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Choux de Siam
1 novembre 2012

Application

  • La porte-parole ajoute que la STM applique la « tolérance zéro » en matière de discrimination et qu'un code d'éthique précis s'applique à tous les salariés.
    (Ewan Sauves dans le site de La Presse, le 5 octobre 2012; texte mis à jour à 14 h 47.)

On aurait pu écrire, par exemple :

La porte-parole ajoute que la STM applique la « tolérance zéro » en matière de discrimination et qu'un code d'éthique précis doit être observé par tous les salariés.

La porte-parole ajoute que la STM applique la « tolérance zéro » en matière de discrimination et que tous les salariés sont tenus d'observer un code d'éthique précis.

La porte-parole ajoute que la STM applique la « tolérance zéro » en matière de discrimination et que tous les salariés sont assujettis à un code d'éthique précis.

  • Selon Marianne Rouette, les plaintes que reçoit par la STM sur la langue de service ne sont pas en hausse.

Selon Marianne Rouette, les plaintes que reçoit par la STM sur la langue de service ne sont pas en hausse.

Line Gingras
Traductrice agréée (OTTIAQ, ATIO)
Québec

« Langue : un employé de la STM en mauvaise posture » : http://www.lapresse.ca/actualites/regional/montreal/201210/05/01-4580711-langue-un-employe-de-la-stm-en-mauvaise-posture.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_lire_aussi_4588986_article_POS3

Merci de votre visite. Une question? Je serai heureuse d'y répondre, dans la mesure de ma disponibilité. Voir la rubrique « Contactez l'auteur », dans la colonne de droite.

Il n'y a pas que ce que l'on dit; la manière dont on le dit, c'est un message aussi.

28 mars 2013

Il insiste n'avoir jamais fait cela

Insister avoir fait quelque chose, insister ne pas avoir fait quelque chose; insister + infinitif; grammaire française; syntaxe.

  • Il insiste n'avoir jamais « grenouillé » contre son premier ministre.
    (Michel Corbeil, dans Le Soleil du 28 octobre 2012.)

D'après ce que je vois dans le Petit Robert, le Multidictionnaire, le Hanse-Blampain, le Lexis et le Trésor de la langue française informatisé, on peut insister sur quelque chose, pour une chose, pour faire quelque chose, pour que...; aucun de ces ouvrages, cependant, n'admet la construction insister avoir fait quelque chose. On aurait pu employer le verbe assurer :

... il assurait n'avoir pas eu froid, et, par un effort de sa volonté, il arrivait réellement à ne plus sentir le froid. (Sand, dans le Trésor de la langue française informatisé.)

Il assure n'avoir jamais « grenouillé » contre son premier ministre.

Line Gingras
Traductrice agréée (OTTIAQ, ATIO)
Québec

« Le PQ, un parti qui dévore ses chefs » : http://www.lapresse.ca/le-soleil/dossiers/il-y-a-25-ans-rene-levesque/201210/27/01-4587800-le-pq-un-parti-qui-devore-ses-chefs.php

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15 novembre 2012

En respect des lois

En respect des lois, en respect de la loi; en respect de quelque chose, en respect de quelqu'un.

  • Un candidat qui accepte (en respect des lois, évidemment) un don de 50 $ d'un électeur doit-il vraiment quelque chose à quelqu'un? Je ne crois pas.
    (Vincent Marissal, dans La Presse du 18 octobre 2012.)

La construction en respect de me paraît suspecte, et je ne la trouve pas dans les dictionnaires courants. On aurait peut-être pu la remplacer par dans le respect de :

La France tient de son passé un État unitaire gouverné dans le respect de la règle de droit [...] (Belorgey dans le Trésor de la langue française informatisé, à l'article « étatique ».)

Il me semble cependant que l'idée serait très bien rendue par l'expression en toute légalité :

Ces personnes font des affaires en toute légalité. (Multidictionnaire.)

Je suggérerais :

Un candidat qui accepte (en toute légalité, évidemment) un don de 50 $ d'un électeur doit-il vraiment quelque chose à quelqu'un? Je ne crois pas.

Line Gingras
Traductrice agréée (OTTIAQ, ATIO)
Québec

« Beurk, de l'argent! » : http://www.lapresse.ca/debats/chroniques/vincent-marissal/201210/17/01-4584412-beurk-de-largent.php

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21 novembre 2005

Prendre ses distances de...

Prendre ses distances de; prendre ses distances par rapport à; conserver ses distances; garder ses distances.

  • [...] de la part du gouvernement Martin, qui cherchait déjà à cette époque à prendre ses distances des proches de Jean Chrétien par tous les moyens possibles. (Alec Castonguay.)

D'après ce que je vois dans mes dictionnaires, on peut très bien se tenir à distance de quelqu'un, se distancer de quelque chose ou de quelqu'un, se distancier d'un maître, d'un allié, d'un parti, de son propre discours.

Cependant, selon Hanse et Blampain, on prend ses distances par rapport à quelqu'un. Le Lexis et le Trésor de la langue française informatisé relèvent aussi des exemples où le complément de distances (ou de l'expression contenant le mot distances) est introduit par la préposition avec :

Il s'agit de conserver ses distances avec tout ce qui est choquant et grossier. (Hébert.)

L'intimité avec les chimères, les distances avec les réalités. (Giraudoux.)

Line Gingras

"Pelletier revient hanter Martin" : http://www.ledevoir.com/2005/11/19/95598.html

19 novembre 2005

Les mieux placés à interpréter

Être bien placé à + infinitif; être mal placé à + infinitif; être mieux placé à + infinitif; être le mieux placé à + infinitif.

  • [...] plusieurs hommes, jeunes et vieux, expriment une haine de la femme que les psychanalystes seraient les mieux placés à interpréter. (Denise Bombardier.)

