Choux de Siam

Parce que j'aime les choux de Siam, et pas seulement la grammaire (carnet dédié à monsieur Raymond Laganière, autrefois professeur de français à la polyvalente Donnacona)

mardi 17 novembre 2015

Le but ou l'effet?

  • Un des projets frappe facilement les esprits : il est question de bouter l’obsolescence programmée — ce coup tordu des ingénieurs et financiers de la consommation de masse visant à réduire artificiellement la durée de vie d’un produit au nom de la croissance et, de facto, d’accroître les quantités de déchets — hors du territoire français.
    (Fabien Deglise, dans Le Devoir du 9 novembre 2015.)

À quoi se rattache le verbe accroître? Il ne peut être coordonné qu'à un autre infinitif précédé par la préposition de. Or, il n'y a que deux autres infinitifs dans la phrase à l'étude, et un seul qui soit employé avec de. Doit-on en conclure qu'il est question de bouter l'obsolescence programmée hors du territoire français et, de facto, d'accroître les quantités de déchets? Bien sûr que non : en éliminant l'obsolescence programmée, on réduirait les quantités de déchets, au contraire. De plus, le verbe accroître se trouve dans un passage explicatif entre tirets, et ne peut donc être coordonné au verbe de la proposition principale.

Il semble en fait que le chroniqueur ait voulu parler d'un coup tordu visant à réduire artificiellement la durée de vie d'un produit et, de facto, à accroître les quantités de déchets. Mais n'est-ce pas confondre le but et l'effet? Je dirais que l'obsolescence programmée vise à stimuler la consommation, et non pas à remplir les décharges. On pouvait écrire :

Un des projets frappe facilement les esprits : il est question de bouter l’obsolescence programmée — ce coup tordu des ingénieurs et financiers de la consommation de masse visant à réduire artificiellement la durée de vie d’un produit au nom de la croissance, ce qui a pour effet d'accroître les quantités de déchets — hors du territoire français.

Un des projets frappe facilement les esprits : il est question de bouter hors du territoire français l’obsolescence programmée — ce coup tordu des ingénieurs et financiers de la consommation de masse visant à réduire artificiellement la durée de vie d’un produit au nom de la croissance, ce qui a pour effet d'accroître les quantités de déchets — hors du territoire français.

Line Gingras
Québec

« Le gros "enverdement" » : http://www.ledevoir.com/societe/science-et-technologie/454682/chroniquefd-le-gros-enverdement

Traductrice agréée anglais-français, j'offre des services de révision comparative et de révision linguistique.

Il n'y a pas que ce que l'on dit; la manière dont on le dit, c'est un message aussi.

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