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Choux de Siam

10 juillet 2006

Un membership, et pas d'effectif?

Membership; anglicisme; accord du verbe avec son sujet accompagné d'une précision entre virgules; grammaire française; syntaxe du français.

  • En effet, Le Devoir a appris que le Parti conservateur (PC) a doublé son membership dans la province depuis six mois... (Alec Castonguay.)
  • ... le Parti conservateur est aujourd'hui aux trousses du Parti libéral du Canada (PLC) en ce qui concerne le membership.

Je ne trouve membership ni dans le Lexis, ni dans le Petit Robert (2003), ni dans le Trésor de la langue française informatisé. Marie-Éva de Villers et Camil Chouinard le signalent comme anglicisme, à remplacer par effectif, nombre de membres; je proposerais également (nombre d')adhérents, (nombre d')adhésions.

Monsieur Castonguay a rédigé un long article; je m'étonne d'y rencontrer à deux reprises l'anglicisme membership, et pas une seule fois, sauf erreur, le terme français effectif; à maintes reprises le mot membres, et pas une seule fois, si je ne me trompe, les noms adhérents ou adhésions (j'ai seulement relevé un emploi du verbe adhérer, dans les propos d'un militant).

* * * * *

  • Certaines circonscriptions, notamment dans la région de Québec, ont une barre plus haute à atteindre - environ 1000 nouveaux membres - compte tenu du fait qu'ils renferment des députés et des ministres.

* * * * *

  • La circonscription de Chicoutimi-Le Fjord, collée sur le comté du ministre Jean-Pierre Blackburn, dans Jonquière-Alma, est une de celle_-là.

* * * * *

  • Seuls les comtés bloquistes de Manicougan, avec le député Gérard Asselin, et de Rimouski-Neigette, avec Louise Thibault...

Monsieur Asselin est député de Manicouagan.

* * * * *

  • Le sud de Montréal, notamment Beauharnois-Salaberry et Chambly-Borduas, font aussi partie des cibles conservatrices.

Le sujet de la locution verbale faire partie, c'est le sud de Montréal; le syntagme qui suit ne fait qu'ajouter une précision, entre virgules.

Line Gingras

«Un PC de plus en plus présent au Québec» : http://www.ledevoir.com/2006/07/10/113341.html

9 juillet 2006

Les candidats au martyr

Martyr et martyre; orthographe d'usage.

Martyre du devoir.

Ainsi me définirais-je à l’instant même si je comparaissais devant saint Pierre au lieu de me retrouver, comme devant, devant mon ordinateur. Et dire que Baïlili, lectrice exigeante par qui le désir de me lancer dans la périlleuse aventure arriva, n’en aurait jamais rien su.

Raconte-nous des histoires, qu’elle m’a demandé, Baïlili.

J’aurais pu commencer par des récits d’enfance; en fouillant un peu j’en trouverais tout plein dans le champ de foin de la mémoire, et puis j’aime bien l’odeur de l’herbe et celle des teignes, et le fracas de la rivière dévalant la montagne; mais à la longue ça fait vieillir d’emprunter si souvent le p’tit rang croche et son chemin de gravelle. Et puis c’est un peu facile, ça ne demande pas de déplacement réel, alors que je voulais du neuf : un vrai défi avec l’ignorance totale de ce que j’allais trouver à écrire, de l’exercice pour les jambes qui s’ankylosent, de l’air frais. On a des ambitions de chroniqueuse ou on n’en a pas. Donc, mes traductions finies, j’ai pris l’autobus pour le Vieux-Québec. Aux alentours de 22 h.

Je savais qu’il y aurait foule : nous sommes en plein Festival d’été. Spectacle sur les plaines d’Abraham; autre spectacle à la place d’Youville. J’ignore qui, je ne veux pas savoir quoi. Un vacarme ignoble, de toute façon. Une foule compacte et hurlante qui a failli me faire fuir dans les rues tranquilles. Ah! oui, j’ai été grandement tentée, une fois franchie la porte Saint-Jean – et cela non sans mal –, de grimper la rue Sainte-Ursule, par exemple, qui m’aurait conduite à la rue Sainte-Anne, ou à la rue Sainte-Geneviève. Là j’aurais été à peu près seule; le bruit aurait été supportable.

