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Choux de Siam

18 août 2006

Pouffées de cigarette

Pouffées de cigarette; bouffées de cigarette; paronymes; usage.

  • «Les gens sont complètement malades. On va finir par empêcher les gens de boire parce qu'il y a un risque qu'ils tuent sur la route, lance Hélène Pedneault entre deux pouffées de cigarette...» (Isabelle Porter.)

J'ai trouvé le substantif pouffée dans le Trésor de la langue française informatisé :

Toutes, jeunes, mûres, vieilles (...) troussent à leur tour leurs cottes et sautent, et continuent jusqu'à l'essoufflement, parmi les pouffées de rire. (Pesquidoux.)

On a voulu parler de bouffées de cigarette.

Line Gingras

«La cigarette, ultime tabou artistique?» : http://www.ledevoir.com/2006/08/17/116094.html

17 août 2006

Les divergences de vue

Divergences de vue ou divergences de vues; divergence de vue ou divergence de vues; orthographe.

  • Une fois obtenu d'Ottawa l'engagement de redresser la situation, l'étape suivante consistait pour les provinces à définir une position commune en vue des négociations devant avoir lieu cet automne. Les divergences de vue_ sont alors vite apparues. (Bernard Descôteaux.)

Il fallait le pluriel : divergences de vues ou, pour éviter la répétition, divergences d'idées, divergences d'opinions. Dans le Petit Robert, à l'article «divergence», je trouve Divergence d'idées, d'opinions, de vues.

Line Gingras

«Chacun pour soi» : http://www.ledevoir.com/2006/07/29/114777.html

16 août 2006

Des aller-retours

Des aller-retours; des allers-retours; aller-retour au pluriel; orthographe.

  • De longs aller-retours coûteux, des journées de 14 heures [...] Pour un patient traité en hémodialyse trois fois par semaine, résider loin de son centre de soins n'est pas une sinécure. (Lisa-Marie Gervais.)

Les deux éléments du nom composé aller-retour doivent s'accorder au pluriel. D'après le Multidictionnaire, on écrit en effet :

Deux allers-retours.
Deux allers et retours.
Deux voyages allers et retours.
Deux billets d'aller-retour.

Line Gingras

«Des journées de 14 heures, trois fois par semaine» : http://www.ledevoir.com/2006/08/16/116016.html

15 août 2006

Il y a la force et l'usage de la force

  • La récente «alerte terroriste mondiale» justifiait-elle les nouvelles mesures de contrôle imposée_ aux passagers? (Michel Venne.)
  • Une corrélation existe entre l'explosion du nombre de ces missions (au cours desquelles l'usage de la force est de plus en plus souvent requise et légitime) et la diminution du nombre de guerres.

Que la force puisse être requise et légitime, il n'est pas interdit de le penser, ni même de l'écrire. Mais si l'on parle de l'usage de la force, il faut accorder les attributs au masculin.

Line Gingras

«L'insécurité gonflable» : http://www.ledevoir.com/2006/08/14/115823.html?338

14 août 2006

Presser quelqu'un à envisager...

Presser quelqu'un à + infinitif; presser quelqu'un de + infinitif; presser quelqu'un à ou de + infinitif; presser quelqu'un à faire quelque chose; presser quelqu'un de faire quelque chose; presser quelqu'un à ou de faire quelque chose; grammaire française; préposition à ou de; syntaxe du français.

  • Le projet presse enfin Israël et le Liban à envisager une solution à long terme... (Le Devoir.)

On pousse quelqu'un à faire quelque chose, on l'incite à agir de telle ou telle façon. Le verbe presser, cependant, se construit avec la préposition de :

Je le pressai d'agir. (Multidictionnaire.)

Il le pressa d'avouer sa faute. (Lexis.)

[Je savais que] Robert me presserait enfin d'exécuter mes projets. (Mauriac, dans le Petit Robert.)

