Choux de Siam

Parce que j'aime les choux de Siam, et pas seulement la grammaire (carnet dédié à monsieur Raymond Laganière, autrefois professeur de français à la polyvalente Donnacona)

samedi 10 juin 2006

En mal de jouer à l'opposition

Être en mal de; crypto-libéraux; syntaxe; graphie.

  • Devant la querelle entre M. Stephen Harper et la presse parlementaire, un député néo-démocrate, M. Charlie Angus, s'est étonné que le chef conservateur, élu après avoir promis un gouvernement transparent, barricade les portes de son cabinet. Venant du NPD, la critique n'aura pas impressionné M. Harper, qui tient ces journalistes pour des crypto-libéraux en mal de jouer à l'opposition. (Jean-Claude Leclerc.)

Donques, si je comprends bien le point de vue de M. Harper, les membres de la tribune parlementaire, partisans occultes des libéraux - noter que le composé cryptolibéraux, par ailleurs correctement formé sur le modèle de cryptocommuniste, devrait s'écrire sans trait d'union selon ce que je vois dans le Petit Robert -, aimeraient qu'on les laisse se comporter, plus ou moins, comme des représentants de la loyale opposition de Sa Majesté. Mais la question qui se pose alors, c'est : peut-on dire qu'ils sont en mal de jouer à l'opposition?

Le Trésor de la langue française informatisé et le Robert - Dictionnaire historique de la langue française signalent tous deux l'expression être en mal d'enfant, qui veut dire «être dans les douleurs de l'accouchement». Cette expression, toutefois, est vieillie, et je ne lui connais pas de descendance légitime.

Dans la langue moderne, être en mal de quelque chose, c'est «souffrir de son absence» (Lexis); par extension, d'après le Trésor, c'est aussi «désirer, avoir besoin de» :

Journaliste en mal de copie, écrivain en mal de sujet, d'imagination. (Petit Robert.)

Être en mal d'inspiration. (Hanse-Blampain.)

Être en mal d'amour, de poésie, de promenade, d'espace. (Trésor.)

Ce grand flot parfumé, satiné, voluptueux, des femmes de Lima en mal de frivolités, de liberté, de plaisirs défendus. (Morand, dans le Trésor.)

Dans tous les exemples que j'ai vus, la locution est suivie d'un nom plutôt que d'un infinitif.

Line Gingras

«Les journalistes et le gouvernement - Harper menace-t-il la liberté de presse?» : http://www.ledevoir.com/cgi-bin/ledevoirredir.cgi?http://www.ledevoir.com/2006/06/05/110842.html?338

Posté par Choubine à 01:05 - Langue et traduction - Commentaires [2] - Permalien [#]

Commentaires

    Le sens non plus n'est pas très clair : on peut penser que ces journalistes veulent jouer à l'opposition et ne le peuvent (sens courant d'être en mal de qqch = désirer en vain) ou bien qu'ils jouent vraiment à l'opposition et que c'est mal, un vilain penchant. Vu le sens de l'ensemble du passage et la situation politique, j'ai l'impression que la tournure courante n'a pas été comprise.

    Posté par Dominique, samedi 10 juin 2006 à 09:48
  • J'avoue que j'ai eu beaucoup de mal à me faire une idée de ce que devait vouloir dire ce passage.

    Posté par Choubine, samedi 10 juin 2006 à 10:09

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