Choux de Siam

Parce que j'aime les choux de Siam, et pas seulement la grammaire (carnet dédié à monsieur Raymond Laganière, autrefois professeur de français à la polyvalente Donnacona)

dimanche 14 décembre 2008

La consultation se serait étendu...

Elle se serait étendu; elle se serait étendue; accord du participe passé du verbe s'étendre; accord du participe passé du verbe pronominal; grammaire française; orthographe d'accord.

  • M. Rae aurait préféré avoir une consultation plus vaste qui se serait étendu à l'ensemble des membres du parti. (Hugo de Grandpré, dans La Presse.)

Nous avons affaire, dans la phrase ci-dessus, à un verbe accidentellement pronominal, c'est-à-dire qui ne s'emploie pas toujours à la forme pronominale; il n'a pas de complément d'objet direct (la consultation aurait étendu qui? aurait étendu quoi?), avec lequel le participe passé s'accorderait si ce complément précédait le verbe; et le pronom réfléchi, se, est comme agglutiné au verbe : il n'a d'autre fonction que de marquer la forme pronominale. En pareil cas, le participe passé s'accorde avec le sujet*. Il fallait écrire :

M. Rae aurait préféré avoir une consultation plus vaste qui se serait étendue à l'ensemble des membres du parti.

Line Gingras
Québec

* Sauf si le verbe n'admet pas de complément d'objet direct lorsqu'il est à la forme active; mais le verbe étendre ne fait pas partie des quelques exceptions, puisque l'on peut dire, par exemple, étendre le bras.

« Rae retire sa candidature » : http://cyberpresse.workopolis.com/dossiers/succession-de-dion/200812/09/01-808815-rae-retire-sa-candidature.php

Posté par Choubine à 07:14 - Langue et traduction - Commentaires [7] - Permalien [#]

Commentaires

    Pourtant, peut-être en guise de truc, je me dis que le pronom se *est* le c.o.d., et est féminin ici parce qu'il représente consultation.
    Pour être franc, je croyais que c'était *le cas* et non que c'était seulement un *truc*.
    Est-ce seulement un truc, et est-ce totalement fautif sur la plan grammatical?
    (... Et je pense à un aspect de la réforme qui voudrait nous épargner ces réflexions en rendant le participe passé invariable :) )

    Posté par Yves Lanthier, dimanche 14 décembre 2008 à 08:08
  • Question :

    Bonsoir Line

    J'ai lu sur un blog la présente citation de Galilée :

    "Je n'ai jamais rencontré d'homme si ignorant qu'il n'eut quelque chose à m'apprendre"

    Considérant qu'il s'agit d'un imparfait du subjonctif, j'aurais écrit "eût" plutôt que "eut".

    J'ai recherché d'autres citations de ce texte sur internet, il n'y a jamais d'accent ; internet étant un multiplicateur d'erreurs, cela ne prouve rien, c'est la raison pour laquelle je demande votre avis.

    Avec mes remerciements.

    Posté par François, dimanche 14 décembre 2008 à 10:58
  • Bonjour Yves,

    Peu importe ce que l'on pense de la réforme de l'orthographe, j'ai l'impression que ses artisans ne sont pas près de passer à l'action en ce qui a trait aux règles d'accord du participe passé; on a donc tout intérêt, en attendant une décision qui pourrait tarder ou mettre beaucoup de temps à s'imposer, à se conformer aux règles actuelles.

    À mon sens, une consultation ne peut pas étendre quoi que ce soit; c'est pourquoi je ne peux voir dans le pronom réfléchi un complément d'objet direct. Est-il indispensable de distinguer entre pronom agglutiné au verbe et pronom complément? Dans le cas présent, non, sans doute; mais il n'est pas mauvais, je trouve, de tenter une analyse, pour savoir à quoi on a affaire exactement. Cela dit, j'aurais pu simplement renvoyer aux exemples que donne le «Petit Robert»...

    Je me demande toutefois s'il ne serait pas également possible de voir, ici, un pronominal passif – cette consultation «qui se serait étendue à l'ensemble des membres du parti» n'est-elle pas une consultation que l'on aurait étendue (forme active), qui aurait été étendue (forme passive) à l'ensemble des membres du parti?

    Posté par Choubine, lundi 15 décembre 2008 à 07:04
  • Bonjour François,

    Vous avez raison : il s'agit bien d'un imparfait du subjonctif, qui devrait s'écrire avec un accent circonflexe – dans la langue actuelle, en tout cas.

    Posté par Choubine, lundi 15 décembre 2008 à 07:39
  • Merci Line.

    Il faut donc distinguer les cas où, toujours pour des verbes accidentellement pronominaux, le pronom réfléchi est c.o.d. (ex. Ils se sont rencontrés par hasard) et les cas où il ne l’est pas (ex. Ils se sont aperçus qu’il était trop tard).
    Dans «Ils se sont aperçus que...», l’accord avec le sujet (et l’agglutination de se) sont «évidents» (une fois qu’on nous l’a enseigné!).
    Dans notre exemple, l'agglutination est cachée sous un semblant de c.o.d. et vous l'avez vue quand même :)

    Posté par Yves Lanthier, lundi 15 décembre 2008 à 08:10
  • Merci Line

    A bientôt.

    Posté par François, lundi 15 décembre 2008 à 15:07
  • Je crois qu'on peut suivre deux avenues pour répondre à la question du type de verbe pronominal: la notion de «verbes pronominaux subjectifs» (cf. Bon usage, 14e éd., paragr. 779), et peut-être la notion de «complément réfléchi» p. ex. à http://tinyurl.com/5jk4c3.

    Posté par Yves Lanthier, mercredi 17 décembre 2008 à 04:26

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