Choux de Siam

Parce que j'aime les choux de Siam, et pas seulement la grammaire (carnet dédié à monsieur Raymond Laganière, autrefois professeur de français à la polyvalente Donnacona)

lundi 31 mars 2008

Effarrant, comme ce pays est obsédé dans la guerre

Obsédé dans; obsédé par; effarrant ou effarant; grammaire française; syntaxe du français; orthographe.

  • C’est surtout une histoire qui survient dans un pays qui incarcère à un rythme effarrant [...] C’est aussi une histoire qui survient dans un pays absolument obsédé, je vous le rappelle, dans une guerre à la drogue perdue d’avance. (Patrick Lagacé.)

On peut dire qu'un pays est engagé dans une guerre; mais c'est plutôt la préposition par que l'on emploie avec obsédé :

Étudiant obsédé par son travail. (Petit Robert.)

Il était si obsédé par le froid qu'il parlait de voler les lampions de l'église. (Blais, dans le Lexis.)

Dès son enfance il [Byron] est obsédé par son pied bot, que ses parents lui reprochent constamment. (Mounier, dans le Trésor de la langue française informatisé.)

Il est obsédé par le désir d'avoir la plus haute note. (Multidictionnaire.)

Il est obsédé par une idée fixe. (Hanse-Blampain.)

* * * * *

Effarant s'écrit avec un seul r.

Line Gingras
Traductrice indépendante
Québec

« Le salopard du mois (De l’année? De la décennie? Du siècle?)? » : http://blogues.cyberpresse.ca/lagace/?p=70721040

Posté par Choubine à 23:59 - Langue et traduction - Commentaires [0] - Permalien [#]

dimanche 30 mars 2008

Histoire de modes

  • Je déteste la télévision quand elle joue au sépulcre blanchi et que, sous prétexte « qu'il faut que ces choses soient montrées », elle me les mette sur la table pendant mon souper. (Lise Payette.)

La conjonction que est employée ici pour éviter la répétition de quand; elle doit donc être suivie de l'indicatif. C'est comme si l'on écrivait :

Je déteste la télévision quand elle me met ces choses sur la table pendant mon souper.

On aurait pu choisir une autre formulation :

Je déteste que la télévision joue au sépulcre blanchi et que, sous prétexte « qu'il faut que ces choses soient montrées », elle me les mette sur la table pendant mon souper.

Cela reviendrait à dire :

Je déteste que la télévision me mette ces choses sur la table pendant mon souper.

Le verbe détester, en raison de sa valeur affective, entraîne l'emploi du subjonctif dans la proposition conjonctive complément d'objet direct.

Line Gingras
Traductrice indépendante
Québec

« La télévision, un sépulcre blanchi » : http://www.ledevoir.com/2008/03/28/182425.html

Posté par Choubine à 23:59 - Langue et traduction - Commentaires [0] - Permalien [#]

samedi 29 mars 2008

Chambre des joueurs

Chambre des joueurs;  players' room; vestiaire; anglicisme; calque de l'anglais.

  • Même suspendu, Patrick Roy prépare le plan de match, est présent dans la chambre des joueurs et demeure de facto l'entraîneur des Remparts. (Gil Courtemanche.)

Je connais peu M. Patrick Roy, mais je ne pense pas qu'il soit du genre à entrer dans la chambre de ses protégés pour les border ou pour leur chanter une berceuse.

Blague à part, le chroniqueur a sans doute voulu imiter le langage de certains amateurs de hockey : on emploie souvent l'expression chambre des joueurs, qu'il faut tenir pour le calque de players' room (voir le Multidictionnaire, le Chouinard, le Colpron ou le Dagenais). Le mot français vestiaire ne fait peut-être pas assez intime...

Line Gingras
Traductrice indépendante
Québec

« Gang de rue » : http://www.ledevoir.com/2008/03/29/182710.html

Posté par Choubine à 23:59 - Langue et traduction - Commentaires [4] - Permalien [#]

vendredi 28 mars 2008

L'échec ou la gifle?