Je n'ai rien trouvé, dans la quinzaine d'ouvrages que j'ai consultés, sur le tour être bien placé, être mal placé à + infinitif. Les dictionnaires généraux, d'après ce que je peux voir, n'admettent l'expression en cause qu'avec la préposition pour :

Elle est mal placée pour critiquer ce choix qu'elle a naguère cautionné. (Multidictionnaire.)

L'ambassadeur qui fut le mieux placé pour bien connaître le train du monde. (Mauriac.)

Wilson était mieux placé que personne pour connaître les faiblesses du contrôle parlementaire et de la paix démocratique. (Bloch.)

Bien entendu, on aurait pu écrire :

[...] une haine de la femme que les psychanalystes seraient les plus aptes à interpréter.

Line Gingras

"Le début d'un triste temps nouveau" : http://www.ledevoir.com/2005/11/12/94943.html

15 novembre 2005

À l'emploi de

À l'emploi de; être à l'emploi de; emploi; to be in the employ of.

  • Il n'est plus à l'emploi du cabinet depuis août dernier. (Hélène Buzzetti.)

Le scandale des commandites a fait quelques chômeurs, semble-t-il; parions toutefois que ces malheureux ne risquent pas trop de se retrouver à l'aide sociale.

Ces pauvres gens ont perdu leur emploi; étaient-ils donc auparavant à l'emploi de la fonction publique, du cabinet, d'un certain parti politique, d'une agence de publicité?

Point du tout. La locution à l'emploi de est le calque de l'expression anglaise in the employ of (elle-même désuète, selon Camil Chouinard). Absente, d'après ce que je peux voir, des dictionnaires généraux et des ouvrages de difficultés rédigés par des Européens, mais fréquente chez nous, elle est condamnée comme anglicisme par les auteurs québécois que j'ai consultés - soit, outre Chouinard, Dagenais, Colpron et Villers.

On n'est pas à l'emploi de telle personne, tel ministère, telle entreprise : on est employé par...; on est au service de...; on travaille pour..., chez (suivi d'un nom de personne), à tel endroit, dans un magasin.

Line Gingras

"Purge symbolique chez les libéraux fédéraux" : http://www.ledevoir.com/2005/11/03/94134.html

9 novembre 2005

Lorgner vers

Lorgner vers quelque chose; lorgner vers quelqu'un; lorgner quelque chose; lorgner quelqu'un; verbe transitif; verbe intransitif; complément d'objet direct.

  • Les religieuses voulaient vendre leur couvent pour s'installer dans une région plus paisible. Elles ont lorgné vers une ancienne ferme à tabac de Lanoraie. (Stéphane Baillargeon.)

D'après la quinzaine de dictionnaires et d'ouvrages de difficultés que j'ai sous la main - enfin, d'après ceux qui abordent la question -, le verbe lorgner doit se construire avec un complément d'objet direct :

Lorgner un rôti du coin de l'oeil. (Petit Robert.)
Elle lorgne ce jeune homme depuis un moment. (Petit Robert.)
Les curieuses lorgnaient la comédienne. (Multidictionnaire.)
Les enfants lorgnent les jouets présentés dans les belles vitrines de Noël. (Multidictionnaire.)
Lorgner une charge, un héritage, des marchandises, une place. (Trésor de la langue française informatisé.)
Il a quelque envie de se fixer un peu ici; il lorgne les cottages, marchande les maisons, etc. (Hugo.)

Je lis toutefois, dans Le bon usage (édition de 1986), que "sous l'influence de loucher, on commence à dire" lorgner vers, lorgner sur, "ce que le Grand dictionnaire encyclopédique Larousse admet déjà".

N'empêche, l'auteur signale que cette construction n'appartient pas au français régulier.

Line Gingras

"Finalement, le Carmel reste sur le Plateau" : http://www.ledevoir.com/2005/10/26/93503.html

3 novembre 2005

Bon anniversaire, Alain!

C'est l'anniversaire de mon ami Alain aujourd'hui. Depuis qu'il a atteint la cinquantaine, un sale moment à passer. Vous seriez donc supergentils, amis lecteurs, si vous vouliez bien avoir une pensée encourageante pour lui. Et que diriez-vous de former une chorale? (On aurait besoin de la fille à zacki par ici; les petits chiffres à la croix de bois ne seraient pas de trop non plus, avec jujuly évidemment. Et si jamais des camarades de l'Ensemble vocal André Martin venaient à passer, ah! lala!)

Allez, trois et quatre et :

Bon anniversaire
Nos voeux les plus sincères
Que ces quelques fleurs
Vous apportent le bonheur
Que l'année entière
Vous soit douce et légère
Et que l'an fini
Nous soyons tous réunis
Pour chanter en choeur
Bon anniversaire

Line et le Chouchoeur
xxx en nombre indéterminé

(Petite note pour ceux d'ailleurs : de gros flocons, ce matin, sont tombés sur Québec. Première neige.)

20 octobre 2005

Consacrer

Consacrer pour; consacrer à; consacré pour; consacré à; se consacrer pour; se consacrer à; complément du verbe consacrer; construction du verbe consacrer.

  • [...] le Québec, qui consacre déjà 1,7 milliard de dollars pour son programme de garderies [...] (Bernard Descôteaux.)

Septembre 1983, pendant mes premières vacances à Venise; un après-midi, devant la basilique consacrée à saint Marc. Dans la foule, un groupe de femmes se remarque de loin - toutes, elles ont une robe blanche, avec à la taille une écharpe bleue. Certaines brandissent de petites pancartes : ARMÉE DE MARIE - CANADA.

Elles se croient dans un lieu de pèlerinage, ma parole. Comme si Saint-Marc n'était pas la caverne des quarante voleurs. Comme si Venise, en dépit de sa multitude d'églises consacrées à des saints divers, voire inexistants, n'était pas la ville la moins religieuse du monde. C'est une figure, évidemment, mais que penser d'une cité qui, entre autres initiatives douteuses, aurait envoyé des marchands dérober en Égypte le corps d'un saint prestigieux?

