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Choux de Siam
16 avril 2008

Tenter, c'est vouloir

  • Le psychologue a rencontré des enfants âgés de seulement huit ans qui avaient tenté de s'enlever la vie volontairement. (Émilie Bilodeau.)

Je ne vois pas comment on pourrait tenter de s'enlever la vie involontairement.

Line Gingras
Traductrice indépendante
Québec

« Les troubles de personnalité limite... » : http://www.ledevoir.com/2008/04/12/184795.html

16 janvier 2008

L'accord parfait

  • D'un commun accord, les députés s'étaient entendus pour entendre dès ce matin le ministre des Ressources naturelles, Gary Lunn, puis Mme Keen. (Hélène Buzzetti.)

Au risque de briser cette belle harmonie, je proposerais :

D'un commun accord, les députés avaient décidé d'entendre...

Tout de même, ne tirons pas sur la journaliste : dans le cas présent, elle a été forcée de travailler à une vitesse que je ne veux pas imaginer. Tâchons seulement de faire mieux, nous qui avons le temps de nous relire avec attention.

Line Gingras
Québec

«Sûreté nucléaire - Ottawa congédie Linda Keen» : http://www.ledevoir.com/2008/01/16/171961.html

8 décembre 2007

Matte ou mate?

Matte ou mate; orthographe.

  • ... une feuille de papier d'aluminium a deux faces : une brillante et une presque matte. (Fabien Deglise.)

Le contraire de brillante, c'est mate :

Peinture mate. (Petit Robert.)
Une couleur mate. (Hanse-Blampain.)

Line Gingras
Québec

«Quand maman Dion perd la boule... Magik» : http://www.ledevoir.com/2007/12/08/167711.html

21 mars 2008

Qu'elle serait la réaction de la police?

Qu'elle ou quelle; grammaire française; orthographe.

  • Selon M. Fernandez, tout s’est passé très vite et les employés ne savaient pas trop comment réagir. « On l’a amené au bureau parce qu’il était blessé à la tête. Il a lui-même marché. On ne savait pas qu’elle serait la réaction de la police, qui a finalement décidé d’arrêter la musique. » (Hugo Meunier, dans La Presse.)

Le journaliste serait un peu embêté s'il devait nous dire ce que représente elle, pronom personnel; bien entendu, c'est plutôt l'adjectif interrogatif quelle, exprimant l'idée que l'on se questionnait sur la nature de la réaction, qu'il fallait employer. La différence se perçoit aisément :

Les manifestants ne craignaient pas la réaction des autorités; ils ignoraient qu'elle serait aussi violente.

Les manifestants ignoraient quelle serait la réaction des autorités.

Line Gingras
Traductrice indépendante
Québec

« Un zoo la nuit » : http://www.cyberpresse.ca/article/20080312/CPACTUALITES/80311260/-1/CPACTUALITES

15 décembre 2007

Accord du participe passé du verbe impersonnel

Verbe impersonnel - accord du participe passé; grammaire française; orthographe d'accord.

  • Elle a plutôt promis « une consultation d'envergure » pour l'automne. Consultation, il n'y a point eue. (Manon Cornellier.)

D'après le Multidictionnaire et le Hanse-Blampain, le participe passé du verbe impersonnel reste toujours invariable :

Les orages qu'il y a eu. (Hanse-Blampain.)
Les gouttes qu'il a plu ont mouillé la nappe. (Multidictionnaire.)

Line Gingras
Québec

« Un gouvernement en sous-traitance » : http://www.ledevoir.com/2007/12/05/167311.html
Nouvelle adresse : http://www.ledevoir.com/politique/canada/167311/un-gouvernement-en-sous-traitance

18 février 2008

Des chemises brunes pâles

Adjectif de couleur composé; grammaire française; orthographe d'accord.

  • ... chaque fois que j’aborde la question de l’islam, quelques chemises brunes pâles sortent de leurs cavernes. (Patrick Lagacé.)

D'après ce que je vois dans le Petit Robert, le Multidictionnaire et le Hanse-Blampain, les adjectifs de couleur, lorsqu'ils sont composés de plusieurs mots, restent invariables :

Elle portait des gants rose pâle.
Le petit Jacob a les yeux gris clair.
L'eau était devenue vert foncé.

... quelques chemises brun pâle sortent de leurs cavernes.