  • ... depuis la gifle qu'a représenté l'échec de la droite aux élections municipales, un changement de cap est en train de s'opérer. (Christian Rioux.)

Le participe passé employé avec l'auxiliaire avoir s'accorde avec le complément d'objet direct, si celui-ci précède le verbe. Or, la gifle n'a pas représenté l'échec; c'est plutôt l'échec qui a représenté une gifle. Le participe doit donc se mettre au féminin singulier : représentée.

  • Le prochain sommet de l'OTAN, la semaine prochaine, s'y prêtera à merveille.

Le sommet de l'OTAN, la semaine prochaine...

  • Sa retenue actuelle, pourvu qu'elle dure, devrait permettre de mettre un baume sur les plaies des derniers mois.

... devrait mettre un baume...

Je vous recommande par ailleurs l'article de M. Rioux, que j'ai trouvé très intéressant.

Line Gingras
Traductrice indépendante
Québec

« Président : mode d'emploi » : http://www.ledevoir.com/2008/03/28/182491.html

Posté par Choubine à 23:59 - On ne se relit jamais trop - Commentaires [1] - Permalien [#]

jeudi 27 mars 2008

Eurent été, eussent été?

Conditionnel passé deuxième forme; passé antérieur de l'indicatif; grammaire française; orthographe.

  • En programmant, par exemple, la Symphonie n° 70 de Haydn, Nagano et l'OSM seraient arrivés à un résultat supérieur en faisant le boulot pour lequel ils sont payés et en économisant au passage à la fois le cachet d'un soliste et le souffle des cuivres. Et s'il s'agissait d'employer madame Hewitt, la suggestion évidente pour illustrer « l'art de la fugue » était la Wanderer-Fantaisie de Schubert orchestrée par Liszt. Dans l'un ou l'autre cas, les passerelles Haydn-Bruckner ou Schubert-Bruckner eurent été autrement plus efficaces. (Christophe Huss.)

Le journaliste voulait sans doute employer le conditionnel, pour dire que les passerelles auraient été autrement plus efficaces; au lieu du conditionnel passé première forme, auraient été, il a choisi, comme il le pouvait très bien, le conditionnel passé deuxième forme, eussent été.

Il a cependant écrit eurent été, troisième personne du pluriel du passé antérieur de l'indicatif :

Après qu'ils eurent été relâchés, les deux aventuriers s'embarquèrent pour l'Amérique.

Line Gingras
Traductrice indépendante
Québec

« Concerts classiques - Une idée à la noix » : http://www.ledevoir.com/2008/03/26/182184.html

Posté par Choubine à 23:59 - Langue et traduction - Commentaires [2] - Permalien [#]

mercredi 26 mars 2008

La tragédie s'était produit

Se produire; accord du participe passé du verbe pronominal; pronominal subjectif; grammaire française; orthographe d'accord.

  • Ayant une idée approximative de l'endroit où s'était produit la tragédie, les sauveteurs munis de gaffes ont fouillé l'amas de neige pendant près d'une heure. (PC.)

Selon Marie-Éva de Villers, le participe passé du verbe se produire «s'accorde toujours en genre et en nombre avec le sujet» :

Des séismes se sont produits. (Multidictionnaire.)
Une chose incroyable s'est produite. (Petit Robert.)

Se produire est un pronominal subjectif, c'est-à-dire un verbe accidentellement pronominal (pas toujours employé à la forme pronominale) qui fait corps avec le pronom réfléchi; celui-ci a pour seul rôle de marquer la forme pronominale, et ne s'analyse donc pas séparément. Et avec quoi s'accorde le participe passé du pronominal subjectif? Avec le sujet - pourvu que le verbe, lorsqu'il est employé à la forme active, admette un complément d'objet direct. (Exemple : Cette entreprise produit des jouets pour enfants.)

Dans la phrase qui nous occupe, le sujet est inversé, ce qui ne l'empêche pas d'entraîner l'accord au féminin singulier :

Ayant une idée approximative de l'endroit où s'était produite la tragédie...

