Choux de Siam

Parce que j'aime les choux de Siam, et pas seulement la grammaire (carnet dédié à monsieur Raymond Laganière, autrefois professeur de français à la polyvalente Donnacona)

vendredi 21 mars 2008

Qu'elle serait la réaction de la police?

Qu'elle ou quelle; grammaire française; orthographe.

  • Selon M. Fernandez, tout s’est passé très vite et les employés ne savaient pas trop comment réagir. « On l’a amené au bureau parce qu’il était blessé à la tête. Il a lui-même marché. On ne savait pas qu’elle serait la réaction de la police, qui a finalement décidé d’arrêter la musique. » (Hugo Meunier, dans La Presse.)

Le journaliste serait un peu embêté s'il devait nous dire ce que représente elle, pronom personnel; bien entendu, c'est plutôt l'adjectif interrogatif quelle, exprimant l'idée que l'on se questionnait sur la nature de la réaction, qu'il fallait employer. La différence se perçoit aisément :

Les manifestants ne craignaient pas la réaction des autorités; ils ignoraient qu'elle serait aussi violente.

Les manifestants ignoraient quelle serait la réaction des autorités.

Line Gingras
Traductrice indépendante
Québec

« Un zoo la nuit » : http://www.cyberpresse.ca/article/20080312/CPACTUALITES/80311260/-1/CPACTUALITES

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jeudi 20 mars 2008

Aucune concession

  • Au printemps dernier, aucune concession n'aurait pu convaincre l'ADQ d'appuyer le budget, peu importe les concessions qu'on aurait pu lui faire. (Michel David.)

L'idée serait complètement exprimée si la phrase se terminait après le budget. Néanmoins, afin de produire un effet d'insistance, on pourrait écrire :

Le printemps dernier, rien n'aurait pu convaincre l'ADQ d'appuyer le budget, peu importe les concessions qu'on aurait pu lui faire.

Line Gingras
Traductrice indépendante
Québec

« Du moment que ça passe » : http://www.ledevoir.com/2008/03/14/180411.html

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mercredi 19 mars 2008

Les autorités

  • Les autorités du MRI avaient tenté pendant trois mois de régler le conflit à la délégation. Incapable de s'entendre avec Bruno Fortier, ils ont ordonné son rappel. (Tommy Chouinard, dans La Presse.)

... Incapables de s'entendre avec Bruno Fortier, elles ont ordonné son rappel.

Line Gingras
Traductrice indépendante
Québec

« Québec met à la porte son délégué général à New York » : http://www.cyberpresse.ca/article/20080319/CPACTUALITES/803190732/1019/CPACTUALITES

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mardi 18 mars 2008

Vous jouez du galoubet?

Et autres...

  • ... instruments de musique et autres galoubets sont présentés sur 950 mètres carrés dans une mise en scène qui recrée la vie quotidienne des XVIIIe et XIXe siècles. (Nicole Pons.)

Un instrument de musique est un galoubet? Ah! bon, vous me voyez ravie de l'apprendre.

Mais au fait, qu'est-ce qu'un galoubet? Le Petit Robert considère le mot comme un régionalisme : « Instrument à vent ressemblant au flageolet, dont on joue surtout dans la France méridionale. »

C'est donc l'inverse qu'il fallait dire : ... galoubets et autres instruments de musique...

Line Gingras
Traductrice indépendante
Québec

« Des traditions provençales bien vivantes » : http://www.ledevoir.com/2008/03/15/180432.html

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lundi 17 mars 2008

Un bébé qui a tout le monde contre lui

  • Dans le box des accusés, le père indigne a regardé le sol tout au long de ce sombre récit. Alors que la mère de leur enfant, encore adolescente, sanglotait.

    Tous les événements se seraient déroulés en son absence et elle dit ne s'être doutée de rien.

    Vu le très jeune âge de l'enfant, les médecins ne peuvent prévoir de quelles séquelles il souffrira.

    Me Paquin réclamera contre lui une peine de pénitencier, donc plus de deux ans. (David Santerre, dans Le Journal de Montréal.)

Je pense que la peine de pénitencier, le cas échéant, devrait s'appliquer au père maltraitant, et non au bébé.