Ces femmes me rappellent un souvenir ancien, celui des enfants que l'on jugeait bon de consacrer à la Sainte Vierge, en les vouant au blanc et au bleu. Curieux comme cette idée a perdu de son charme.

Et si, après tout cela, vous ne vous doutez pas encore du résultat de mes recherches sur la construction du verbe consacrer, je veux bien me consacrer désormais à la vie contemplative, de préférence dans un couvent vénitien.

Consacrer, bien entendu, ne s'emploie pas que dans le domaine religieux; c'est, dans la langue courante, affecter une personne ou une chose "à une fin déterminée et parfois exclusive" (Trésor de la langue française informatisé) :

J'ai consacré tout l'après-midi à la préparation de mon exposé. (Lexis.)
Il se consacre entièrement à ce projet. (Lexis.)
Fonds consacrés au réaménagement des locaux.
Consacrer un livre à une question.
(Hanse et Blampain.)
Se consacrer à une noble cause.
[...] je tenais à ne consacrer à cette bataille d'usure [...] que le strict minimum.
(Joffre.)
Il consacre son temps à étudier. (Multidictionnaire.)

Aucun des quinze ouvrages que j'ai consultés ne propose d'exemple où le complément de destination serait introduit par la préposition pour; seule la préposition à est admise. Le Dupré (Encyclopédie du bon français dans l'usage contemporain) signale comme incorrecte cette phrase de Mirbeau :

Le reste de la matinée est consacré en visites.

Autre construction fautive, que Hanse et Blampain ont relevée "dans un livre officiel sur Genève" :

Consacrer une plaquette concernant l'histoire de...

Il aurait fallu écrire, en conséquence, que le Québec consacre 1,7 milliard de dollars à son programme de garderies.

Line Gingras

"Sourd et aveugle" : http://www.ledevoir.com/2005/10/19/92918.html

18 octobre 2005

Boisson*

16 octobre 2005

Au motif que

Au motif que; au motif de; pour le bon motif; motif.

Mademoiselle est au salon
- Ah! Seigneur, que c'est long!
Tantôt viendra l'p'tit Vaillancourt
- Ah! Seigneur, que c'est court!

Lorsque jadis un jeune homme fréquentait une jeune fille, ce devait être pour le bon motif - en vue du mariage, lui-même précédé des fiançailles, lesquelles suivaient ce moment solennel de la grand' demande.

De même, dans la langue courante, on voit assez souvent le complément de cause (répondant à la question pourquoi?) introduit par le nom motif précédé de la préposition pour :

Pour quel motif as-tu changé d'avis? (Multidictionnaire.)
Pour des motifs qui nous échappent.

Mais serait-il admis d'utiliser plutôt la préposition à?

J'ai signalé l'autre jour cet exemple, relevé dans le Petit Robert :

  • Requête rejetée au motif que l'intéressé est mineur.

Cette formulation est donnée toutefois comme appartenant à la langue juridique. De fait, aucun des seize autres ouvrages que j'ai consultés ne mentionne le tour au motif que ni, de manière générale, l'emploi de la préposition à devant le nom motif indiquant un complément de cause. Je pense donc qu'il faudrait réserver cette construction au domaine du droit :

  • M. Chrétien a suspendu temporairement sa requête en récusation il y a deux semaines. En revanche, l'avocat du gouvernement fédéral, Brian Saunders, lui a confirmé par écrit qu'il pourrait entamer une nouvelle bataille contre le commissaire au motif de sa partialité au moment opportun. (Brian Myles et Manon Cornellier.)

Line Gingras

Pour écouter La grand' demande : http://www4.bnquebec.ca/musique_78trs/mt571.htm
"Gomery monte au front" : http://www.ledevoir.com/2005/06/15/84252.html?355

14 octobre 2005

Discriminer, être discriminé

Discriminer quelqu'un; être discriminé; to discriminate against; to be discriminated against; Coventry Carol.

  • [...] les habitants de l'ancienne Allemagne de l'Est continuent de se sentir dénigrés, voire discriminés par leurs concitoyens de l'Ouest. (Dépêche.)

Au Moyen Âge, dans la ville de Coventry, on représentait des mystères - entre autres celui pour lequel fut composé le Coventry Carol, cette berceuse chantée par les femmes de Bethléem à leurs tout-petits, que les soldats d'Hérode vont bientôt massacrer. Selon William Sandys, une vieille tradition voudrait que le propre fils d'Hérode ait été parmi ces malheureux innocents. Pas de discrimination...

Le substantif discrimination s'emploie dans la langue courante, souvent de façon péjorative, pour désigner le "traitement différencié, inégalitaire, appliqué à des personnes sur la base de critères variables" (Trésor de la langue française informatisé).

Plus rarement, et plutôt dans la langue littéraire, il désigne l'"action de discerner, de distinguer les choses les unes des autres avec précision, selon des critères définis" (Petit Robert).

C'est à cette dernière acception que se rattache le verbe discriminer :

[Il a] judicieusement discriminé les créatures et les écrivains du second et du troisième rayon. (Henriot.)
C'était une autre affaire de discriminer les visiteurs. (Guéhenno.)
Les questions qui discriminaient significativement les sujets normaux des sujets présentant un syndrome mental donné. (Delay.)
Apprendre à discriminer les méthodes les plus efficaces. (Lexis.)
Discriminer rhumatismes infectieux et arthrites microbiennes. (Ravault.)
Quand la vie nous laissera-t-elle le temps de nuancer et de discriminer? (Dubos.)

Nulle part, dans les treize ouvrages que j'ai consultés, je n'ai trouvé ce verbe ("beaucoup plus rare, précisent Hanse et Blampain, que le nom discrimination et l'adjectif discriminatoire") avec la nuance péjorative que prend souvent le nom discrimination - si ce n'est dans une remarque du Trésor, où l'on signale avoir rencontré cet emploi dans la documentation; les auteurs font observer que discriminer y est utilisé de façon absolue, autrement dit sans complément :

En tolérant que l'Europe discrimine, c'est-à-dire maintienne les restrictions financières et commerciales contre les États-Unis tout en abaissant ces restrictions entre pays membres de l'OECE. (Univers économique et social, 1960.)