Me fallait un sujet.

J’ai fini par sortir de la Maison de la presse internationale, où je n’ai pas trouvé le Trente de juillet; puis de chez Archambault, où je n’ai pas acheté le dernier Vargas, dans une édition trop chère. J’ai fendu la foule. Les yeux alternativement sur la lune jaune et sur les autres promeneurs, pas foutus de regarder où ils marchaient, je suis montée jusque sur la Terrasse, voir le fleuve. J’ai mangé une glace. Pris la rue Saint-Louis. Descendu la rue Sainte-Ursule.

Le spectacle était fini ou interrompu, mais la foule était toujours là, qui regardait vers la scène vide. Dans les haut-parleurs, de l'inusité : le Boléro de Ravel. Je me suis retournée; des fils étaient tendus au-dessus de la place; là-haut, une chose blanche, comme une voile, bougeait, semblait avancer dans ma direction. Je l'ai fixée. C’était un – ou une – funambule, dont on voyait les jambes à travers une jupe transparente. Mon premier funambule ailleurs qu’à la télévision. Sans filet. Avec cette longue jupe flottant dans la brise.

J’étais un peu en retrait; cinq ou six garçons sont arrivés derrière moi : «Funambule, somnambule! Crisse de malade, tu vas te tuer! Ha ha ha!»

Le numéro s’est poursuivi, s’est terminé sans accroc. L’équilibriste a mis le pied sur le toit éclairé d’un immeuble. La foule a applaudi, poussé des acclamations; j’ai respiré.

À peine étions-nous partis que, dans l’autobus bondé, deux jeunes hommes ont commencé à se battre. «Arrête-toué tout de suite, maudit niaiseux! Arrête l'autobus!» Hurlait-on de toute part au chauffeur, qui a mis plusieurs minutes à comprendre.

Il a ouvert la porte de côté, a attrapé le plus enragé des combattants, l’a sorti de l’autobus. Nous sommes repartis.

Et c’est ainsi que je ne suis pas morte écrasée.

* * * * *

  • Même dans la mouvance terroriste islamiste, la cause palestinienne est passée au second rang derrière les deux pays occupés par les Occidentaux. Elle fait de moins en moins recette pour ce qui est des candidats au martyr_. (Gil Courtemanche.)

Comme le font observer Hanse et Blampain, «un martyr (ou une martyre) souffre le martyre».

Line Gingras

«La démesure, l'aveuglement et le silence» : http://www.ledevoir.com/2006/07/08/113243.html

8 juillet 2006

Accepter l'acceptable

  • Au contraire, la formule actuelle, qui consiste à forcer chaque entreprise qui obtient un contrat d'installation d'éoliennes à négocier avec les intervenants d'une région et les propriétaires des terres, risque d'aboutir à des résultats plus acceptables. En dernier recours, Hydro-Québec peut refuser un projet qui ne serait pas jugé acceptable.

    En fait, le problème n'est pas de savoir qui, d'Hydro-Québec ou de l'entreprise privée, est le mieux placé pour faire accepter un projet de parc éolien mais plutôt qui est prêt à accepter la présence permanente de moulins à vent au sommet de ses montagnes et moyennant quel prix.
    (Jean-Robert Sansfaçon.)

Essayons d'éliminer les répétitions :

... risque d'aboutir à des résultats plus acceptables. En dernier recours, Hydro-Québec peut refuser un projet qui serait jugé inadmissible.

... qui [...] est le mieux placé pour faire adopter un projet de parc éolien, mais plutôt qui est prêt à tolérer la présence permanente...

Line Gingras

«Qui est le plus écolo?» : http://www.ledevoir.com/2006/07/07/113182.html

7 juillet 2006

Négocier avec le groupe des six?

  • Bien des voix influentes aux États-Unis jugent qu'en agissant comme elle l'a fait, la Corée du Nord a voulu réitérer sa ferme volonté de négocier directement une sortie de crise avec les États-Unis et non plus avec le groupe des six (Russie, Japon, Chine, les deux Corées et les États-Unis). (Serge Truffaut.)

