'a demandé des nouvelles de la mienne; j'ai dû lui apprendre qu'elle était morte, peu après ma visite précédente.

De simples connaissances. Qui peut-être pensent à moi, là-bas, et ne savent pas mon nom.

Line Gingras

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dimanche 16 avril 2006

Matin de Pâques

À Pâques le soleil danse
À son lever comme ça
Il pose un pied par terre
Et puis l’autre
Et ensuite il se brosse les cheveux
À Pâques le soleil danse
Sur un croûton de miel
Et glisse les orteils
Sous les roses des ruisseaux

Choubine
16 mars 1999

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jeudi 9 février 2006

Intimité

Le soir a mis sa pèlerine de glace
Allons un instant sous les branches
Quelques lueurs encore jouent
Sur la neige mauve orange
Et ce qui reste de beauté
Ferme les yeux

Choubine

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dimanche 8 janvier 2006

Nuit de printemps

C’est l’étoile parlant au glaçon
Des grands espaces noirs
Qui boivent la lumière
Tandis que l’enfant triste
Debout sur le balcon
Écoute, bouche ouverte

Choubine

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vendredi 6 janvier 2006

L'enfant s'est oublié...

L’enfant s’est oublié parmi les herbes hautes
Sur un tapis grouillant d’insectes diablotins
Dans l’ombre mauve où plonge le chant clandestin
Des cigales pinçant les trèfles qui tressautent

Et pour la nuit qui vient telle une pentecôte
Il souffle dans sa flûte un son timide et fin
Où se fond le soleil en rouge bruit d’airain
Ramenant le silence où expirent les fautes

Que ne peut-il dormir en ce refuge vert
Effacé de la vie, dans l’éternelle extase
Et s’en aller ravi sur les chemins de l’air

Où les anges dessinent des parfums d’étoiles
Mais il s’en retourne dans la brise qui jase
Et ne sait pas le rêve des grands champs de voiles

Choubine

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mardi 3 janvier 2006

La petite morte

On l'a retrouvée dans un fossé, ou juste à côté, la petite morte. Son casque - l'avait-elle mis? - un peu plus loin. Son ami, un cousin à moi, légèrement blessé. Ils allaient vite, peut-être : ils aimaient la vitesse; ça nous faisait sourire. Ils s'aimaient, aussi. Ils étaient beaux.

Ils revenaient par les champs, en tout-terrain; avaient soupé chez une tante à lui.

C'était en 2002, le soir du premier de l'an. Elle n'avait pas vingt ans, ma nièce, la petite morte.

Line Gingras

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jeudi 1 décembre 2005

Il est dans la montagne...

Il est dans la montagne un coin secret des bois
Que dore le soleil au berceau du feuillage
Où la lumière enfant depuis l’aube de l’âge
Danse et joue dans le vert que du sol elle boit

Oh! le calme des jours et des nuits dans la voix
Des grands érables forts et des libres nuages
Je demeure en ce lieu où n’est plus de mirage
Ici l’on vit et meurt en une seule fois

Et je grandis dans l’air, lors qu’en cette heure immense
Ciel et terre embrassés regardent gravement
Je suis le sapin bleu qui neige sur décembre

Et qui va où il veut, en marchant sur les vents
À l’intérieur de l’âme en sa toute-puissance
Où les êtres du monde ont la vision de l’ambre

Choubine

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