Cette question n'est pas visée par les rectifications de l'orthographe.

Line Gingras
Québec

« Musulmans : tous dans le même Airbus détourné... » : http://blogues.cyberpresse.ca/lagace/?p=70720907

18 juin 2007

Ah! lala

  • Déposé en vertu du chapitre 11 du traité de libre-échange permettant aux investisseurs de poursuivre les États nationaux s'ils s'estiment lésés, la plainte était agrémentée d'une demande de réparation de 160 millions. Elle avait été déposée en 2000... (Éric Desrosiers.)

Qu'est-ce qui avait été déposé? Pas le chapitre 11; pas le traité; pas le libre-échange, mais la plainte : Déposée en vertu du chapitre 11...

Il serait souhaitable d'éviter la répétition, au début de la deuxième phrase : Elle avait été présentée en 2000...

  • Le géant américain en avait également contre le programme fédéral d'aide aux éditeurs canadiens qui obligent ces derniers à livrer leurs produits par l'intermédiaire du service public.

Le programme vient en aide aux éditeurs canadiens qui obligent les éditeurs canadiens...? C'est ce que laisse entendre l'accord du verbe à la troisième personne du pluriel, mais ce n'est pas ce qu'on a voulu dire.

  • ... ceux qui ont peur du chapitre 11 de l'ALENA et des quelques 2400 autres traités bilatéraux sur l'investissement...

Employé devant un nombre, au sens d'environ, quelque est adverbe - et donc invariable.

  • Des 46 plaintes déposée depuis 1994...

On est allé un peu vite, non?

Line Gingras
Québec

«Perspectives - Le retour du chapitre 11» : http://www.ledevoir.com/2007/06/18/147702.html

7 juin 2007

Livraison des soins de santé

Livraison de soins; livraison de services; health care delivery; anglicisme.

  • ... toute actualisation du modèle québécois passe nécessairement par une plus grande participation du secteur privé dans la livraison des soins de santé. (Michel David.)

D'après ce que je vois dans le Petit Robert, le Lexis, le Multidictionnaire, le Hanse-Blampain et le Trésor de la langue française informatisé, le complément du substantif livraison, indiquant ce qui est livré, désigne soit une personne (otage, coupable), soit un objet concret :

Mlle Hortense préparait les colis pour la livraison. (Troyat, dans le Lexis.)

Il m'expédie, par mandat télégraphique et avant livraison du manuscrit, deux cents francs sur mes droits d'auteur. (Bloy, dans le Trésor.)

Je ne trouve pas de mise en garde contre livraison de soins ou livraison de services dans le Chouinard, dans le Colpron ni dans le Dagenais. Cependant, TERMIUM et le Grand dictionnaire terminologique proposent prestation de soins (de santé) pour rendre health care delivery; et René Meertens (Guide anglais-français de la traduction, 2006) donne livraison ou remise comme équivalents de delivery lorsqu'il est question de marchandises, mais prestation lorsqu'il s'agit de services ou de soins de santé.

Il me semble donc que l'on commet un anglicisme en parlant de la livraison des soins de santé.

* * * * *

Une autre fois, nous verrons s'il est correct de construire participation avec la préposition dans.

Line Gingras
Québec

«Le droit d'évoluer» : http://www.ledevoir.com/2007/05/29/145230.html

7 juillet 2006

Négocier avec le groupe des six?

  • Bien des voix influentes aux États-Unis jugent qu'en agissant comme elle l'a fait, la Corée du Nord a voulu réitérer sa ferme volonté de négocier directement une sortie de crise avec les États-Unis et non plus avec le groupe des six (Russie, Japon, Chine, les deux Corées et les États-Unis). (Serge Truffaut.)

La Corée du Nord a bien raison de ne plus vouloir négocier avec le «groupe des six», dont elle fait partie. Je proposerais :

... sa ferme volonté de négocier une sortie de crise directement avec les États-Unis, et non plus avec tous ses partenaires du groupe des six (Russie, Japon, Chine, Corée du Sud et États-Unis).

Line Gingras

«Le tir coréen» : http://www.ledevoir.com/2006/07/06/113074.html

12 octobre 2007

Des jeunes sans ressource

Sans ressource ou sans ressources; orthographe.