Il s'agit là, je le souligne, d'une simple mention.

René Meertens propose, comme équivalents de to discriminate against : constituer une discrimination à l'encontre de, placer dans une situation désavantageuse, défavoriser; et pour traduire to be discriminated against : être victime d'une discrimination, être ou faire l'objet de mesures discriminatoires.

Dans la phrase qui nous occupe, je pense qu'il aurait fallu étoffer, en écrivant par exemple :

  • [...] les habitants de l'ancienne Allemagne de l'Est continuent de se sentir dénigrés par leurs concitoyens de l'Ouest, qui auraient même à leur endroit des pratiques discriminatoires.

C'est plus long, évidemment...; mais sommes-nous si pressés?

Line Gingras

Texte sur le Coventry Carol : http://www.hymnsandcarolsofchristmas.com/Hymns_and_Carols/coventry_carol-1.htm
"Une première femme à la tête de l'Allemagne" : http://www.ledevoir.com/2005/10/11/92341.html

12 octobre 2005

De Janequin à Haendel

Haendel; Janequin; As Pants the Hart; Le chant des oiseaux; emprunts musicaux.

C'était dans la nuit de lundi à mardi : rentrée de ma répétition avec l'Ensemble vocal André Martin, j'avais continuellement à l'esprit, en travaillant à l'ordinateur, le thème obsédant de ce beau motet de Haendel :

As pants the hart
For cooling streams...
(Comme languit une biche / Après les eaux vives... [Bible de Jérusalem.])

Plusieurs heures se sont écoulées. Et puis, tout à coup, j'ai pris conscience d'autres paroles qui étaient venues, je ne sais comment, se substituer au texte anglais :

Vous orrez à mon avis
Une douce musique...

J'en modernise l'orthographe, mais c'est un passage du Chant des oiseaux, de Clément Janequin. Haendel l'aura peut-être emprunté, à deux siècles de distance environ...

Le chant des oiseaux. C'était il y a une trentaine d'années, sous la direction du même chef; je découvrais la musique de la Renaissance.

La musique, on le sait, réunit les hommes - avec leurs semblables, et avec eux-mêmes.

Choubine

9 octobre 2005

Accord par syllepse

Accord par syllepse; accord du possessif; accord du pronom personnel; accord du verbe; monde.

  • [...] du "bon monde" tranquille, sans histoire, du monde ordinaire comme on dit ici, s'insurge contre l'installation d'une maison pour personnes âgées dans leur rue, à Québec, au prétexte que leur quiétude sera mise à mal [...] (Denise Bombardier.)

Ainsi donc, nous parlerons aujourd'hui de l'accord par syllepse.

[Comment? Il y a un autre problème dans cette phrase? - Certes, mais nous verrons cela demain, n'ayez crainte.]

Qu'est-ce donc qu'un accord par syllepse? C'est un accord qui se fait "selon le sens et non selon les règles grammaticales", nous dit le Petit Robert.

Cet accord n'est pas toujours approprié dans la langue soutenue; il me vient tout de suite à l'esprit un titre bien connu de l'humoriste Clémence Desrochers, Le monde sont drôles. Grevisse écrit, à ce sujet, que "la langue populaire met parfois au pluriel les mots se rapportant à des noms collectifs singuliers" (autres que les mots exprimant une quantité, comme douzaine, nombre ou moitié).

Madame Bombardier, comme il convient dans un texte sérieux, a laissé le verbe s'insurge au singulier; mais que dire du déterminant possessif leur? Aurait-il fallu reformuler la phrase, ou était-il correct d'utiliser un pluripossessif, indiquant plusieurs possesseurs, pour renvoyer à monde, substantif singulier?

Grevisse semble autoriser cet emploi, sans le limiter à la langue populaire (paragraphe 593, d, de la douzième édition du Bon usage) :

Jamais, depuis son enfance, elle n'avait approché d'un homme en soutane; elle éprouvait à leur égard [...] (É. Baumann.)

Il paraît aussi admettre que le pronom personnel s'accorde, "non avec son antécédent (surtout si celui-ci ne figure pas dans la même phrase ou sous-phrase), mais avec la signification impliquée par cet antécédent" :

La pauvre Barbe-bleue se doutait bien de quelque chose, mais il ne savait pas de quoi. (A. France.)

Dans la phrase à l'étude, on aurait donc pu écrire, en parlant du monde ordinaire, qu'ils prétextent que leur quiétude sera mise à mal.

Non, je ne serai probablement jamais à l'aise avec ces "syllepses occasionnelles". Mais elles ne sont pas interdites, je l'ai z'appris tout à l'heure.

Line Gingras

"Faire la fête?" : http://www.ledevoir.com/2005/10/08/92200.html

8 octobre 2005

Questionner

Questionner; questionner quelque chose; remettre en question; mettre en doute; contester; critiquer; douter de; s'interroger sur.

  • Qui s'étonnera que le Gala des Gémeaux, censé être la fête de la télévision, n'ait trouvé qu'une chaîne spécialisée câblée, Canal D, pour distribuer des prix dont on questionne d'ailleurs et le nombre et la pertinence depuis plusieurs années? (Denise Bombardier.)

Ce n'est là que la première d'une série d'interrogations, mais nous n'irons pas plus loin aujourd'hui, les amis, car il faut nous pencher incontinent sur ce verbe questionner qui me taquine les méninges.

On peut très bien questionner quelqu'un, je n'ai rien là contre; mais questionner quelque chose, c'est français vous croyez?

