Choux de Siam

Parce que j'aime les choux de Siam, et pas seulement la grammaire (carnet dédié à monsieur Raymond Laganière, autrefois professeur de français à la polyvalente Donnacona)

jeudi 21 novembre 2019

Question de génération

Pas une fois et la négation ne; grammaire; syntaxe.

  • Voilà l’intérêt premier du truc : « Ok boomer » nous en dit plus sur l’humour, l’esprit et les codes de communication d’une génération que sur leur ressentiment à l’égard des baby-boomers, ou toute autre génération les ayant précédés.
    (Aurélie Lanctôt, dans Le Devoir du 15 novembre 2019.)

Deux observations liées :

Génération est un nom collectif, mais quand même un nom singulier; on parlera donc de son ressentiment.

Grammaticalement, les ayant précédés ne peut renvoyer qu'aux baby-boomers; mais la chroniqueuse a-t-elle vraiment voulu dire « ou toute autre génération ayant précédé les baby-boomers »? Je soupçonne qu'il s'agit plutôt de toute génération ayant précédé celle des millénariaux (je pense en particulier à la génération X); cette idée ne peut être rendue que par un singulier renvoyant à « une génération ».

Il faudrait lire à mon avis :

Voilà l’intérêt premier du truc : « Ok boomer » nous en dit plus sur l’humour, l’esprit et les codes de communication d’une génération que sur son ressentiment à l’égard des baby-boomers, ou de toute autre génération l'ayant précédée.


  • C’est l’autre élément essentiel : les différences socioéconomiques, politiques et culturelles à l’intérieur d’une même génération sont plus significatives que celles qui les distinguent. Les générations, après tout, sont arbitrairement définies, en faisant abstraction, notamment, des fractures de classe qui, elles, se reproduisent au fil du temps.

Le pronom les devrait renvoyer à un pluriel. Je proposerais une légère reformulation :

C’est l’autre élément essentiel : les différences socioéconomiques, politiques et culturelles à l’intérieur d’une même génération sont plus significatives que celles qui existent entre les générations. Celles-ci, après tout, sont arbitrairement définies, en faisant abstraction, notamment, des fractures de classe qui, elles, se reproduisent au fil du temps.


  • Pas une fois on a relevé l’humour, l’ironie derrière « Ok boomer. »

Encore deux observations :

Pas une fois appelle la négation ne :

Pas une fois il n'est venu. (Petit Robert, à l'article « un, une ».)

Pas une fois on ne les voit souffrir [...] (Flaubert dans le Grand Robert, à l'article « mannequin ».)

Les guillemets encadrant une expression insérée dans la phrase (« Ok boomer »), le point final doit se placer après le guillemet fermant.

Il fallait écrire :

Pas une fois on n'a relevé l’humour, l’ironie derrière « Ok boomer ».

Line Gingras
Québec

« Ok boomer » : https://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/567091/ok-boomer?utm_source=infolettre-2019-11-15&utm_medium=email&utm_campaign=infolettre-quotidienne

Posté par Choubine à 00:01 - Langue et traduction - Commentaires [0] - Permalien [#]