  • ... en offrant à ces jeunes sans ressource les moyens nécessaires pour poursuivre leurs études sans avoir à se préoccuper des lendemains qui déchantent. (Louise-Maude Rioux Soucy.)

Je lis dans le Multidictionnaire que sans ressource «s'écrit généralement au singulier au sens de "sans recours, sans remède", au pluriel au sens de "sans argent"» :

Être perdu sans ressource. (Hanse et Blampain.)

Le reste est un malheur qui n'est point sans ressource. (Racine, dans le Petit Robert.)

Des réfugiés sans ressources. (Multidictionnaire.)

Un vieillard sans ressources. (Hanse et Blampain.)

Le Trésor de la langue française informatisé confirme que la locution se met le plus souvent au pluriel lorsqu'il s'agit de moyens pécuniaires, mais que le singulier se rencontre parfois :

Le peu d'argent que pouvait me donner ma famille fut bientôt mangé. Je me trouvai sans ressource. (Balzac.)

Line Gingras
Québec

«"Appartement/études" - Redonner des ailes à des oiseaux blessés» : http://www.ledevoir.com/2007/10/11/160058.html

22 décembre 2007

Dans le même ordre d'idée

Ordre d'idée ou ordre d'idées; dans le même ordre d'idée; dans un autre ordre d'idée; orthographe.

  • Dans le même ordre d'idée, on a vu à Bali que le Canada refuse de se voir imposer des objectifs chiffrés de réduction... (Yanick Villedieu.)

D'après ce que je trouve dans le Petit Robert, le Lexis, le Multidictionnaire, le Hanse-Blampain et le Trésor de la langue française informatisé, le nom idée s'écrit au pluriel dans l'expression ordre d'idées :

Cette réflexion est étrangère à la question, elle appartient à un autre ordre d'idées. (Ac., dans le Hanse-Blampain, à l'article «idée».)

Dans le même ordre d'idées et avant d'aborder la narration de mes malheurs... (Courteline, dans le Trésor, à l'article «ordre».)

Line Gingras
Québec

«Climat : nous et les autres» : http://www.radio-canada.ca/nouvelles/Carnets/plusRecent/2091.asp

25 mars 2008

Une tâche simple

  • Les nominations complaisantes de certaines personnes à des postes pour lesquels elles sont parfois parfaitement incompétentes ne simplifie pas la tâche, et il est connu que M. Charest, comme Stephen Harper, sait se montrer généreux pour services rendus. (Lise Payette.)

Simplifient.

Le singulier serait possible, mais uniquement si le groupe sujet était repris par le démonstratif :

Les nominations complaisantes de certaines personnes à des postes pour lesquels elles sont parfois parfaitement incompétentes, cela ne simplifie pas la tâche...

Line Gingras
Traductrice indépendante
Québec

« Dis-moi combien tu gagnes, je te dirai qui tu es » : http://www.ledevoir.com/2008/03/21/181467.html

9 janvier 2008

Élu pour un terme

Terme ou mandat; term of office; anglicisme; calque de l'anglais.

  • À leurs yeux, le grand avantage du mode de scrutin actuel est l'alternance qui garantit aux deux grands partis de se partager le pouvoir après deux termes. C'est ce qui a fait que le gouvernement péquiste de Bernard Landry puis celui de Jean Charest ont prêché pour une réforme sans jamais bouger. (Bernard Descôteaux.)

Pour rendre l'idée de durée, à propos d'une fonction que l'on confie à quelqu'un, on emploie en anglais le mot term ou l'expression term of office. En français, d'après le Multidictionnaire, le Chouinard, le Colpron et le Dagenais, on ne parle pas d'un terme, mais d'un mandat :

Les électeurs de la circonscription ont réélu leur député pour un troisième mandat. (Dagenais.)

* * * * *

Jean Charest n'a jamais dirigé de gouvernement péquiste, bien que la construction de la deuxième phrase de monsieur Descôteaux laisse entendre le contraire. Je verrais deux formulations possibles :

C'est ce qui a fait que le gouvernement de Bernard Landry puis celui de Jean Charest ont prêché pour une réforme sans jamais bouger.

C'est ce qui a fait que le gouvernement péquiste de Bernard Landry puis le gouvernement libéral de Jean Charest ont prêché pour une réforme sans jamais bouger.

