Choux de Siam

Parce que j'aime les choux de Siam, et pas seulement la grammaire (carnet dédié à monsieur Raymond Laganière, autrefois professeur de français à la polyvalente Donnacona)

vendredi 11 janvier 2008

Soupçonné de mauvais traitements

Être soupçonné de quelque chose; soupçonner quelqu'un de quelque chose.

  • Interrogé par l'AFP, le médecin Andres Artunduaga qui a reçu le 16 juin 2005 Emmanuel, présenté par José Crisanto Gomez comme son neveu et inscrit sous la fausse identité de Juan David Gomez, a indiqué que l'enfant souffrait de malnutrition sévère et était soupçonné de mauvais traitements par sa famille d'adoption. (Cesar Sabogal, AFP.)

Emmanuel, soupçonné de mauvais traitements?

Soupçonner quelqu'un de quelque chose, c'est penser qu'il peut avoir fait cette chose :

Chargé du crime affreux dont vous me soupçonnez. (Racine, dans le Petit Robert.)

Évidemment il avait compris ce que je comprenais alors : que mon ami le soupçonnait de l'abominable attentat. (G. Leroux, dans le Trésor de la langue française informatisé.)

Cet homme est soupçonné d'actes terroristes par les services de renseignements de son pays d'origine.

De toute évidence le petit Emmanuel, qui n'a pas encore quatre ans, n'a pu faire subir de mauvais traitements à qui que ce soit. On a plutôt voulu dire :

... a indiqué que l'enfant souffrait de malnutrition sévère et que l'on soupçonnait sa famille d'adoption de l'avoir maltraité ou ... que l'on soupçonnait sa famille d'adoption de mauvais traitements.

... a indiqué que l'enfant souffrait de malnutrition sévère et que sa famille d'adoption était soupçonnée de l'avoir maltraité ou ... que sa famille d'adoption était soupçonnée de mauvais traitements.

(À moins qu'il n'ait arraché les membres à son ours en peluche.)

Line Gingras
Québec

«Emmanuel, l'enfant sauvage» : http://www.cyberpresse.ca/article/20080110/CPMONDE/80110051/7067/CPMONDE
[Sauvage? À ma connaissance, rien ne justifie ce qualificatif.]

Posté par Choubine à 23:59 - Langue et traduction - Commentaires [0] - Permalien [#]

jeudi 10 janvier 2008

Procrastiner, procrastination

Procrastination, procrastiner.

Un ami lecteur, Lux, me demande si procrastiner et procrastination, de plus en plus fréquents, sont admis en français ou s'ils doivent être considérés comme des anglicismes.

Disons d'abord que les dictionnaires de difficultés que j'ai consultés - le Multidictionnaire, le Hanse-Blampain, le Chouinard, le Colpron, le Dagenais, le Colin et le Girodet - sont muets là-dessus. Le Petit Robert (2007) et le Lexis reçoivent seulement procrastination («Tendance à tout remettre au lendemain, à ajourner, à temporiser», selon le Petit Robert), comme appartenant à la langue littéraire. Et le Robert & Collins Super Senior, s'il donne procrastination pour l'équivalent du substantif anglais, traduit procrastinate par «faire traîner les choses», «avoir tendance à tout remettre au lendemain».

Je lis dans le Dictionnaire historique de la langue française, de Robert, que procrastination a été emprunté au latin à l'époque de la Renaissance; qu'il semble avoir été peu usité avant la fin du XVIIIe siècle et que, depuis le XIXe siècle, «son emploi est marqué comme plaisant ou littéraire». On ajoute que les dérivés procrastiner et procrastinateur «se rencontrent exceptionnellement chez certains auteurs (Amiel, Colette)».

Le Trésor de la langue française informatisé reçoit procrastination, dans la langue littéraire, avec la définition : «Tendance à différer, à remettre au lendemain une décision ou l'exécution de quelque chose.» Synonymes : ajournement, atermoiement :

Cette habitude, vieille de tant d'années, de l'ajournement perpétuel, de ce que M. de Charlus flétrissait sous le nom de procrastination. (Proust.)

Dans le même article, on signale le verbe procrastiner, comme littéraire et rare, de même que le nom procrastinateur :

Je remercie à présent chacun des contretemps qui m'empêchèrent d'approfondir ma connaissance de la forêt rambolitaine : la paresse, l'âge, le penchant à procrastiner, et aussi le plaisir que j'eus d'habiter trop peu de temps (...) un de ses sommets. (Colette.)

Les atermoyeurs, procrastinateurs et lambins de mon acabit sont justement de ceux qui ne finissent rien et même ne commencent pas davantage. (Amiel.)

Procrastiner et surtout procrastination me paraissent plus courants que ne le laissent entendre les dictionnaires; l'influence de l'anglais n'est peut-être pas étrangère à cette évolution de l'usage. Je ne pense pas qu'il faille les éviter; mais il est bon de savoir que l'on peut dire les choses autrement.

Line Gingras
Québec

Posté par Choubine à 23:59 - Langue et traduction - Commentaires [7] - Permalien [#]

mercredi 9 janvier 2008

Élu pour un terme

Terme ou mandat; term of office; anglicisme; calque de l'anglais.