Line Gingras
Traductrice indépendante
Québec

« Coupable d'avoir torturé son bébé qui pleurait trop » : http://www.canoe.com/infos/societe/archives/2007/11/20071113-092300.html

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dimanche 16 mars 2008

Les défaillances à leur venir en aide

Un lecteur m'a demandé, à propos de mon billet du 14 mars, s'il serait correct d'écrire ... des défaillances des autorités fédérales à leur venir en aide (au lieu de pour leur venir en aide, formulation que j'ai condamnée).

Cette construction avec à me paraît douteuse; elle est d'ailleurs absente des dictionnaires que j'ai consultés. D'après ce que je peux voir, défaillance s'emploie seul ou suivi d'un complément déterminatif introduit par de :

Ces hommes, que l'on voit très grands, ont parfois des minutes de solitude et de défaillance. (Duhamel, dans le Lexis.)

Une défaillance du système de freinage. (Multidictionnaire.)

Défaillance du train au milieu de la côte. (Romains, dans le Trésor de la langue française informatisé.)

Défaillance du cœur, défaillance cardiaque. (Trésor.)

Une défaillance de mémoire, d'attention. (Lexis.)

Défaillance de la volonté, de l'énergie. (Petit Robert.)

Ce ministre étrange, qui donc l'avait choisi, ou plutôt subi par défaillance de volonté. (Clemenceau, dans le Trésor.)

Défaillance à faire quelque chose (ou défaillance de quelqu'un à faire quelque chose) ne me semble pas idiomatique; je soupçonne l'influence de l'anglais failure to do something, que le Robert & Collins Super Senior évite de rendre de façon littérale : on suggère ainsi de traduire because of his failure to help us par du fait qu'il ne nous a pas aidés. Le Meertens (Guide anglais-français de la traduction) donne également des exemples que je trouve révélateurs.

Merci à Gilles d'avoir posé la question.

Line Gingras
Traductrice indépendante
Québec

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samedi 15 mars 2008

Conventions typographiques et carnet Web

Ponctuation; typographie; espacement; espace fine; espace insécable; guillemets français; point d'interrogation; point d'exclamation; point-virgule; deux-points.

Un lecteur attentif me demande si je ne devrais pas utiliser l'espace insécable devant certains signes de ponctuation comme le point d'interrogation, le point d'exclamation et le point-virgule. Il y a longtemps que je voulais aborder cette question des conventions typographiques, mais pour vous parler surtout des guillemets français...

Le problème est clairement exposé dans cet extrait d'un ouvrage très populaire au Québec, Le français au bureau (sixième édition), de l'Office québécois de la langue française :

Les codes typographiques indiquent l'espacement qui accompagne les divers signes de ponctuation. Ces indications s'appliquent avant tout et intégralement aux textes composés traditionnellement, par photocomposition ou par éditique [...] Malheureusement, peu de codes prévoient des adaptations pour les textes dactylographiés et pour ceux qui sont produits par traitement de texte.

Lorsqu'on travaille avec un logiciel de traitement de texte courant, comme Word, on peut utiliser aisément des espaces insécables; impossible par contre, à ma connaissance, de faire des distinctions comme celle que l'on établit, en typographie, entre espace fine et espace forte*. Les possibilités techniques sont donc limitées - et elles le sont davantage encore chez les hébergeurs de blogues.

En typographie soignée, on met une espace fine devant le point d'exclamation, le point d'interrogation et le point-virgule; toutefois, si l'on utilise un logiciel de traitement de texte, il est d'usage au Québec, d'après Le français au bureau, de ne pas mettre d'espacement devant ces signes, qui sont par contre suivis d'un espace. C'est cette règle que je m'efforce d'observer dans mon carnet. Le deux-points, lui, doit être suivi d'un espace ordinaire, et précédé d'un espace insécable; il semble que mon hébergeur ait prévu cet espace, que je n'ai pas de mal à obtenir.

Ce même espace insécable, j'aimerais pouvoir l'insérer après le guillemet ouvrant et devant le guillemet fermant, comme il se devrait. Hélas, je n'y arrive généralement pas dans Canalblog (même si je sais qu'il faut taper, en mode HTML,  ). Après avoir opté, jusque tout récemment, pour l'absence d'espace, j'ai pris le parti suivant : j'essaie de mettre l'espace insécable; une fois le billet publié, s'il y a un guillemet isolé en début ou en fin de ligne (ce que je veux éviter à tout prix), je supprime partout les espaces accompagnant les guillemets, dans le billet en question. Vous verrez donc, en ce qui concerne les guillemets, une regrettable absence d'uniformité dans mon carnet - pensez qu'au début, je ne savais pas même comment obtenir les guillemets français!