Line Gingras
Québec

«De quoi a-t-on peur?» : http://www.ledevoir.com/2008/01/03/170536.html

29 mai 2007

Mal lui en pris

Mal lui en pris; mal lui en prit; grammaire française; orthographe.

  • ... l’éphémère gouvernement de Joe Clark avait pensé que jamais les libéraux ne prendraient le risque de le battre sur un budget – surtout que leur chef venait de démissionner. Mal lui en pris... (Michel C. Auger, dans Le Soleil.)

On écrit soit mal lui en prit, au passé simple, soit mal lui en a pris, au passé composé.

Line Gingras
Québec

«Les accidents qui arrivent» : http://blogues.cyberpresse.ca/mcauger/?p=606140945

5 juin 2007

Douter que

Douter que + indicatif; douter que + conditionnel; douter que + subjonctif; grammaire française; syntaxe du français.

  • ... je doute fort qu[e] (...) nous entendrons encore beaucoup parler de... (Norman Spector.)

Douter que, à la forme affirmative, ne se construit pas avec l'indicatif, comme dans la phrase ci-dessus, mais avec le subjonctif :

Je doute que les choses aillent si bien qu'il le prétend.

Elle doute que ses parents veuillent la laisser partir si jeune.

Nous doutons que vous soyez en mesure d'assumer ces responsabilités.

Ils doutent que vous arriviez à temps.

Je doute fort que nous en entendions encore beaucoup parler.

Hanse et Blampain (2000) conseillent d'éviter le conditionnel :

* Je doute qu'ils vous laisseraient faire ce que vous voulez. (J'écrirais plutôt : Je ne pense pas qu'ils vous laisseraient faire ce que vous voulez.)

À la négative ou à l'interrogative, douter que appelle souvent le subjonctif; mais on peut aussi employer l'indicatif, si l'on veut insister sur la réalité du fait :

Je ne doute pas qu'il le fasse. (Hanse-Blampain.)

Bien sûr, je ne doute pas qu'il réussisse! (Girodet 1981.)

Je ne doutais pas que ma place fût réservée à bord d'une de ces jolies frégates. (Mac Orlan, dans le Colin 1979.)

Je ne doute pas qu'il fera le nécessaire pour réussir.

Le conditionnel s'utilise également, pour exprimer une hypothèse :

Ne doutez pas que nous donnerions suite à votre demande si c'était possible. (Je vois mal, dans ce cas-ci, comment on pourrait employer le subjonctif.)

Line Gingras
Québec

«Stéphane Dion paie ses dettes» : http://www.ledevoir.com/2007/02/22/132019.html

2 juin 2007

N'ont menées

Accord du participe passé; grammaire française; orthographe d'accord.

  • Les quelques rencontres tenues entre la police et Cho n’ont menées à aucune action précise. (Guillaume Bourgault-Côté.)

Employé avec l'auxiliaire avoir, le participe passé s'accorde avec le complément d'objet direct, si ce dernier précède le verbe. Les rencontres n'ont mené qui, n'ont mené quoi? Pas de réponse - pas de complément d'objet direct, pas d'accord. Par contre :

Les quelques rencontres qu'ont menées les policiers...

Les policiers ont mené quoi? Des rencontres; le participe passé s'accorde en genre et en nombre avec le complément d'objet direct, placé devant le verbe.

Les quelques rencontres qui ont été menées par la police...

Le verbe mener n'est pas conjugué ici avec l'auxiliaire avoir : il est employé à la forme passive, avec l'auxiliaire être au passé composé; le participe s'accorde donc en genre et en nombre avec le sujet du verbe.

Line Gingras
Québec

«Le tueur de Virginia Tech a tourné une vidéo entre les deux attaques» : http://www.ledevoir.com/2007/04/19/140044.html?fe=805&fp=127439&fr=15476

9 septembre 2006

Dans ce pays

Emploi de l'adjectif démonstratif calqué sur l'anglais; emploi de l'adjectif démonstratif au lieu du possessif; en coeur ou en choeur; homonymes; orthographe; anglicisme.

  • Mais que faire devant ceux qui n'ont désormais qu'un objectif : assassiner la liberté elle-même? Les réactions pacifistes dans ce pays cet été ne nous ont pas apporté de réponse valable à cette terrible question. (Denise Bombardier.)