Line Gingras

«Entente unanime à l'ONU» : http://www.ledevoir.com/2006/08/12/115791.html

13 août 2006

Lili n'est pas une dactylo

Il s'appelle Galileo Galilei, Lili pour les intimes. C'est un androgyne, mon ordinateur. De la race des PC, qui fête ce mois-ci son vingt-cinquième anniversaire; on l'a dit à la télé, et il se trouve que j'ai été élevée devant la télé : je fais partie de la première génération qui a grandi avec. (La télé, pas l'ordinateur.)

Nous avions peu de voisins dans le p'tit rang croche, et mes parents n'aimaient pas que nous sortions de la cour. Mais un jour - je devais avoir six ou sept ans - je fus autorisée à traverser le chemin et à descendre la côte pour aller rendre visite à mon amie France, dans la haute maison grise tout au bord de la rivière. Et dans sa chambre je découvris un objet dont j'allais rêver ensuite, pendant des années : une machine à écrire jouet, avec laquelle on pouvait faire apparaître de vraies lettres sur une feuille de papier, comme dans les livres.

Une machine à écrire... C'est le nom que nous donnions à la chose, nous qui étions des gens simples, des habitants. Mais ce n'est pas comme cela que l'appelaient les gens instruits, ceux qui parlaient à la télévision; j'appris bientôt que l'objet de mes voeux, c'était en fait une dactylo.

Plus tard, évidemment, il a fallu désapprendre. Et aujourd'hui encore, le Multidictionnaire et le Chouinard nous mettent en garde contre l'emploi de dactylo pour désigner le fameux appareil.

Que deviendrait un peuple sans ses élites. Peut-être que les Québécois taperaient toujours à la machine, et n'auraient pas d'ordinateurs.

Line Gingras

12 août 2006

Avoir beau dit? Avoir beau fait?

Avoir beau + infinitif ou participe passé; grammaire française; syntaxe du français; orthographe.

  • Leurs diplomates respectifs ont beau répété depuis le début de la semaine qu'une résolution est imminente... (Alexandre Shields.)

Avoir beau est une locution verbale qui doit être suivie de l'infinitif :

Nous avons beau faire, nous ne pouvons pas être absolument naturels. (Larbaud, dans le Petit Robert.)

Je comprends que cette règle soit facile à oublier lorsque l'expression introduit un verbe du premier groupe, c'est-à-dire dont l'infinitif se termine en -er.

Line Gingras

«Israël n'épargne aucune région» : http://www.ledevoir.com/2006/08/05/115292.html

11 août 2006

Va-t-on ré-investir des milliards de $?

Le préfixe ré; ré-investir ou réinvestir; ré-investissement ou réinvestissement; dollar ou $; symbole de l'unité monétaire; écriture des sommes d'argent; millions de $; milliards de $; virgules d'encadrement; ponctuation; orthographe; usage.

  • Il y aura un ré-investissement pendant la négociation... (Antoine Robitaille, citant Jean Charest.)

D'après Marie-Éva de Villers, «les mots composés du préfixe re- ou de sa variante ré- s'écrivent en un seul mot», c'est-à-dire sans trait d'union. Les exemples que je vois dans le Hanse-Blampain et dans le Jouette confirment cet avis. Je trouve d'ailleurs, dans le Petit Robert, le verbe réinvestir.

* * * * *

  • M. Fournier a précisé que Québec n'investira pas le 1,155 milliard $ qu'il réclame à Ottawa.

  • ... ce qui représentait une somme de 2,2 milliards, soit 4,9 milliards de dollars de 2006.

On peut très bien écrire qu'une somme s'élève à 1 155 000 000 $. Mais si l'on souhaite indiquer milliard en toutes lettres, on doit faire de même pour l'unité monétaire : 1,155 milliard de dollars. La règle s'applique également au mot million. Au besoin, consulter à ce sujet les tableaux Mille, million, milliard et Symboles des unités monétaires, dans le Multidictionnaire.

* * * * *

  • Hier, M. Charest avançait toutefois que, grâce à la «gestion rigoureuse» des finances publiques, grâce notamment à l'amélioration de la cote du crédit du Québec et de la réduction de la taille de l'État...