La Corée du Nord a bien raison de ne plus vouloir négocier avec le «groupe des six», dont elle fait partie. Je proposerais :

... sa ferme volonté de négocier une sortie de crise directement avec les États-Unis, et non plus avec tous ses partenaires du groupe des six (Russie, Japon, Chine, Corée du Sud et États-Unis).

Line Gingras

«Le tir coréen» : http://www.ledevoir.com/2006/07/06/113074.html

6 juillet 2006

«Mon pays, ce n'est pas un pays*»

  • Il faut savoir que les phytocides sont interdits d'usage en forêt publique depuis 2001 au Québec, qui est d'ailleurs le seul gouvernement au Canada à l'avoir fait. (Alain Castonguay, rédacteur en chef du journal Le Monde forestier.)

Les phytocides sont interdits d'usage en forêt publique, où cela? - Au Québec, complément circonstanciel de lieu désignant le territoire du Québec, et non pas le gouvernement.

J'ai abordé il y a une semaine la question de l'emploi de faire comme verbe substitut. Dans le cas présent, on ne saurait mettre en parallèle une construction active - un gouvernement qui a fait quelque chose - et un tour passif, où il est question de produits qui sont interdits.

Comment résoudre ces deux difficultés? Je proposerais :

Il faut savoir que le Québec interdit l'usage des phytocides en forêt publique depuis 2001; c'est d'ailleurs le seul gouvernement à le faire au Canada.

* * * * *

  • Mais si le Québec cessait demain matin de couper des arbres en forêt, d'autres pays continueraient de le faire.

Je ne voudrais chagriner personne, mais il faudrait tout de même s'en rendre compte : le Québec n'est pas un pays, au sens politique du terme.

Par ailleurs, le verbe faire est correctement utilisé, ici, comme substitut de couper.

* * * * *

  • Ce projet est issu de la réflexion d'un ingénieur forestier, Daniel Bélanger, de la Société d'exploitation des ressources de La Neigette, qui a vu dans ce projet de remise en forme un bon moyen de valoriser les métiers de la forêt.

Pour éviter une répétition pas très heureuse : ... qui y a vu un bon moyen... ou ... qui a vu là un bon moyen...

Si le contexte n'était pas assez clair, on pourrait conserver le syntagme de remise en forme :

Ce projet de remise en forme est issu de la réflexion d'un ingénieur forestier, Daniel Bélanger, de la Société d'exploitation des ressources de La Neigette, qui a vu là un bon moyen de valoriser les métiers de la forêt.

Line Gingras

* Gilles Vigneault

«Viser la cible, mais la bonne!» : http://www.ledevoir.com/2006/07/05/112938.html

5 juillet 2006

Être incline à voter

Incliner à; être enclin à; usage.

  • Avec Boucherville qui semblait être incline à voter avec Longueuil, les dissidents n'avaient d'autre choix que de se ranger ou de provoquer une absence de quorum. (Bernard Descôteaux.)

On incline à quelque chose, ou à faire quelque chose, mais on est enclin à... :

J'incline à penser qu'il a raison. (Petit Robert.)

Selon une autre tradition, il inclinait au métier de brigand. (Camus, dans le Lexis.)

Plus enclin à regarder qu'à juger. (Martin du Gard, dans le Petit Robert.)

Des bourgeois qui tiraient leurs femmes et leurs filles loin des soldats un peu trop enclins à la plaisanterie. (Aragon, dans le Lexis.)

Je note par ailleurs, dans le Petit Robert, que enclin à signifie «porté, par un penchant naturel et permanent, à».

* * * * *

Contents-contents

  • Sur les bons de commande, qui seront surtout envoyés à des compagnies américaines, figurent des camions, des avions, des hélicoptères, des navires, des équipements d'appoint... De quoi rendre heureux toute la machine militaire. (Alec Castonguay.)

Oui, je le sais bien, que les militaires seront contents-contents de leurs nouveaux joujoux. Mais dans la phrase à l'étude, c'est la machine militaire, en principe, qui est heureuse.

