Choux de Siam

Parce que j'aime les choux de Siam, et pas seulement la grammaire (carnet dédié à monsieur Raymond Laganière, autrefois professeur de français à la polyvalente Donnacona)

jeudi 22 septembre 2005

Accoucher d'une entente de principe

Sans que + ne explétif; craindre que + ne explétif; accoucher; accoucher de quelque chose.

Comment éviter la fausse note?

Ma professeure de chant me l'a recommandé je ne sais combien de fois : "Entends la note." (La bonne. Avant de la chanter, est-il besoin de le dire.) Et tous les chefs de choeur le répètent inlassablement : "Écoutez-vous, soyez toujours à l'écoute les uns des autres."

Je m'autoriserai donc une allusion au travail que nous faisons ce trimestre à l'Ensemble vocal André Martin (voir le billet du 13 septembre) : si les mages n'avaient pas perçu de note discordante dans l'intérêt manifesté par Hérode à l'égard de l'enfant dont ils suivaient l'étoile, de quoi aurait l'air, je vous le demande, la vente de cannes de Noël?

(On est profonde, ici, des fois.)

Toute cette magnifique digression pour en venir à ce mot d'ordre banal : tâchons donc de nous servir de nos oreilles, au propre et au bien lavé figuré, lorsque nous écrivons.

Vous allez trouver que je fais mine de poser de grandes questions pour ne m'attacher finalement qu'à des vétilles, mais qu'y puis-je si on ne m'offre que des peccadilles à relever? (Si ça continue, je vais être obligée de chercher ailleurs que dans Le Devoir...)

  • Les négociations se sont poursuivies hier entre les enseignants du primaire et du secondaire et le ministère de l'Éducation, sans toutefois que cette journée additionnelle d'échanges, bien qu'intensive, n'ait permis d'accoucher d'une entente de principe. (Marie-Andrée Chouinard.)

Quand je vous parlais de fausse note, c'est à cette utilisation du verbe accoucher que je pensais : dans un article d'information tout ce qu'il y a de plus sérieux, cet emploi figuré, qui relève normalement de la plaisanterie (vérifié dans le Petit Robert), détonne.

Mais il est un autre point dont j'aimerais vous toucher un mot : l'emploi du ne explétif (c'est-à-dire non nécessaire au sens) après sans que.

Le ne explétif s'utilise très correctement, par exemple, avec le verbe craindre à la forme affirmative :

Je crains qu'il ne vienne.

Après la locution sans que, toutefois, son emploi est déconseillé par le Hanse-Blampain, et condamné par le Multidictionnaire. Il faudrait donc écrire :

[...] sans toutefois que cette journée additionnelle d'échanges, bien qu'intensive, ait permis (plutôt que n'ait permis) d'arriver à une entente de principe.

Ce ne serait pas l'accord parfait, mais nous ne sommes pas des anges.

Line Gingras

Négociations... : http://www.ledevoir.com/2005/09/21/90864.html

Posté par Choubine à 23:13 - Langue et traduction - Commentaires [2] - Permalien [#]

Commentaires

    Cas des négations sans "pas"

    Je suis tombé sur ce site tout à fait par hasard. J'ai une question de syntaxe à poser et ne sais pas trop où m'adresser. A Dieu vat ... je la pose ici, à votre bon coeur.
    Je ne trouve pas de fondement justifiant ma tendance à supprimer le "pas" d'une négation, dans des cas comme: "La fièvre ne cesse d'augmenter", "je ne peux m'empêcher de ...", " je ne sais quoi dire" ...
    Je ne trouve aucun lien logique entre les 3 cas cités, ce qui me conduit à penser que ma tendance est fautive.
    Je sollicite votre avis, en vous adressant d'avance toute ma gratitude.

    Posté par Weber, lundi 18 mars 2013 à 15:57
  • Cette tendance n'est pas nécessairement fautive. Je lis dans le Hanse-Blampain (quatrième édition, page 370) : «Autrefois "ne" pouvait s'employer seul pour nier un verbe. Il reste encore des traces de cet ancien usage. Parfois il s'agit d'affectation; parfois, d'expressions plus ou moins figées ou de survivances [...]»

    Je trouve dans le «Bon usage» (douzième édition), aux paragraphes 974 et 975, des précisions qui vous seront particulièrement utiles. On peut lire ainsi, au paragraphe 975 : «"Ne" s'emploie facultativement seul [...] avec "cesser", "oser", "pouvoir", surtout aux temps simples et avec un infinitif complément.» Et dans une remarque : «Pris négativement, "savoir" se construit souvent avec le simple "ne" quand on veut exprimer l'idée de "être incertain".» (Exemple : Il ne sait s'il doit partir.)

    Les exemples que vous donnez me semblent donc parfaitement corrects.

    Posté par Choubine, lundi 18 mars 2013 à 17:26

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