Un moment d'inattention, et voilà qu'on perd le fil : il ne s'agit pas ici, bien entendu, d'améliorer la réduction de la taille de l'État, contrairement à ce que laisse croire tout d'abord l'emploi de la préposition de; le syntagme commençant par la réduction ne se rattache pas non plus à cote ni à crédit, mais plutôt à la locution prépositive grâce à : c'est la préposition à, et non de, qu'il fallait répéter.

  • ... avant même la fin des négociations avec Ottawa, à propos desquels, du reste, il s'est dit «confiant».

Le pronom relatif ne s'accorde pas seulement en nombre, mais aussi en genre, avec son antécédent : desquelles.

  • L'annonce surprise de M. Charest survient quelque dix jours après l'échec des négociations sur la péréquation à la rencontre annuelle du Conseil de la fédération à Terre-Neuve. Le communiqué, émis au terme de ce sommet_ ne réitérait même pas le consensus obtenu un an plus tôt à Banff.

S'il avait été question précédemment du communiqué dont on parle dans cette phrase, l'information apportée par le syntagme émis au terme de ce sommet n'aurait qu'une valeur explicative, accessoire, et devrait donc être placée entre virgules. Cependant, comme c'est la première fois qu'on fait allusion au communiqué, ce passage est nécessaire pour que le lecteur sache de quoi il s'agit; il ne faut donc pas de virgule, ni avant ni après.

* * * * *

  • Ayant réclamé cette semaine que le gouvernement ne se cache pas dernière l'échec du Conseil de la fédération...
  • La FEUQ et à la FECQ ont aussi accueilli la nouvelle...
  • «On n'a pas d'échéancier clair pour le moment», a dit son le président de la FEUQ, Philippe-Olivier Giroux.

Line Gingras

«Charest renonce à attendre Ottawa» : http://www.ledevoir.com/2006/08/07/115353.html

10 août 2006

Subventionner un budget

Subventionner un budget; usage.

  • Seulement le tiers de son budget de fonctionnement sera subventionné par l'agence de santé et des services sociaux régionale. (Félix-Antoine Lorrain.)

Je lis dans le Petit Robert qu'une subvention, c'est une «aide que l'État, qu'une association (de droit public ou privé) accorde à un groupement, une entreprise, une association» (c'est moi qui souligne); je vois encore, dans le Multidictionnaire, que cette aide peut également être fournie à une personne. D'après les exemples consignés dans ces deux ouvrages de même que dans le Lexis et le Trésor de la langue française informatisé, on peut subventionner, c'est-à-dire «aider financièrement, soutenir par une subvention» (Petit Robert), des collectivités, des organismes, des institutions, des établissements, des écoles, des théâtres; on peut aussi subventionner une recherche, une étude, une mission d'études.

Le Trésor signale un emploi qui relève de l'économie et de la finance - «Accorder une subvention économique pour un produit, un service» :

Réajuster les prix payés aux producteurs, tout en subventionnant les denrées de première nécessité afin de maintenir les tarifs au plus bas... (De Gaulle.)

Aucune des définitions, aucun des exemples que donnent les ouvrages consultés ne me permet de croire qu'il soit correct d'écrire subventionner un budget. Je proposerais :

Seulement le tiers de ses dépenses de fonctionnement seront prises en charge ou sera pris en charge par l'agence de santé et des services sociaux régionale.

Le tiers seulement des sommes nécessaires à son fonctionnement viendra ou viendront de l'agence...

Le tiers seulement des sommes nécessaires à son fonctionnement sera fourni ou seront fournies par l'agence...

Line Gingras

«Vivre ses derniers jours dans la dignité» : http://www.ledevoir.com/2006/08/09/115529.html

9 août 2006

Les gouvernements qui se sont succédés

Se succéder; accord du participe passé du verbe succéder à la forme pronominale; verbe accidentellement pronominal; grammaire française; orthographe d'accord.