Line Gingras

«Les maires grévistes» : http://www.ledevoir.com/2006/07/05/112951.html
«Des achats en rafale» : http://www.ledevoir.com/2006/07/01/112808.html

4 juillet 2006

Accéder dans les facultés

Accéder dans, accéder à; choix de la préposition introduisant le complément du verbe accéder; grammaire française; syntaxe du français.

  • Comment expliquer le décrochage universitaire des étudiants de chez nous qui accèdent en masse dans nos facultés... (Denise Bombardier.)

Ainsi que le font observer le Multidictionnaire et le Trésor de la langue française informatisé, accéder, au sens d'«avoir accès dans un lieu, pouvoir y pénétrer» (Petit Robert), introduit toujours son complément par la préposition à, «ou une construction équivalente, indiquant le terme du mouvement» (Trésor) :

On accède au grenier par une échelle. (Petit Robert.)

Le perron par où on accédait au corps principal de l'école. (Mauriac, dans le Petit Robert.)

... elle fit entrer le chanoine dans un boudoir étroit auquel on n'accédait que par le salon... (Gide, dans le Trésor.)

La même règle s'applique lorsque le verbe est employé au figuré, avec un complément désignant «un but difficile à atteindre» (Trésor) :

Accéder à de hautes fonctions. (Lexis.)

Est-il donc possible aux étudiants d'accéder en masse à l'Université? On ironisait, sans doute.

Line Gingras

«À distance» : http://www.ledevoir.com/2006/06/17/111846.html

3 juillet 2006

La pire équation

Être d'accord avec quelque chose; grammaire française; syntaxe du français.

  • Pourquoi l'Alberta et l'Ontario seraient-ils d'accord avec une formule plus équitable mais qui ne leur rapporterait rien? De toute façon, le principe de la péréquation est inscrit dans la Constitution, et c'est à Ottawa qu'il revient d'en fixer les paramètres. (Jean-Robert Sansfaçon.)

D'après ce que je vois dans le Multidictionnaire, le Hanse-Blampain, le Petit Robert, le Lexis et le Girodet, on est d'accord (avec quelqu'un) sur quelque chose ou à propos de quelque chose. Aucun de ces ouvrages n'introduit le complément de chose au moyen de la préposition avec. Cependant, le Trésor de la langue française informatisé explique ainsi le sens de l'expression familière d'accord :

Je suis d'accord (avec ce que vous affirmez ou proposez).

Il me semble donc que l'on ne doit pas tenir pour incorrecte la construction être d'accord avec quelque chose. Tout de même j'hésiterais, personnellement, à l'employer dans la langue écrite. Peut-être aurait-on pu la remplacer, dans l'exemple qui nous occupe, par un verbe comme accepter, souscrire (à).

Line Gingras

«Plus ça change...» : http://www.ledevoir.com/2006/06/30/112744.html

2 juillet 2006

Après Joe Who...

  • Le jeu de Steven Harper*

    Voilà le jeu dans lequel est entré Stephen Harper. En pleine campagne électorale, il est allé à Québec promettre de régler le déséquilibre fiscal. Il n'a ni défini ni chiffré ce concept, ni pendant la campagne ni depuis. (Stéphane Dion, député de Saint-Laurent-Cartierville et candidat à la chefferie du Parti libéral du Canada.)

* L'intertitre n'est pas nécessairement de monsieur Dion.

Pour en savoir davantage sur le premier ministre, et vérifier comment il s'appelle au juste, on peut toujours consulter le site officiel : http://www.pm.gc.ca/fra/default.asp

«L'unité canadienne : le pari de la franchise» : http://www.ledevoir.com/2006/07/01/112859.html

1 juillet 2006

Puisque je pense, donc je suis

Donc et puisque; pléonasme.

  • Et puisque toutes les interprétations de l'histoire se valent, il revient donc à chaque professeur de décider quels événements il étudiera avec ses élèves. (Christian Rioux.)

Jean-Paul Colin signale que la conjonction puisque «fournit une explication, une justification considérée comme évidente». C'est dire qu'elle fait double emploi avec donc :

Et puisque toutes les interprétations de l'histoire se valent, il revient à chaque professeur de décider quels événements il étudiera avec ses élèves.