De quel pays s'agit-il? Aucun n'est mentionné précisément dans le paragraphe que termine cette phrase, bien que le mot pays s'y rencontre à deux reprises, au pluriel; dans le paragraphe qui précède je trouve l'Afghanistan, mais ce n'est manifestement pas à lui que pense ici madame Bombardier. Je vois bien, à la lecture du reste de son article, qu'elle parle plutôt du Canada - et que le démonstratif a valeur de possessif, comme c'est fréquemment le cas en anglais :

An Ipsos-Reid survey, released today, indicates that many Canadians identify low adult literacy as "very important" and "a major problem" in this country.

Selon les résultats d’un sondage d’Ipsos-Reid rendu public aujourd’hui, un grand nombre de Canadiens qualifient de «très important» et de «problème majeur» le faible niveau de littératie* chez les adultes dans notre pays.

[Source de ces deux citations : http://www.abc-canada.org/media_room/news/news_releases2005.shtml]

* Littératie ne figure pas dans le Petit Robert (2007), dans le Multidictionnaire ni dans le Trésor de la langue française informatisé; il est admis, toutefois, dans le Grand dictionnaire terminologique : http://www.granddictionnaire.com/btml/fra/r_motclef/index800_1.asp

Si vous avez l'occasion de lire ou d'entendre, en français, les propos de Stephen Harper ou de certains de ses ministres, vous remarquerez, si ce n'est déjà fait, que nos dirigeants utilisent très souvent les tours «ce gouvernement», «ce pays», là où l'on attendrait «notre gouvernement», «mon gouvernement», «le Canada», «notre pays». C'est une faute bien excusable chez des anglophones; malheureusement, plus on y est exposé, plus on risque de l'«attraper»!

Je suggérerais donc de modifier légèrement la phrase à l'étude :

Les réactions pacifistes des Canadiens, cet été, ne nous ont pas apporté...

Les réactions pacifistes observées au Canada, cet été, ne nous ont pas apporté...

* * * * *

  • À notre époque de démocratie émotionnelle où la primauté semble être de vibrer en coeur, il est difficile, voire périlleux, de tenter l'exercice intellectuel qui consiste à remettre les faits en contexte.

Oui! bonne idée, tentons notre petit exercice intellectuel à nous; nous pourrons même le faire sans briser notre linge, comme dirait Jean Dion à l'exemple de ma grand-mère. Allons-y bravement, réfléchissons un peu : lorsque les coeurs vibrent à l'unisson, ils vibrent en choeur, vous ne croyez pas? (Voir le Petit Robert, à l'article «choeur».)

  • ... la politique certes douteuse qu'ont trop souvent menée les gouvernements américains, y compris Bill Clinton...

Le président des États-Unis, qui qu'il soit et en dépit de toute sa bonne volonté, n'est pas un gouvernement à lui tout seul; il aurait fallu écrire : ... les gouvernements américains, y compris celui de Bill Clinton...

Line Gingras

«Rude été» : http://www.ledevoir.com/2006/09/09/117744.html

5 septembre 2006

L'énumération et la préposition

  • Outre le spectacle de folie et d'horreur qui a coûté la vie à 3000 innocentes victimes ce jour-là, l'événement a quand même, entre autres choses, directement mené à : l'invasion de l'Afghanistan et de l'Irak, à l'affaiblissement des mécanismes internationaux de règlement des conflits, à la violation de droits individuels, à l'aggravation des tensions communautaires et à la montée de la peur. (Éric Desrosiers.)

On répète normalement les prépositions à, de et en devant chacun des compléments. Ici, toutefois, il faudrait déplacer le premier à de manière qu'il se trouve non pas devant le deux-points, mais après, afin que tous les éléments de l'énumération soient présentés de manière uniforme. On pourrait très bien aussi supprimer le deux-points. Si l'on tient à conserver le deux-points précédé de la préposition, il faut supprimer celle-ci devant chacun des éléments.

Line Gingras

«Perspectives - 11 Septembre? Quel 11 Septembre?» : http://www.ledevoir.com/2006/09/05/117369.html?338

5 août 2006

Gens d'affaire

Gens d'affaires; gens d'affaire; d'affaires ou d'affaire; orthographe.

  • Aucune condamnation des excès israélien_, si ce n'est la suggestion qu'une «prudence extrême» était de mise. (Hélène Buzzetti.)
  • Tout cela leur a valu les réprimandes de personnalités bien placés dans la communauté juive.
  • Ainsi, le couple de gens d'affaire_ Gerry Schwartz (Onex corporation) et Heather Reisman (librairies Chapters) est passé dans le camp conservateur.