  • Fisher se défend d'être nostalgique et amer. Il note que les gouvernements qui se sont succédés depuis 1957 ont fait preuve d'imagination, d'audace et d'initiative. (Manon Cornellier.)

Nous voici à nouveau devant un verbe accidentellement pronominal; en effet, succéder ne s'emploie pas toujours à la forme pronominale (on peut très bien dire, par exemple : Philippe a succédé à son père à la tête de l'entreprise), et le pronom réfléchi, se, peut s'analyser à part (il joue de fait le rôle de complément d'objet indirect, répondant à la question « à qui? »).

Or quelle est la règle, en pareil cas? – Le participe passé d'un verbe accidentellement pronominal s'accorde en genre et en nombre avec le complément d'objet direct, si celui-ci précède le verbe.

Cependant, le verbe succéder n'a jamais de complément d'objet direct : on ne succède pas quelqu'un ni quelque chose, mais à quelqu'un, à quelque chose.

C'est pourquoi le participe passé du verbe succéder, ou se succéder, doit toujours rester invariable. Il fallait écrire :

Fisher se défend d'être nostalgique et amer. Il note que les gouvernements qui se sont succédé depuis 1957 ont fait preuve d'imagination, d'audace et d'initiative.

Line Gingras

« Revue de presse – Les suites d'une crise » : http://www.ledevoir.com/2006/08/05/115259.html

8 août 2006

Un pays, une ville?

  • Il rappelle que, en raison du non-respect des droits de l'homme sur son territoire, la Libye avait déjà été écartée de la liste des villes pouvant obtenir les JO. (Lisa-Marie Gervais.)

Mon institutrice de sixième année, que Dieu ait son âme, croyait dur comme fer que l'Europe était un pays.

  • ... cette intensification de la censure et du contrôle des médias n'est pas nécessairement lié_ directement aux JO.

Ce n'est pas le contrôle des médias qui est lié, ou plutôt qui ne l'est pas, enfin qui ne l'est peut-être pas, mais l'intensification du contrôle.

Line Gingras

«Dans deux ans, les Jeux olympiques de Pékin - Penser, un sport extrême en Chine» : http://www.ledevoir.com/2006/08/08/115430.html

7 août 2006

L'autorité au masculin

  • Assistés par des experts étrangers, les autorités électorales ont dû former pas moins de 260 000 agents électoraux... (Claude Lévesque.)

Bon je l'admets, il y a des chances pour que les autorités électorales soient composées de messieurs, au moins en partie, mais ça ne change rien au fait que le nom autorités est de genre féminin, comme on le voit bien à l'accord de l'adjectif électorales, et que ce sont elles, les autorités électorales, qui reçoivent de l'aide :

Assistées par des experts étrangers, les autorités électorales...

Line Gingras

«Les Kinois impatients dans l'attente des résultats» : http://www.ledevoir.com/2006/08/05/115245.html

6 août 2006

Jouer de l'ours, ça vous dit?

Site; jouer de l'ours; jeu de l'ours; jouer à la tague; to play tag; Robert Auclair; ASULF; Association pour le soutien et l'usage de la langue française.

Nous marchions d'un pas allègre, Léone et moi, vers la rue Saint-Louis et les délices des Fêtes de la Nouvelle-France, qui nous attendaient dans tout le Vieux-Québec, lorsqu'elle s'est arrêtée au beau milieu d'une phrase.

Elle venait de mentionner les sites où se dérouleraient différentes activités. «Ah! c'est sûrement pas correct. J'ai l'impression d'entendre monsieur Auclair me dire que site, c'est un anglicisme au sens de emplacement.»

Monsieur Auclair, c'est un ancien juge dont elle a été la secrétaire. Passionné de questions de langue, soucieux de préserver et d'améliorer la qualité du français dans les médias et les organismes publics, il est président de l'Association pour le soutien et l'usage de la langue française (ASULF), qui a mené déjà de nombreuses campagnes visant à faire remplacer des usages fautifs par des termes corrects.