Toutes les interprétations de l'histoire se valent; il revient donc à chaque professeur de décider quels événements il étudiera avec ses élèves.

Line Gingras

«La fin de l'histoire» : http://www.ledevoir.com/2006/06/30/112715.html?338

30 juin 2006

Des emplois, on veut des emplois

  • Même les données sur l'emploi de mai faisaient ressortir un certain réveil de l'économie intérieure au Québec. L'emploi avait progressé de 30 500 postes le mois dernier, après quatre mois de disette en matière de création d'emplois. (Gérard Bérubé.)

Le contexte est on ne peut plus clair :

L'emploi avait progressé de 30 500 postes le mois dernier, après quatre mois de disette.

Line Gingras

«Perspectives - Morosité québécoise (bis)» : http://www.ledevoir.com/2006/06/29/112655.html?338

29 juin 2006

Faire, verbe substitut

Faire remplaçant un autre verbe; grammaire française; syntaxe du français.

  • Il est vrai qu'en chiffres absolus les dépenses militaires canadiennes ont sensiblement diminué depuis la fin de la guerre froide. Tous les pays de l'OTAN l'ont fait, à commencer par les États-Unis. (Bernard Descôteaux.)

Oui, bien entendu, le verbe faire peut se substituer à un autre verbe qui précède, pour en éviter la répétition. Encore faut-il que les deux membres de phrase puissent être mis en parallèle :

Il est vrai qu'en chiffres absolus le Canada a sensiblement diminué ses dépenses militaires depuis la fin de la guerre froide. Tous les pays de l'OTAN l'ont fait, à commencer par les États-Unis.

Line Gingras

Voir aussi : http://chouxdesiam.canalblog.com/archives/2006/07/06/2242136.html

«Ce n'est qu'un début» : http://www.ledevoir.com/2006/06/28/112517.html

28 juin 2006

Planche à dessins

Planche à dessin; planche à dessins; orthographe.

  • Au total, 120 employeurs, dont le gouvernement, les universités et quelques grosses entreprises privées, ont ainsi dû retourner à leur planche à dessins. (Clairandrée Cauchy.)

Le Petit Robert, le Lexis, le Multidictionnaire et le Jouette, consultés aux articles «planche» et «dessin», ne proposent que la graphie planche à dessin, sans s.

Line Gingras

«y=b0+b1(rang)+b2(rang2)» : http://www.ledevoir.com/2006/06/24/112346.html

27 juin 2006

Place du participe passé adjectif

Place du participe passé adjectif.

  • Ensuite, ils ouvriront leurs coffres l'automne venu, mieux garnis que ceux des démocrates, pour financer la fin de la campagne à grands coups de ralliements politiques et de blitz publicitaires. (Guy Taillefer.)

Il serait souhaitable de rapprocher le participe passé adjectif garnis du nom auquel il se rapporte :

Ensuite, l'automne venu, ils ouvriront leurs coffres, mieux garnis que ceux des démocrates...

(Et à la cigale ils ne donneront rien, même pas une vieille cenne nouère pour s'acheter des paparmanes, les séraphins.)

Line Gingras

«Mauvaises nouvelles pour les républicains» : http://www.ledevoir.com/2006/06/24/112348.html

26 juin 2006

Prise de becs

Ce pourquoi ou ce pour quoi; pourquoi ou pour quoi; prise de bec ou prise de becs; orthographe.

  • Si le courant semble passer entre les deux hommes, la prise de becs concernant les 328 millions qui étaient destinés au Québec dans le cadre de Kyoto et qui ne seront finalement jamais alloués a toutefois un peu assombri la fin de session. (Alec Castonguay.)

Une prise de bec, c'est une altercation, une querelle, une dispute, un échange de propos vifs. Le Petit Robert, le Lexis, le Multidictionnaire et le Trésor de la langue française informatisé, consultés à l'article «bec», ne donnent que la graphie prise de bec, sans s à bec :

Les discussions, les prises de bec, les engueulades. (Cendrars, dans le Petit Robert.)
Nous avons bien ri de la prise de bec qu'elle a eue avec sa voisine. (Lexis.)