D'après les exemples que je vois dans le Petit Robert, le Lexis, le Multidictionnaire, le Hanse-Blampain et le Trésor de la langue française informatisé, consultés à l'article «affaire», il faut écrire d'affaires, avec un s, dans les expressions suivantes :

Voyage, lettre, chiffre, repas, dîner d'affaires.
Agence, cabinet, bureau d'affaires.
Homme, femme, agent, chargé d'affaires.

Le Chouinard traite par ailleurs de l'emploi du mot gens dans l'expression gens d'affaires.

Line Gingras

«Le Canada, Israël et les terroristes» : http://www.ledevoir.com/2006/08/05/115255.html

4 août 2006

L'agenda de Stephen Harper

Agenda; anglicisme; usage.

  • ... le premier ministre s'en est tenu à la routine : pourfendre les libéraux et vanter son gouvernement. Le message était clair : c'est lui qui dicte l'agenda, pas l'électorat. (Josée Boileau.)
  • ... le monde de M. Harper relève d'abord d'un agenda à contrôler. Et ces lointaines bombes ont déjà bien assez perturbé le plan de match du premier ministre...

Selon les ouvrages québécois que j'ai sous la main - le Multidictionnaire, Le français au bureau, le Dagenais, le Colpron et le Chouinard -, agenda est un anglicisme au sens d'ordre du jour ou de programme, ligne d'action.

De fait, ce terme est admis dans une seule acception, d'après le Petit Robert et le Lexis : «Carnet sur lequel on inscrit jour par jour ce qu'on doit faire, ses rendez-vous, ses dépenses, etc.» (Petit Robert) :

Tenir un agenda; écrire pour chaque jour ce que je devrai faire dans la semaine, c'est diriger sagement ses heures. (Gide, dans le Trésor de la langue française informatisé.)

Mon agenda est plein de choses importantes qui ne peuvent être différées. (Alain, dans le Lexis.)

Le Multidictionnaire ajoute que, par extension, agenda désigne aussi le «contenu d'un agenda»; le mot est dans ce cas synonyme d'emploi du temps :

Son agenda est bien rempli.

Line Gingras

«Silences éloquents» : http://www.ledevoir.com/2006/08/04/115160.html

19 mai 2006

Légitimer l'Iran à vouloir...

Légitimer quelqu'un à + infinitif; légitimer quelqu'un à faire quelque chose; une proposition à + infinitif; grammaire française; syntaxe du français.

  • La principale menace terroriste m'apparaît plutôt venir de la politique de frappe préventive - même nucléaire - adoptée par Washington en 2004, qui menace la stabilité internationale et qui légitime l'Iran à vouloir se protéger en enrichissant de l'uranium en vue d'acquérir l'arme nucléaire. (Denys Duchêne.)

Même si les exemples que l'on trouve dans les dictionnaires évoquent une société qui semble à des années-lumière de la nôtre, le verbe légitimer peut se construire avec un complément d'objet direct désignant une personne :

Légitimer un souverain.
Légitimer un enfant naturel.

Le complément direct peut aussi désigner une chose :

Légitimer un geste, une cause. (Multidictionnaire.)

... les inventeurs accourent faire légitimer leurs découvertes. (Balzac, dans le Trésor de la langue française informatisé.)

En rendant des services, dont le plus apprécié était la défense de la sécurité publique, le seigneur féodal légitima son usurpation. (Bainville, dans le Trésor.)

Je me tuais en explications pour légitimer ma conduite. (Gide, dans le Petit Robert et le Lexis.)

Mais qu'en est-il de la construction qui nous intéresse, légitimer quelqu'un (l'Iran étant une personne morale) à + infinitif?

Les ouvrages de difficultés (j'en ai consulté sept) n'en font pas mention, mais je ne la trouve pas non plus dans les dictionnaires généraux. Je pense donc que le verbe légitimer n'admet pas d'objet second; il conviendrait à mon avis de le remplacer, ici, par inciter, motiver, pousser ou, mieux sans doute, justifier - ce dernier peut se construire avec à comme avec de, selon le Trésor, au sens de «donner à quelqu'un le droit de, des raisons de» :

C'est là le fond de la joie d'amour, lorsqu'elle existe : nous sentir justifiés d'exister. (Sartre, dans le Trésor.)