Et à propos du mot site, je lis en effet, dans le Multidictionnaire, qu'il s'agit d'un «anglicisme au sens de emplacement (d'un établissement, d'une entreprise, etc.)», de même qu'au sens de lieu.

Mais poursuivons notre promenade, sans quoi nous n'aurons pas le temps de faire un peu le tour des centres d'intérêt, et puis d'aller au souper organisé à Place-Royale par l'Union des producteurs agricoles, et enfin de remonter prendre la navette pour les chutes Montmorency (nous retournons aux Grands Feux, voir le spectacle de l'Allemagne).

Monsieur Auclair, me raconte Léone, l'a beaucoup habituée à surveiller son français. Mais un jour, c'est elle qui lui a appris quelque chose! On venait d'attribuer au juge un nouveau bureau, que sa secrétaire avait visité avant qu'il ne le voie. «Et puis, comment c'est? lui a-t-il demandé à la première occasion. - Assez grand pour qu'on puisse y jouer de l'ours (prononcé «lour»). - Quossé ça?»

Non, évidemment je plaisante, monsieur Auclair n'a pas dit quossé ça, ni quossa mange en hiver, mais vous voyez où je veux en venir : comme moi - comme la plupart des Québécois, sûrement -, il n'avait jamais entendu parler du jeu de l'ours, que connaissaient bien les anciens de Charlevoix, m'assure Léone, et dont se souviennent encore, paraît-il, les gens du Saguenay.

Pourtant moi aussi je l'ai pratiqué, ce jeu, comme monsieur Jourdain faisait de la prose, puisque jouer de l'ours, cela signifie jouer à la tague (prononcé, dans le p'tit rang croche, «jouer à' taïe»), calque de to play tag.

Et vous autres itou, qui me lisez de l'autre côté de l'Atlantique, vous vous y êtes exercés, à en perdre le souffle : car il ne se peut, me semble, que vous n'ayez jamais joué au chat.

Line Gingras

5 août 2006

Gens d'affaire

Gens d'affaires; gens d'affaire; d'affaires ou d'affaire; orthographe.

  • Aucune condamnation des excès israélien_, si ce n'est la suggestion qu'une «prudence extrême» était de mise. (Hélène Buzzetti.)
  • Tout cela leur a valu les réprimandes de personnalités bien placés dans la communauté juive.
  • Ainsi, le couple de gens d'affaire_ Gerry Schwartz (Onex corporation) et Heather Reisman (librairies Chapters) est passé dans le camp conservateur.

D'après les exemples que je vois dans le Petit Robert, le Lexis, le Multidictionnaire, le Hanse-Blampain et le Trésor de la langue française informatisé, consultés à l'article «affaire», il faut écrire d'affaires, avec un s, dans les expressions suivantes :

Voyage, lettre, chiffre, repas, dîner d'affaires.
Agence, cabinet, bureau d'affaires.
Homme, femme, agent, chargé d'affaires.

Le Chouinard traite par ailleurs de l'emploi du mot gens dans l'expression gens d'affaires.

Line Gingras

«Le Canada, Israël et les terroristes» : http://www.ledevoir.com/2006/08/05/115255.html

4 août 2006

L'agenda de Stephen Harper

Agenda; anglicisme; usage.

  • ... le premier ministre s'en est tenu à la routine : pourfendre les libéraux et vanter son gouvernement. Le message était clair : c'est lui qui dicte l'agenda, pas l'électorat. (Josée Boileau.)
  • ... le monde de M. Harper relève d'abord d'un agenda à contrôler. Et ces lointaines bombes ont déjà bien assez perturbé le plan de match du premier ministre...

Selon les ouvrages québécois que j'ai sous la main - le Multidictionnaire, Le français au bureau, le Dagenais, le Colpron et le Chouinard -, agenda est un anglicisme au sens d'ordre du jour ou de programme, ligne d'action.

De fait, ce terme est admis dans une seule acception, d'après le Petit Robert et le Lexis : «Carnet sur lequel on inscrit jour par jour ce qu'on doit faire, ses rendez-vous, ses dépenses, etc.» (Petit Robert) :

Tenir un agenda; écrire pour chaque jour ce que je devrai faire dans la semaine, c'est diriger sagement ses heures. (Gide, dans le Trésor de la langue française informatisé.)