Le Trésor de la langue française informatisé signale ce tour, utilisé par analogie au sens de "poser une question à quelque chose" :

La campagne se prête à toutes les divagations du rêve. On questionne bien tranquillement le ruisseau, l'arbre, les grandes luzernes : ils ne répondent pas [...] (Renard.)

Bien entendu, le verbe n'a pas ici la même acception que dans la phrase de madame Bombardier.

Le Hanse-Blampain ne contient pas d'article sur le verbe questionner. Mais le Petit Robert et le Lexis n'admettent pas l'emploi qui nous intéresse, et les ouvrages canadiens que j'ai consultés - soit le Multidictionnaire, le Dagenais, le Colpron et le Chouinard - condamnent comme anglicisme l'utilisation de questionner avec un nom de chose pour complément d'objet direct, au sens de "mettre en doute", "remettre en question", "contester", "critiquer", "douter de" ou "s'interroger sur" :

Ils ont questionné l'impartialité du jury d'examen.
Il y a lieu de questionner le sérieux de cette information.
Ce n'est pas d'hier que l'on questionne l'existence de Dieu.

Ces exemples ne sont donc pas à imiter.

Line Gingras

"Faire la fête?" : http://www.ledevoir.com/2005/10/08/92200.html

7 octobre 2005

Et autres paellas

Et autres paellas; et autres + nom; énumération; terme générique; terme spécifique.

  • D'autant que ce ne sont pas les nivellement, chariot, oignon, quincaillier et autres paellas [...] qui posent problème aux petits Québécois. (Josée Boileau.)

Oui, il est question ici de réforme de l'orthographe. Mais je ne veux pas m'engager dans cette controverse. J'aimerais signaler plutôt, comme je l'ai déjà fait dans La plume heureuse, que je trouve un rien étrange cet et autres introduisant le dernier terme d'une énumération.

Pardonnez-moi d'énoncer ce qui vous semblera sans doute une évidence, mais un quincaillier, même espagnol, même doué d'un aussi bon appétit que l'auteure de ces lignes (je parle des lignes que vous lisez en ce moment, pas de l'éditorial de madame Boileau), et armé d'une pelle en prévision de l'hiver, n'est pas une paella.

Et autres s'emploie correctement devant un terme générique qui englobe les divers éléments de l'énumération :

  • D'autant que ce ne sont pas les nivellement, chariot, oignon, quincaillier, paella et autres mots visés par la réforme qui posent problème aux petits Québécois.

Devant un terme spécifique, par contre, qui s'ajoute aux autres éléments pour désigner une personne, un fait ou un objet distinct, et autres produit un drôle d'effet..., dont un humoriste saurait peut-être tirer parti.

Dans le cas présent, on aurait dû s'en passer :

  • D'autant que ce ne sont pas les nivellement, chariot, oignon, quincaillier et paella [...] qui posent problème aux petits Québécois.

Line Gingras

"Flûte, avec un accent!" : http://www.ledevoir.com/2005/10/04/91820.html

6 octobre 2005

Prêt de + infinitif

Prêt de, près de; prêt de + infinitif; prêt à + infinitif; près de + infinitif.

  • [...] ce flux ne semble pas prêt de se tarir. (Dépêche.)

"Prêts ou pas prêts, j'y vas pareil" : c'était la formule rituelle lorsque nous jouions à cachette, chez nous, dans le p'tit rang croche qui montait vers le lac Sept-Îles. Mais ce temps-là est révolu - eh oui, y a eu la révolution tranquille et tout, vous ne le saviez pas? -, et c'est d'affaires sérieuses que l'on s'occupe ici. Alors donc...

D'après ce que je lis dans le Petit Robert, le Multidictionnaire et le Hanse-Blampain, on doit faire aujourd'hui la distinction entre près de ("sur le point de") et prêt à ("en état de", "disposé à", "décidé à"), devant un infinitif :

Les démarches étaient près d'aboutir. (France.)
La pluie n'est pas près d'arrêter.
Je ne suis pas près de l'oublier.

L'avion est prêt à partir.
Tenez-vous prêts à agir quand le moment sera venu.
Je suis prête à reconnaître mes torts.

Le Petit Robert relève comme vieilli ou littéraire l'emploi de prêt à au sens de "près de", "sur le point de" :

Ainsi, prêt à quitter l'horizon de la vie... (Lamartine.)

Le tour prêt de, devant un infinitif, est tenu pour un archaïsme :

Je suis prêt de mourir. (Maupassant.)

Le journaliste aurait dû écrire, par conséquent :

  • [...] ce flux ne semble pas près de se tarir.

Et puis non, je ne me permettrai pas d'allusion à l'équipe Charest.

Line Gingras

"En bref : Nouvel assaut à Melilla" : http://www.ledevoir.com/2005/10/06/91965.html
Une petite récréation? - "Gambader, ou l'art de donner des ailes au délire" : http://www.ledevoir.com/2005/10/06/92023.html

3 octobre 2005

En contravention avec

En contravention avec; agir en contravention avec; être en contravention avec; en contravention; contravention; in contravention of the rules.

  • [...] on lui reprocha d'avoir agi en contravention avec la loi sur le lobbying [...] (Bernard Descôteaux.)

Vous ne me voyez pas; mais si vous me voyiez vous me verriez bien embêtée.

L'expression en contravention avec m'ayant paru vaguement suspecte, j'ai voulu faire quelques vérifications et vous en communiquer le résultat; cependant, avouons-le d'entrée de jeu, la situation n'est pas claire.

Le Petit Robert, le Multidictionnaire et le Hanse-Blampain reçoivent être en contravention. Le Lexis propose l'exemple :

En stationnant ici, vous vous mettez en état de contravention.

D'après le Trésor de la langue française informatisé, le tour (être) en contravention, "dans l'état d'une chose ou d'une personne qui contrevient à une loi, à un règlement", relève d'un emploi vieilli du mot contravention, "action de contrevenir (à quelque chose)" :

Charmé de la prendre en contravention à ses ordres. (Balzac.)
Le sergent de nuit ramassait des femmes en contravention, et les menait coucher avec lui. (E. et J. de Goncourt.)
En contravention avec les lois.