C'est ce respect et ce maintien de la légitimité républicaine qui nous ont justifiés et nous justifient à exercer le pouvoir pour conduire le pays dans la guerre. (De Gaulle, dans le Trésor.)

* * * * *

  • La réponse se trouve probablement ailleurs, dans une proposition concrète de l'ONU à inviter des troupes de pays musulmans, tels la Jordanie ou le Maroc, à prendre la relève avec double mandat offensif et défensif.

Chacun sait cela, que le complément du nom proposition doit se construire avec la préposition de, et non à; on peut comprendre, toutefois, que le journaliste ait voulu éviter un deuxième complément introduit par de. Comment résoudre la difficulté? J'emploierais un participe présent :

La réponse se trouve probablement ailleurs, dans une proposition concrète de l'ONU invitant des troupes de pays musulmans...

Line Gingras

«Libre opinion : Des raccourcis sur la présence militaire canadienne en Afghanistan» : http://www.ledevoir.com/2006/05/18/109460.html

5 novembre 2005

Nous avons vu l'Étoile...

Ensemble vocal André Martin; oratorio Jephte, de Carissimi; concert de Noël; Québec.

Nous avons vu l’Étoile...

Ce sera le thème de notre concert du 10 décembre. Qui nous amènera d’un monde ancien à l’ère nouvelle, marquée par la réalisation d’une promesse, par la réponse du Ciel à l’appel des hommes.

Étrange idée pour un concert de Noël, nous avons d’abord au programme l’oratorio Jephte, de Carissimi. Jephte est une sorte de chef de guerre; appelé à défendre les fils d’Israël contre ceux d’Ammon, il part au combat en faisant un vœu : si le Seigneur lui donne la victoire, lui, Jephte, lui donnera en sacrifice quiconque, le premier, sortira de la maison pour l’accueillir à son retour.

Promesse imprudente : Jephte revient chez lui vainqueur, et c’est sa fille, sa fille unique, unique et vierge, qui la première court à sa rencontre.

Il est désespéré, déchire ses vêtements, mais ne songe pas à reprendre sa parole; et sa fille ne se révolte pas non plus, mais s’offre d’elle-même en holocauste. Seulement, elle demande deux mois pour aller dans les montagnes, avec sa suite, pleurer... sur sa virginité. Le livret de l’oratorio n’en dit pas davantage; dans l’Ancien Testament, on lit cependant que, les deux mois écoulés, la fille de Jephte rentre chez elle et que le vœu est accompli.

Cette histoire présente des parallèles intéressants avec celle du Christ : dans les deux cas, on voit le sacrifice d’un enfant unique – unique et vierge – par lequel est sauvé tout un peuple; la soumission de l’enfant à la volonté de son père; la retraite dans la montagne, avec ses amis, pour pleurer et se préparer à la mort.

Mais on voit bien, aussi, le contraste entre l’ordre ancien et le nouveau : le Dieu de Jephte est un « seigneur de la guerre », qui soutient son peuple par la victoire des armes; celui de l’ordre nouveau se définit plutôt comme le prince de la paix, venu inaugurer – en principe, n’est-ce pas – le règne de l’amour.

Dans le monde où vit Jephte, ce sont les hommes qui font des sacrifices à Dieu, qui sont prêts à lui offrir en holocauste un fils, une fille unique, et à mourir sans descendance. Dans l’ère nouvelle, c’est Dieu qui donne au monde son fils, son fils unique, pour le sauver.

Dieu, comme Jephte, accomplit sa promesse. Toutefois, le Messie qu’il envoie ne correspond pas exactement aux attentes des hommes : lui qui est le Dieu de majesté, il naît comme tous les hommes, petit enfant vulnérable, qu’il faut soustraire au massacre ordonné par Hérode; lui qui tient le monde entre ses mains, il naît dans une étable, devant le bœuf et l’âne; lui qui est le roi du Ciel, il ne veut pas régner par la force des armes, mais par celle de l’amour.

Line

11 novembre 2005

Le préfixe pré-

Préfixe pré-; trait d'union; préarrangements; pré-arrangements; mots composés.