Mon agenda est plein de choses importantes qui ne peuvent être différées. (Alain, dans le Lexis.)

Le Multidictionnaire ajoute que, par extension, agenda désigne aussi le «contenu d'un agenda»; le mot est dans ce cas synonyme d'emploi du temps :

Son agenda est bien rempli.

Line Gingras

«Silences éloquents» : http://www.ledevoir.com/2006/08/04/115160.html

3 août 2006

Des tensions...

  • Vu la composition du sommet, l'Arabie Saoudite et l'Égypte devraient logiquement être considérés. (Serge Truffaut.)
  • Car en conviant les deux grandes nations sunnites de cette partie du monde, on prend peut-être le risque d'exacerber des tensions déjà très tendues.

Non, ça ne peut pas être de l'humour.

«L'étrange sommet» : http://www.ledevoir.com/2006/07/22/114288.html

2 août 2006

Mystifier sans détoner

Mystifier, mystify; détonant ou détonnant; détoner ou détonner; calque de l'anglais; anglicisme; usage; homonymes; orthographe.

  • Détonant parmi les autres, la position du premier ministre de la Colombie-Britannique, Gordon Campbell, a mystifié la délégation québécoise. Pour M. Campbell, Ottawa doit réduire ses impôts avant même de songer à augmenter les transferts aux provinces. (Robert Dutrisac.)

Non, la position de M. Campbell n'a pas explosé avec bruit; cependant elle détonnait, avec deux n, c'est-à-dire qu'elle n'était pas «dans le ton», en harmonie avec les autres. (Petit Robert.)

Le journaliste a-t-il du moins raison d'affirmer que cette position a mystifié la délégation québécoise?

Mystifier, d'après les dictionnaires de langue que j'ai sous la main, c'est tromper quelqu'un en abusant de sa crédulité, en général pour s'amuser à ses dépens :

J'avais été mystifié comme un collégien. (Louÿs, dans le Petit Robert.)

Ce fraudeur a mystifié mon voisin : il l'a roulé. (Multidictionnaire.)

Quand Baudelaire arriva à Bruxelles, il commença par mystifier les Belges en propageant le bruit qu'il avait des moeurs spéciales et qu'il appartenait à la police. (Thibaudet, dans le Trésor de la langue française informatisé.)

Ce verbe peut signifier aussi, selon le Trésor, «abuser (une personne ou une collectivité) en déformant ou en embellissant la réalité)» :

L'opinion a été mystifiée par quelques journalistes. (Lexis.)

Le gouvernement a senti la nécessité de mystifier le bon peuple de France avec des mots nouveaux et de vieilles idées. (Balzac, dans le Trésor.)

Je ne pense pas, toutefois, qu'il soit question de tromperie dans la phrase à l'étude; il me semble plutôt que le verbe est utilisé, comme souvent l'anglais mystify, au sens de «déconcerter», «plonger dans la perplexité» (Meertens). Le Colpron signale d'ailleurs que résultat mystifiant est le calque de mystifying result : il faudrait parler d'un résultat déconcertant, déroutant.

Je proposerais d'écrire, en conséquence, que la position de M. Campbell a déconcerté, dérouté ou laissé perplexe la délégation québécoise.

Line Gingras

«Péréquation : "chacun pour soi"» : http://www.ledevoir.com/2006/07/28/114690.html

1 août 2006

Accoucher d'une inflexion

Construction du verbe accoucher; complément du verbe accoucher; accord du participe passé du verbe accoucher; grammaire française; syntaxe du français; orthographe d'accord.

  • Acte inexcusable, le bombardement de Cana aurait dû susciter de la part du Conseil de sécurité de l'ONU un sursaut autre que la timide inflexion dont il a accouchée. (Serge Truffaut.)