La construction qui nous intéresse est tenue pour correcte par le puriste Jean Girodet :

Vous êtes en contravention avec le règlement.

Aucune mise en garde dans le Dagenais, le Colpron ni le Chouinard; Thomas, Colin, Daviault, Berthier et Colignon n'abordent pas non plus la question. Le Meertens n'a pas d'article là-dessus.

Qu'est-ce donc qui amène Marie-Éva de Villers, après avoir reçu être en contravention, à signaler comme fautive l'expression être en contravention avec (une loi, un règlement, des règles)? Selon elle, c'est le calque de in contravention of the rules; il faudrait dire en violation de, en dérogation à, en infraction.

Il est vrai que le Robert & Collins Super Senior propose, pour traduire in contravention of the rules, les équivalents en violation des règles, en dérogation aux règles... Mais cela ne me paraît pas une raison suffisante, dans les circonstances.

Il me semble que nous ne devrions pas considérer comme un anglicisme une construction que des auteurs sérieux admettent dans le bon usage. (Notons que ce n'est pas seulement en contravention avec qui est vieillie, d'après le Trésor, mais l'emploi auquel se rattache [être] en contravention, que d'autres ouvrages consignent sans mise en garde.)

Reste le bon vieux principe du parapluie, cher à l'un de mes anciens professeurs : éviter de donner prise à la critique. Si l'on souhaite s'y conformer, on n'aura pas de mal à remplacer en contravention avec. Au lieu de Il a agi en contravention avec la loi, on aurait de toute façon avantage à écrire, dans bien des cas, Il a enfreint la loi, Il a contrevenu à la loi.

Line Gingras

"Partie de chasse" : http://www.ledevoir.com/2005/10/03/91761.html

25 septembre 2005

Sale lorsque je suis blanc...

Quelqu'un, tout à l'heure, est arrivé à mon carnet en posant l'énigme "sale lorsque je suis blanc, propre lorsque je suis noir". Malheureusement, ce n'est pas ici qu'on aura trouvé la réponse. Auriez-vous une idée, vous qui me lisez, de ce que ça pourrait bien être? Phil, tu le saurais je gage?

Choubine

23 septembre 2005

Dont et son antécédent

Dont; antécédent; complément du nom; complément déterminatif; pronom relatif dont; dont ayant pour antécédent un terme complément d'un nom introduit par une préposition.

Mais comment simplifier tout ça?

  • Une décision dont on doute de la sagesse dans les circonstances [...] (Guy Taillefer.)

En voyant ce bout de phrase à la fin d'un éditorial sur la difficulté de la reconstruction en Afghanistan, je devais avoir la mine perplexe de Julie Andrews jouant le personnage de Maria, future baronne von Trapp, au moment où elle se demande comment elle va bien pouvoir s'y prendre pour enseigner les rudiments de la musique aux enfants.

La construction est fautive, aucun doute là-dessus, mais comment énoncer la règle qui s'applique? Le problème est de taille, et dépasse de vingt-trois mille six cent quarante-sept kilomètres et demi le b.a.-ba de la grammaire, en ce qui me concerne en tout cas; n'empêche, allons-y hardiment, avec l'aide de nos valeureux amis Hanse et Blampain :

Le pronom relatif dont ne peut avoir pour antécédent un terme complément d'un nom introduit par une préposition - sauf si le terme en question "est aussi complément d'un autre nom qui précède" le nom introduit par une préposition.

?

Qu'est-ce que je vous disais... Voyons cela en détail.

Dans l'exemple que j'ai cité plus haut - Une décision dont on doute de la sagesse -, dont a pour antécédent (autrement dit : dont représente) le terme une décision; celui-ci est complément du nom sagesse (sagesse de la décision); et sagesse est introduit par la préposition de.

Après la première moitié de notre analyse, il semble que la construction soit incorrecte; il faut donc poursuivre, et nous demander si l'exception s'applique ici : l'antécédent, c'est-à-dire le terme représenté par dont, est-il aussi complément d'un autre nom qui précède de la sagesse?

Autre nom à l'horizon?

- Niet. (Comparer avec Le politicien dont la conduite passée pourrait nuire à la carrière; politicien est complément de carrière, mais aussi de conduite : le tour est correct.)

Et voilà pourquoi
Le muguet des bois...

Non, ce n'est pas ça : et voilà pourquoi il faut considérer Une décision dont on doute de la sagesse comme une construction fautive - qu'il serait possible de remplacer, tout simplement, par Une décision dont on met la sagesse en doute, ou dont on met en doute la sagesse.

C'est indigeste? Je m'en doute. Mais vous pourrez y revenir.

Line Gingras

"Il était deux petits champignons..." : http://www.momes.net/comptines/cetaientdeuxchampignons.html
"The Sound of Music" - Maria et les enfants : http://images.google.ca/imgres?imgurl=http://data.panoramatours.com/media/101.jpg&imgrefurl=http://www.panoramatours.com/media/som_movie/&h=260&w=450&sz=44&tbnid=B_dIGVcJbX8J:&tbnh=71&tbnw=124&hl=fr&start=2&prev=/images%3Fq%3D%2B%2522the%2Bsound%2Bof%2Bmusic%2522%26svnum%3D10%26hl%3Dfr%26lr%3D%26sa%3DN%26as_qdr%3Dall
"L'échec de Karzaï" : http://www.ledevoir.com/2005/09/23/91021.html

22 septembre 2005

Accoucher d'une entente de principe

Sans que + ne explétif; craindre que + ne explétif; accoucher; accoucher de quelque chose.

Comment éviter la fausse note?