* * * * *

  • C'est que plusieurs mesures bien accueillies dans le reste du pays - ou alors reçu avec indifférence - heurtent une majorité de Québécois.

On est du monde ben r'cevant, aucun doute là-dessus, mais ce n'est pas le reste du pays qui a été reçu - les mesures, plutôt : reçues.

* * * * *

  • «... Les électeurs ont l'impression de jouer un plus grand rôle parce qu'ils ont porté au pouvoir un parti qui fait ce qu'il dit et donc qui réalise ce pourquoi ils ont voté», affirme Jean-Herman Guay.

Pourquoi ont-ils voté pour ce parti? On se doute des raisons pour lesquelles ils l'ont fait - de ce pour quoi ils l'ont fait.

Hanse et Blampain proposent les exemples suivants :

Ils oublient ce pour quoi ils ont été nommés.
Ils oublient pourquoi ils ont été nommés.
(Formulation plus fréquente.)

Dans la phrase à l'étude, il aurait cependant été impossible d'écrire : ... un parti qui fait ce qu'il dit et donc qui réalise pourquoi ils ont voté. Il fallait ce pour quoi.

Line Gingras

«Stephen Harper sur les chapeaux de roues» : http://www.ledevoir.com/2006/06/24/112344.html

25 juin 2006

Connaissances

Ils vivent au coeur du labyrinthe; n'en sortent presque jamais. Le monde vient à eux.

Ils vivent au bord d'un canal. Sur le campiello, devant leur porte, il y a une fontaine, un robinet toujours ouvert. Les pigeons s'y mouillent les pattes. Les chiens, les chats s'y abreuvent. Les femmes y lavent les mains des petits. Des hommes, le jour, se garent tout près; ils grimpent sur la place, saisissent le seau de plastique blanc, en jettent le contenu sur leur barque; vont livrer quelque marchandise; échangent deux mots avec les habitants, repartent.

Le soir, des trains de gondoles promènent les touristes, avec chanteur et accordéon. On ouvre de grands yeux devant la vieille église, la terrasse illuminée, le petit pont de biais. Aux tables de la terrasse, les clients, aussi, regardent. Du haut du pont, on dirait une noce.

Eux, qui tiennent la trattoria familiale et à qui le monde, ainsi, rend visite, vont et viennent avec les napperons à carreaux, les plats de pâtes, les assiettes de pizza, les bouteilles d'eau minérale. Le soir, ils n'ont pas le temps de parler. L'après-midi, à l'heure de fermer, ils se disputent. Souvent des voisins passent entre les tables, en maugréant.

Depuis des années je viens là, manger près de la fontaine. Je suis patiente avec le fils retardé. La petite-fille boudeuse, j'étais sur place la veille de sa naissance, lorsque sa mère - l'une des deux filles de la maison, mais l'autre ne travaille plus à la trattoria - a pris l'ambulance; elle aura, je pense, quatorze ans bientôt. Le père, jadis, a fait escale à Montréal, quand il était marin. La mère, la dernière fois, m'a demandé des nouvelles de la mienne; j'ai dû lui apprendre qu'elle était morte, peu après ma visite précédente.

De simples connaissances. Qui peut-être pensent à moi, là-bas, et ne savent pas mon nom.

Line Gingras

24 juin 2006

Un député, une...

Député, députée; féminin de député; l'apposition détachée et la virgule; usage; graphie; ponctuation.

  • Malgré toutes ses qualités, la député_ d'Hochelaga-Maisonneuve souffre parfois d'un déficit de méchanceté dans son rôle de chef de l'opposition officielle à l'Assemblée nationale. (Michel David.)

Le Petit Robert et le Multidictionnaire consignent la forme féminine députée. D'après Hanse et Blampain, on peut dire, en parlant d'une femme, le député ou la députée. Je n'ai consulté que ces trois ouvrages; aucun ne recommande la député.

Dans un autre ordre d'idées, «déficit de méchanceté», c'est joliment dit!

* * * * *

  • ... elle fait obstacle au projet gouvernement...
  • ... quand Le Devoir a publié les résultats d'un un sondage...