Line Gingras
Traductrice indépendante
Québec

«L'adolescent retrouvé sous la neige est mort» : http://www.cyberpresse.ca/article/20080321/CPACTUALITES/80321172/1019/CPACTUALITES

Posté par Choubine à 23:59 - Langue et traduction - Commentaires [1] - Permalien [#]

mardi 25 mars 2008

Une tâche simple

  • Les nominations complaisantes de certaines personnes à des postes pour lesquels elles sont parfois parfaitement incompétentes ne simplifie pas la tâche, et il est connu que M. Charest, comme Stephen Harper, sait se montrer généreux pour services rendus. (Lise Payette.)

Simplifient.

Le singulier serait possible, mais uniquement si le groupe sujet était repris par le démonstratif :

Les nominations complaisantes de certaines personnes à des postes pour lesquels elles sont parfois parfaitement incompétentes, cela ne simplifie pas la tâche...

Line Gingras
Traductrice indépendante
Québec

« Dis-moi combien tu gagnes, je te dirai qui tu es » : http://www.ledevoir.com/2008/03/21/181467.html

Posté par Choubine à 23:59 - On ne se relit jamais trop - Commentaires [1] - Permalien [#]

lundi 24 mars 2008

Se scandaliser que

Se scandaliser que + indicatif; se scandaliser que + subjonctif; se scandaliser que, choix du mode; grammaire française.

  • Lisa Stewart s'est scandalisée que le Service correctionnel du Canada traitait son frère comme un «détenu de sécurité minimum». (Catherine Handfield, dans La Presse; il est question d'un parricide qui s'est évadé.)

J'ai trouvé un seul exemple utile, dans les dix ouvrages consultés :

Elle s'est scandalisée que personne n'ait protesté. (Petit Robert.)

J'emploierais également le subjonctif dans la phrase qui nous occupe, étant donné que se scandaliser exprime un sentiment :

Lisa Stewart s'est scandalisée que le Service correctionnel du Canada ait traité son frère comme un «détenu de sécurité minimum».

Line Gingras
Traductrice indépendante
Québec

«Meurtrier évadé à Laval : sa famille a peur» : http://www.cyberpresse.ca/article/20080322/CPACTUALITES/803220689/1019/CPACTUALITES

Posté par Choubine à 23:59 - Langue et traduction - Commentaires [4] - Permalien [#]

dimanche 23 mars 2008

L'être ou ne pas l'être - mais quoi, au juste?

  • Sans connaître le coréen, il est facile de saisir la trivialité de l'émission aperçue au petit écran et dans laquelle l'animateur interpellait, avec force courbettes, une dame d'un âge certain déguisée en jeunette, lourdement maquillée et qui, pour le plaisir évident d'un public criard, acceptait de se déhancher gauchement au rythme d'une musique tonitruante sous les rires entendus de l'auditoire en studio. Si dépaysement il y a, c'est bien celui de ne pas l'être à 20 heures d'avion de Montréal. (Denise Bombardier.)

Être ou ne pas être... dépaysement?

Je ne vois pas ce que le pronom l' peut bien représenter, si ce n'est l'adjectif dépaysé, que la chroniqueuse n'a cependant pas employé. Elle aurait pu écrire :

Si dépaysement il y a, c'est bien parce qu'on n'est pas dépaysé, à 20 heures d'avion de Montréal.

Line Gingras
Traductrice indépendante
Québec

« Voyage à l'ère planétaire - 4 » : http://www.ledevoir.com/2008/03/22/181792.html

Posté par Choubine à 23:59 - On ne se relit jamais trop - Commentaires [2] - Permalien [#]

samedi 22 mars 2008

Eau de Pâques

Avant le matin, dans la blancheur polaire
Nous irons

Sous nos raquettes à la file
S'enfuiront les songes
Avec des chuintements d'éveil

Devant l'aube nous irons, bouteille à la main
Recueillir au bout du chemin creux
Pour la soif des chagrins à venir
Des frissons d'étoiles

Posté par Choubine à 22:50 - Souvenirs - Commentaires [2] - Permalien [#]