Le verbe accoucher, sauf lorsqu'il désigne l'action d'aider une femme à donner naissance à son enfant, se construit seul ou avec un complément d'objet indirect : au sens propre, une femme accouche d'un enfant; au sens figuré - et par plaisanterie, selon le Petit Robert -, on peut accoucher, par exemple, d'un mauvais roman, c'est-à-dire l'«élaborer péniblement». Je ne sais trop que penser de l'expression bizarrement imagée que je trouve ici - accoucher d'une inflexion -, mais une chose est certaine : le participe passé du verbe accoucher, employé avec l'auxiliaire avoir et n'ayant pas de complément d'objet direct, doit rester invariable.

* * * * *

  • ... des positions qui ne permettent pas d'entrevoir le silence des armes à très court terme.

    Au terme de son deuxième périple au Proche-Orient en une semaine...

À la fin de son deuxième périple...

* * * * *

  • Après trois semaines de bombardements, l'ONU a une fois encore fait la preuve de son incapacité à jouer sur les événements lorsqu'ils sont aussi violents que sanglants.

Je ne comprends pas bien cette comparaison : lorsque des événements font couler le sang, il va de soi qu'ils sont violents, non?

Line Gingras

«ONU désarmée» : http://www.ledevoir.com/2006/08/01/114908.html

31 juillet 2006

Avec quoi ça s'accorde?

L'accord du verbe séparé de son sujet; l'accord du verbe avec son sujet inversé; la relative explicative et la virgule; la proposition relative et la virgule; grammaire française; syntaxe du français; ponctuation; orthographe d'accord.

  • Mais une certitude demeure : les rôles de con, à l'image de Brice, semble__ toujours lui plaire... (Fabien Deglise.)

Le verbe ne s'accorde pas toujours avec ce qui vient juste avant : ici, «à l'image de Brice» n'est qu'une sorte de parenthèse servant à préciser ce qu'on veut dire par «les rôles de con»; ce sont eux qui semblent toujours plaire.

* * * * *

  • Autant d'avantages que lui procurent son statut de vedette_ dont il aime savourer chaque seconde avec sourire et humilité.

Il arrive aussi que le sujet soit placé après le verbe : le «statut de vedette» procure des avantages, et non l'inverse. Le contraire pourrait être vrai (certaines personnes sont célèbres en raison de leur fortune), mais alors on écrirait : Autant d'avantages qui lui procurent...

Par ailleurs, la relative introduite par dont ne détermine pas de quel «statut de vedette» il s'agit; elle n'introduit pas une information essentielle au sens de la phrase, mais accessoire. Nous n'avons donc pas affaire à une proposition subordonnée déterminative, mais explicative, qui doit être précédée de la virgule.

Line Gingras

«De bouffon à espion» : http://www.ledevoir.com/2006/07/18/113942.html

30 juillet 2006

L'caveau de douor

Venise; albergo San Samuele.

Les deux dernières fois où je suis allée à Venise, j'ai logé au San Samuele, petit hôtel modeste mais sympathique et bien tenu, dans la salizzada du même nom.

L'enseigne est discrète. Je sonne à la porte, on m'ouvre d'en haut; je pénètre dans un rez-de-chaussée non habité, marque de sagesse dans la ville de l'acqua alta.

Et je respire, en faisant les quelques pas qui mènent à l'escalier, cette odeur ancienne. Étrange et familière à la fois. Je pourrais dire, même, familiale. Parce que c'est l'odeur du caveau de douor.

En un instant, cette odeur me transporte dans le p'tit rang croche; j'entends la rivière dévaler de la montagne, de l'autre côté du chemin de gravelle. Et ici, à gauche du gros peuplier au tronc fendu, il y a l'caveau de douor, creusé dans la terre.

Je me rappelle la vieille porte; à l'intérieur, les patates, les carottes, les choux, les choux de Siam qu'on y conserve - qu'on y conservait, parce que tout cela a été détruit avec l'élargissement de la route.

Et l'odeur de terre, la même qu'au rez-de-chaussée du San Samuele, à Venise.

Line Gingras

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