  • Les préarrangements (ou arrangements préalables) sont un secteur de l'industrie funéraire qui m'intéresse depuis longtemps. J'aime la théâtralité et le narcissisme inhérents à cet exercice imaginaire posthume. (Josée Blanchette.)

Elle me donne tort, Josée Blanchette, et j'en suis on ne peut plus ravie.

Il y a dix jours, je signalais à des amis que le préfixe pré-, marquant l'antériorité dans le temps ou dans l'espace, ne doit pas être suivi du trait d'union, "en principe". Oui, j'ai bien dit "en principe"; c'est que, même si tous les ouvrages de langue que j'ai déjà consultés sur le sujet affirment que les mots composés avec ce préfixe s'écrivent sans trait d'union, je suis bien forcée de constater que, dans l'usage courant, le trait d'union est très souvent utilisé, y compris dans un journal d'excellente tenue comme Le Devoir - où jusqu'à tout à l'heure j'avais l'impression, en fait (faussement, en voici la preuve), que son emploi était systématique.

Donc, madame Blanchette me fait grand plaisir en écrivant préarrangements, et j'ai un peu honte de n'avoir pas abordé la question avant aujourd'hui : la partie n'est pas perdue.

Il convient de noter, en terminant, que les mots pré-bois et pré-salé ne font pas exception à la règle, bien qu'ils prennent le trait d'union : pré a ici le sens de "prairie".

Line Gingras

"C'est la vie! - Préarrangements" : http://www.ledevoir.com/2005/11/11/94789.html

29 octobre 2015

Certains touristes se demandent que sont-ils venus faire

Interrogation indirecte et inversion du pronom sujet; grammaire française; syntaxe.

  • [...] certains touristes finissent par se demander que diable
    sont-ils venus faire
    dans cette galère [...]
    (Fabien Deglise, dans Le Devoir du 26 octobre 2015.)

Dans l'interrogation indirecte, le pronom sujet et le verbe ne sont pas inversés :

[...] certains touristes finissent par se demander ce que diable ils sont venus faire dans cette galère [...]

On pourrait aussi employer l'interrogation directe :

Certains touristes finissent par se demander : « Que diable sommes-nous venus faire [ou suis-je venu faire] dans cette galère? »

Line Gingras
Québec

« L’envers noir du tourisme vert » : http://www.ledevoir.com/societe/actualites-en-societe/453511/chroniquefd-l-envers-noir-du-tourisme-vert

Traductrice agréée anglais-français, j'offre des services de révision comparative et de révision linguistique.

Il n'y a pas que ce que l'on dit; la manière dont on le dit, c'est un message aussi.

2 octobre 2015

Quand « je » est une femme

  • Ce débat a donné à M. Duceppe une visibilité qui lui fait défaut dans cette campagne, mais pour assurer la pérennité du Bloc, il devait assez briller pour ramener au bercail des milliers d’électeurs qui ont préféré le NPD au Bloc en 2011. Je ne suis pas sûr qu’il y soit arrivé.
    (Manon Cornellier, dans Le Devoir du 25 septembre 2015.)

L'adjectif attribut du sujet doit s'accorder au féminin, « je » désignant madame Cornellier :

Je ne suis pas sûre qu'il y soit arrivé.

  • M. Harper a été écorché, mais a été fidèle à lui-même et joué les cartes qui le servent bien dans les régions qu’il cible : budget équilibré, baisses d’impôt, sécurité, niqab.

M. Harper n'a pas été joué, il a joué des cartes; le verbe jouer n'est pas employé avec l'auxiliaire être, comme le verbe écorcher à la forme passive, mais avec l'auxiliaire avoir, qu'il faut donc exprimer :

M. Harper a été écorché, mais a été fidèle à lui-même et a joué les cartes qui le servent bien dans les régions qu’il cible : budget équilibré, baisses d’impôt, sécurité, niqab.

Line Gingras
Traductrice agréée (OTTIAQ, ATIO)
Réviseure pigiste
Québec

« Débattre pour sauver sa peau » : http://www.ledevoir.com/politique/canada/451043/debattre-pour-sauver-sa-peau

Merci de votre visite. Une question? Je serai heureuse d'y répondre, dans la mesure de ma disponibilité. Voir la rubrique « Contactez l'auteur », dans la colonne de droite.

Il n'y a pas que ce que l'on dit; la manière dont on le dit, c'est un message aussi.

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