* * * * *

  • Chaque fois qu'il a voulu soulever une question d'éthique publique, la présidente du Conseil du trésor, Monique Jérôme-Forget_ lui a remis Oxygène 9 sous le nez.
  • Deux autres députés péquistes, Jacques Côté (Dubuc) et Michel Morin (Nicolet-Yamaska)_ n'ont posé aucune question à l'Assemblée nationale au cours de la dernière session.

Placée au milieu de la phrase, l'apposition détachée doit se mettre entre virgules.

Line Gingras

«Bulletin de l'opposition» : http://www.ledevoir.com/2006/06/20/111981.html?338

23 juin 2006

Il évite toute représailles

Toute représailles; toutes représailles; accord de tout, adjectif indéfini; grammaire française; orthographe d'accord.

  • Le climat entre le gouvernement de Jean Charest et le député de Brome-Missisquoi, Pierre Paradis, demeure très tendu, mais celui qui passe pour un trouble-fête s'en tire indemne pour l'instant et évite toute_ représailles. (PC.)

Tout, lorsqu'il est adjectif indéfini, s'accorde en genre et en nombre avec le nom auquel il se rapporte. Dans le cas présent, il doit prendre la marque du féminin et du pluriel, le substantif représailles étant toujours féminin pluriel, d'après le Petit Robert, le Lexis et le Multidictionnaire.

Line Gingras

«Le sort réservé à Pierre Paradis est reporté» : http://www.cyberpresse.ca/article/20060622/CPACTUALITES/60622133/1019/CPACTUALITES

22 juin 2006

Sic

La mention sic.

  • ... il évoque le fait que la faible densité de population des banlieues ne fait pas augmenter «l'encombrement de la circulation ou la pollution de l'air, mais les diluent»... (Guillaume Bourgault-Côté.)

Le verbe doit s'accorder avec son sujet, au singulier. Supposons que la citation soit* reproduite fidèlement : le pluriel est-il fautif, dans le texte d'où elle est tirée? Si oui, on doit signaler la faute par la mention sic. Cette dernière, d'après Le français au bureau (sixième édition), «s'écrit en italique, entre parenthèses ou entre crochets eux aussi en italique»; Le guide du rédacteur recommande plutôt l'emploi des crochets, en romain, pour encadrer la mention en italique :

... ne fait pas augmenter «l'encombrement de la circulation ou la pollution de l'air, mais les diluent [sic]»...

Mais il se peut également que le pluriel soit correct, dans le texte original; en pareil cas, il convient d'apporter la modification voulue par la syntaxe de la phrase où le passage est inséré, et de signaler cette modification par des crochets :

... ne fait pas augmenter «l'encombrement de la circulation ou la pollution de l'air, mais les dilu[e]»...

Line Gingras

* J'emploie ici le subjonctif après supposer que, mais l'indicatif serait également admis, selon Hanse et Blampain, pour conférer à l'hypothèse un plus haut degré de probabilité.

«Vive la banlieue!» : http://www.ledevoir.com/2006/06/21/112121.html

21 juin 2006

Rupture d'anévrisme dû à...

Dû, adjectif; accord de l'adjectif dû.

  • ... j'ai bien peur que vous vous exposiez vous-mêmes à des ennuis de santé liés à un état d'ahurissement permanent (rupture d'anévrisme dû_ à l'emballement de la pompe [...]). (Jean Dion.)

Rupture d'anévrisme au cerveau... C'est une catastrophe, au sens fort de «malheur effroyable et brusque» (Petit Robert). Je le sais bien, j'ai des amis qui l'ont vécue.

Et si j'en juge d'après l'expérience de mes amis, à quoi je viens d'ajouter de brèves recherches sur la question, l'anévrisme n'est pas causé par une surchauffe émotive; la rupture de l'anévrisme peut l'être, dans certains cas.

Par conséquent, dû se rapporte à rupture, et non pas à anévrisme; et comme c'est un adjectif variable, il prend la marque du féminin :

... rupture d'anévrisme due à...

Line Gingras

«La coupe du monde vous parle - Une chance qu'il pleuvait» : http://www.ledevoir.com/2006/06/20/111995.html

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