Ma professeure de chant me l'a recommandé je ne sais combien de fois : "Entends la note." (La bonne. Avant de la chanter, est-il besoin de le dire.) Et tous les chefs de choeur le répètent inlassablement : "Écoutez-vous, soyez toujours à l'écoute les uns des autres."

Je m'autoriserai donc une allusion au travail que nous faisons ce trimestre à l'Ensemble vocal André Martin (voir le billet du 13 septembre) : si les mages n'avaient pas perçu de note discordante dans l'intérêt manifesté par Hérode à l'égard de l'enfant dont ils suivaient l'étoile, de quoi aurait l'air, je vous le demande, la vente de cannes de Noël?

(On est profonde, ici, des fois.)

Toute cette magnifique digression pour en venir à ce mot d'ordre banal : tâchons donc de nous servir de nos oreilles, au propre et au bien lavé figuré, lorsque nous écrivons.

Vous allez trouver que je fais mine de poser de grandes questions pour ne m'attacher finalement qu'à des vétilles, mais qu'y puis-je si on ne m'offre que des peccadilles à relever? (Si ça continue, je vais être obligée de chercher ailleurs que dans Le Devoir...)

  • Les négociations se sont poursuivies hier entre les enseignants du primaire et du secondaire et le ministère de l'Éducation, sans toutefois que cette journée additionnelle d'échanges, bien qu'intensive, n'ait permis d'accoucher d'une entente de principe. (Marie-Andrée Chouinard.)

Quand je vous parlais de fausse note, c'est à cette utilisation du verbe accoucher que je pensais : dans un article d'information tout ce qu'il y a de plus sérieux, cet emploi figuré, qui relève normalement de la plaisanterie (vérifié dans le Petit Robert), détonne.

Mais il est un autre point dont j'aimerais vous toucher un mot : l'emploi du ne explétif (c'est-à-dire non nécessaire au sens) après sans que.

Le ne explétif s'utilise très correctement, par exemple, avec le verbe craindre à la forme affirmative :

Je crains qu'il ne vienne.

Après la locution sans que, toutefois, son emploi est déconseillé par le Hanse-Blampain, et condamné par le Multidictionnaire. Il faudrait donc écrire :

[...] sans toutefois que cette journée additionnelle d'échanges, bien qu'intensive, ait permis (plutôt que n'ait permis) d'arriver à une entente de principe.

Ce ne serait pas l'accord parfait, mais nous ne sommes pas des anges.

Line Gingras

Négociations... : http://www.ledevoir.com/2005/09/21/90864.html

20 septembre 2005

Se rapporter et se présenter

Se rapporter; se présenter; on va à Old Orchard.

  • Ces joueurs devront se rapporter au camp des Bulldogs.

Ma première vue de la mer, c'est Old Orchard qui me l'a donnée.

Je dois avoir treize ou quatorze ans. C'est l'été, que je passe à vendre des fraises en rêvant du retour à l'école (j'en mange bien quelques-unes aussi, en attendant les framboises qui viendront dans quelques semaines - et les bleuets). Mon père, hier soir, est rentré fourbu et nous a annoncé la seule décision qu'il a dû prendre tout seul dans sa vie d'homme marié : à 4 h du matin, nous allions partir pour... ce que par souci de vérité toponymique j'appellerai Old Orchard.

Des heures et des heures plus tard, nous, les enfants dont je suis l'aînée, trouvons le chemin terriblement long. La nouveauté de la ligne jaune au milieu de la route, elle est épuisée. L'étrangeté des plaques
d'immatriculation, l'orthographe de «Mets sa chaussette» ont fait leur temps. Patience, on va arrêter pour une crème à glace. Et quand est-ce qu'on arrête pour une crème à glace? Ah! mais. Ah! mais il faut qu'il y ait un comptoir. Ah! mais il faut l'apercevoir à temps. Ah! mais ça serait meilleur de la molle. Ah! mais il faut rouler si on veut coucher à soir.

En plus, à chaque sortie d'autoroute, il se trouve plein d'enfants pour demander : est-ce qu'on est rendus, là? Non?

Moi, je ne dis plus rien : après les comptoirs de crème à glace et les étalages de souvenirs, je surveille les écriteaux. Or, voici que nous bifurquons et que la route, tout soudain, est bordée de motels. La voiture s'arrête. On est arrivés, annoncent mes parents. Mais comment ça se fait? Je n'ai pas vu l'écriteau.

Ah! mais si. Sauf que moi, je cherchais «Le Lotcheur».

Ce vrai souvenir de mon premier voyage à Old Orchard, c'est la chronique de Jean Dion pour aujourd'hui qui me l'a rappelé. Alors que mon père, au Lotcheur, s'inquiétait de son commerce, Jean Dion, lui, se préoccupe, ou du moins il s'en préoccuperait peut-être si la saison était commencée, de ce que fabrique le Canadien en son absence.

Parce que oui, Jean Dion est bien allé à Old Orchard en fin de semaine, il a eu la gentillesse de me le confirmer. Entre chroniqueurs, hein.

Hem. Bon.

Donc, pendant que le journaliste laissait son regard vaguer sur les flots, que fabriquait le Canadien? - Il tenait son "gros camp", le Canadien, et se préparait à disputer dimanche soir un match hors concours, et commençait à sélectionner ses joueurs. C'est ce que je retiens d'une dépêche intitulée "Les huit premiers joueurs retranchés du camp d'entraînement", où je lis :

  • Le Canadien a procédé à sa première réduction de personnel hier en cédant huit joueurs qui devront se rapporter au camp des Bulldogs de Hamilton, à compter de vendredi.

Se rapporter?

Le Petit Robert n'admet pas ce verbe au sens de "se présenter". Le Hanse-Blampain ne parle pas de la question; cet emploi est néanmoins signalé comme anglicisme dans tous les ouvrages canadiens que j'ai consultés, soit le Multidictionnaire, le Dagenais, le Colpron et le Chouinard. Et René Meertens propose plusieurs façons de rendre to report, selon le contexte - mais se rapporter ne figure pas au nombre des équivalents.