On fait ce qu'on peut...

Line Gingras
Traductrice indépendante
Québec

* Espace est un nom féminin dans le vocabulaire spécialisé des typographes.

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vendredi 14 mars 2008

Les défaillances pour leur venir en aide

  • Mais, cette fois, Mme Clinton parlait des victimes de l'ouragan Katrina et des défaillances des autorités fédérales pour leur venir en aide... (Version française d'un article de Devlin Barrett, AP.)

Qu'est-ce qui aurait pu venir en aide aux victimes de l'ouragan Katrina? Des mesures, des programmes, des interventions - certainement pas des défaillances.

On aurait pu écrire, selon la nuance à exprimer :

... et de l'aide insuffisante qu'elles ont reçue des autorités fédérales...

... et de l'incapacité des autorités fédérales à leur venir en aide...

... et de l'insuffisance des efforts qu'ont fournis les autorités fédérales pour leur venir en aide...

Line Gingras
Traductrice indépendante
Québec

« Événement chez les démocrates : Hillary s'excuse... » : http://www.cyberpresse.ca/article/20080313/CPMONDE/80313133/-1/CPMONDE

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jeudi 13 mars 2008

Le corps était décédé

Décéder; sujet du verbe décéder.

  • Le corps de l'archevêque chaldéen de la ville irakienne de Mossoul, retrouvé mort jeudi, ne portait pas de trace de balles et était décédé depuis au moins trois jours, a-t-on appris de sources concordantes. (AFP.)

D'après ce que je vois dans le Petit Robert, le Multidictionnaire, le Lexis et le Trésor de la langue française informatisé, décéder a pour sujet un nom ou un pronom désignant une personne : dans le cas présent, c'est l'archevêque qui est décédé. Le verbe ne peut donc s'employer à propos du groupe sujet le corps de l'archevêque chaldéen de la ville irakienne de Mossoul, dont corps est le noyau. Je proposerais :

Le corps de l'archevêque chaldéen de la ville irakienne de Mossoul, retrouvé mort jeudi, ne portait pas de trace de balles, et le décès remontait à trois jours au moins, a-t-on appris de sources concordantes.

Line Gingras
Traductrice indépendante
Québec

« Pas de trace de balles sur le cadavre de l'archevêque de Mossoul » : http://www.cyberpresse.ca/article/20080313/CPMONDE/80313157/5024/CPDMINUTE

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mercredi 12 mars 2008

Sous la recommandation de

Sous la recommandation de; sur la recommandation de; choix de la préposition devant recommandation; grammaire française; syntaxe du français.

  • Sous la recommandation de Guillaume Latendresse, le Canadien a obtenu Olivier Latendresse en retour de Cory Urquhart. (François Lemenu, PC.)

Je ne trouve rien, dans les ouvrages de difficultés, sur le choix de la préposition devant recommandation (j'ai vu le Multidictionnaire, le Hanse-Blampain, le Chouinard, le Colpron et le Dagenais); le Petit Robert et le Lexis ne donnent aucun exemple utile, non plus, à l'article «recommandation». Cependant, le Trésor de la langue française informatisé signale que l'on écrit à ou sur la recommandation de quelqu'un :

Les religieux [...] nommèrent, à la recommandation du duc de Bourgogne, maître de Villette, jeune bachelier fort docte en théologie. (Barante.)

Je l'ai engagé, en effet, sur la recommandation de Mme de Montanel. (Bernanos.)

Ce même dictionnaire propose, à différents articles, trois autres exemples de la construction avec sur (j'ai cherché sur la recommandation, sur sa recommandation, à la recommandation, à sa recommandation, sous la recommandation, sous sa recommandation). Je conseillerais donc d'écrire :

Sur la recommandation de Guillaume Latendresse...

Line Gingras
Traductrice indépendante
Québec

«Un deuxième Latendresse avec le Canadien» : http://www.cyberpresse.ca/article/20080219/CPSPORTS0101/80219197/-1/CPSPORTS0101

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