Les huit joueurs vont donc se présenter au camp des Bulldogs.

Line Gingras

Un site sur Old Orchard : http://www.proseandphotos.com/old_orchard_beach.htm
"À Old Orchard" :
http://www.ledevoir.com/2005/09/20/90756.html?339
"Les huit premiers joueurs retranchés du camp d'entraînement" : http://www.ledevoir.com/2005/09/20/90760.html

19 septembre 2005

Autant devant un adjectif

Autant incertain que; autant + adjectif + que; adjectif + autant que; autant que après un adjectif; autant et aussi.

  • Il est autant modeste qu'habile.

J'ai eu la chance, pendant les deux premières années du cours secondaire, d'avoir comme professeur de français un homme qui traitait ses élèves non pas comme des cruches à remplir, mais comme des êtres doués d'intelligence qu'il fallait encourager et guider dans leur apprentissage.

Monsieur Laganière, lorsque je soulevais une objection, ne se servait pas de son autorité pour me remettre à ma place; non, il était ravi au contraire : "Allons voir ce qu'en dit Larousse", ordonnait-il avec un large sourire; ou "Allons voir ce qu'en dit Laurence"; c'était selon.

Et toute la classe d'ouvrir dictionnaire ou grammaire, parce que chacun avait son exemplaire, bien sûr. Il paraît que ce n'est pas le cas dans toutes nos écoles aujourd'hui.

J'ai toujours le nez dans les ouvrages de langue, c'est en partie mon métier qui le veut; mais j'aime à croire que mes anciens camarades ont conservé, eux aussi, le réflexe de les consulter au moindre doute.

Tout à l'heure je lisais dans Le Devoir un article de François Brousseau. À propos de l'effet des élections qui ont eu lieu hier en Afghanistan, il écrit :

  • Autant dire que le verdict attendra encore un peu : diagnostic réservé et incertain. Pas autant incertain, toutefois, que celui d'une autre consultation similaire, le mois prochain : le référendum constitutionnel en Irak.

Question : Autant peut-il s'employer immédiatement devant un adjectif?
Réponse : Allons voir ce qu'en dit Robert.

Le Petit Robert, à l'article "autant", ne propose aucun exemple de ce type. Mais ce n'est pas une condamnation.

Allons donc voir ce qu'en disent Hanse et Blampain.

Dans la quatrième édition du Nouveau dictionnaire des difficultés du français moderne, je trouve ce qui m'intéresse : "Autrefois, autant pouvait précéder l'adjectif." Mais c'était dans le bon vieux temps. Aujourd'hui, cet adverbe ne s'utilise plus de cette façon; devant un adjectif, il faut le remplacer par aussi. On écrira donc :

Il est modeste autant qu'habile.
MAIS
Il est aussi modeste qu'habile.

Line Gingras

"Élections, élections..." : http://www.ledevoir.com/2005/09/19/90685.html

16 septembre 2005

Bonheur électoral

Nouvelle diablement réjouissante aujourd'hui : le Parti Rhinocéros est de retour!

Enfin un discours politique pouvant se lire à l'endroit comme à l'envers et spécialement dans tous les sens parce que sans bon sens et refusant de se tenir sens dessus dessous.

Enfin l'absence de suite dans l'incohérence.

Enfin des promesses en l'air, par terre et dans le poêle à bois qui, non accomplies, feront espérer d'une mare à l'autre des lendemains qui rigolent.

Après avoir entendu entre les branches, lorsque j'habitais à Ottawa, que je n'avais pas droit au titre de Québécoise bien que née au Québec et ayant vécu au Québec les vingt-cinq premières années de mon existence, je me passerai de permission et promets solennellement d'encorner quiconque s'y opposera : la présente est une déclaration unilatérale d'appartenance au Parti Rhinocéros renouvelé.

Je m'engage dès maintenant à n'assister à aucune de ses réunions et à ne voter pour aucun de ses éventuels candidats.

Comme tout rhinocéros qui se respecte, je promets aussi de ne pas tenir mes promesses.

Choubine

Où l'on proclame la bonne nouvelle : http://www.ledevoir.com/2005/09/16/90515.html
Site sur Jacques Ferron : http://www.ecrivain.net/ferron/index.cfm?p=1_Vie/bio_details/reperes_bio(1971_1972).htm

15 septembre 2005

Attentats suicides

Attentats suicides; attentats suicide; attentat suicide; missions suicides; missions suicide; mission suicide; timbres-poste; timbre-poste; orthographe d'accord; grammaire française.

Encore des attentats à Bagdad : la routine, quoi. Avec la paix finit par s'installer l'ennui, c'est bien connu. Et l'Irak jouit de la pax americana.

Onze en un seul jour, tout de même. Près de 160 morts, plus de 240 blessés, nous apprend une dépêche.

*   *   *   *   *

Deux fois, dans l'article en question, on utilise au pluriel l'expression attentats suicides - mais en omettant d'accorder suicide.

On ne saurait pourtant faire ici le même raisonnement que pour un nom composé du genre de timbre-poste; ce dernier s'écrit au pluriel timbres-poste, explique André Jouette, parce qu'il s'agit de "timbres pour la poste". Par contre, dans attentats suicides, les attentats sont aussi des suicides, d'où l'accord des deux éléments au pluriel. J'ai relevé d'ailleurs dans le Petit Robert, à l'article "suicide", l'exemple Des missions suicides.

Dommage qu'il faille apprendre les règles s'appliquant à des termes comme ceux-là.

* * * * *

Note du 6 janvier 2008 : L'édition 2003 du Petit Robert, je viens de le vérifier, donne bien l'exemple Des missions suicides. Je trouve cependant Des missions suicide, au même article, dans l'édition 2007. Allez savoir pourquoi.

Line Gingras

Article sur les attentats : http://www.ledevoir.com/2005/09/15/90432.html

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