  • À leurs yeux, le grand avantage du mode de scrutin actuel est l'alternance qui garantit aux deux grands partis de se partager le pouvoir après deux termes. C'est ce qui a fait que le gouvernement péquiste de Bernard Landry puis celui de Jean Charest ont prêché pour une réforme sans jamais bouger. (Bernard Descôteaux.)

Pour rendre l'idée de durée, à propos d'une fonction que l'on confie à quelqu'un, on emploie en anglais le mot term ou l'expression term of office. En français, d'après le Multidictionnaire, le Chouinard, le Colpron et le Dagenais, on ne parle pas d'un terme, mais d'un mandat :

Les électeurs de la circonscription ont réélu leur député pour un troisième mandat. (Dagenais.)

* * * * *

Jean Charest n'a jamais dirigé de gouvernement péquiste, bien que la construction de la deuxième phrase de monsieur Descôteaux laisse entendre le contraire. Je verrais deux formulations possibles :

C'est ce qui a fait que le gouvernement de Bernard Landry puis celui de Jean Charest ont prêché pour une réforme sans jamais bouger.

C'est ce qui a fait que le gouvernement péquiste de Bernard Landry puis le gouvernement libéral de Jean Charest ont prêché pour une réforme sans jamais bouger.

Line Gingras
Québec

«De quoi a-t-on peur?» : http://www.ledevoir.com/2008/01/03/170536.html

Posté par Choubine à 23:59 - Langue et traduction - Commentaires [0] - Permalien [#]

mardi 8 janvier 2008

Transports en communs

Transports en communs ou transports en commun; orthographe.

  • Plus précisément, ce sont ces bandes qui prélèvent des taxes aux montants éhontés pour l'utilisation des toilettes, la consommation d'eau, l'usage des transports en communs, etc. (Serge Truffaut.)

Le Petit Robert, le Multidictionnaire, le Lexis et le Trésor de la langue française informatisé, consultés aux articles «transport» et «commun», ne donnent que la graphie transports en commun :

Utiliser, prendre les transports en commun. (Petit Robert.)

* * * * *

  • En un mot, le gouvernement sortant a montré son incapacité, voire son indifférence, à l'amélioration du quotidien de centaines de milliers de sans-grades.

Son incapacité à l'amélioration? Je proposerais :

... son incapacité d'améliorer le quotidien de centaines de milliers de sans-grades, voire son indifférence à cet égard.

... son incapacité d'améliorer le quotidien de centaines de milliers de sans-grades, voire son indifférence à leur sort.

Line Gingras
Québec

«Le vainqueur battu» : http://www.ledevoir.com/2008/01/08/171022.html

Posté par Choubine à 23:59 - Langue et traduction - Commentaires [0] - Permalien [#]

lundi 7 janvier 2008

Utilisé à + infinitif

Utilisé à + infinitif; utiliser à + infinitif; construction du verbe utiliser; grammaire française; syntaxe du français; préposition.

  • La plus grande partie des dons récoltés à Paris sera donc utilisée à boucler les fins de mois... (Éditorial du Monde.)

D'après les quelques exemples que j'ai trouvés dans les dictionnaires, l'infinitif complément du verbe utiliser est introduit au moyen de la préposition pour :

Utiliser un réchaud électrique pour faire chauffer son petit déjeuner. (Lexis.)

Elle n'utilisait pas suffisamment le lierre pour agrémenter ses vieilles églises et ses manoirs. (Giraudoux, dans le Lexis.)

Un tel réacteur pourrait être utilisé pour fournir les impulsions nécessaires... (Goldschmidt, dans le Trésor de la langue française informatisé.)

On aurait pu écrire :

... sera donc utilisée pour boucler les fins de mois...

... servira donc à boucler les fins de mois...

Line Gingras
Québec

«Aider les Palestiniens» : http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3232,36-990583,0.html

Posté par Choubine à 23:59 - Langue et traduction - Commentaires [0] - Permalien [#]

dimanche 6 janvier 2008

Réformer l'abolition...?

  • ... il fallait réformer la bureaucratie, le système de santé, le système carcéral, le système du bien-être social, la politique de l'immigration et l'abolition des commissions scolaires dans le but de rendre plus humaine l'éducation. (Victor-Lévy Beaulieu.)

M. Beaulieu, arrivé à la fin de son énumération, a manifestement perdu le fil de ses idées : réformer l'abolition des commissions scolaires, cela n'a aucun sens (et je ne fais pas de politique ici). J'ai tout lieu de croire qu'il a voulu dire :

... il fallait réformer la bureaucratie, le système de santé, le système carcéral, le système du bien-être social et la politique de l'immigration, et abolir les commissions scolaires dans le but de rendre plus humaine l'éducation.

Line Gingras
Québec

«Se déprendre de soi-même» : http://www.ledevoir.com/2008/01/07/170900.html

Posté par Choubine à 23:59 - Langue et traduction - Commentaires [0] - Permalien [#]

samedi 5 janvier 2008

Sens devant derrière, sens dessus dessous

On prit un coup, la belle affaire
Sens dessus dessous, sens devant derrière
Y avait du bon p'tit caribou
Sens devant derrière, sens dessus dessous
(Extrait de la chanson Marie Calumet.
À lire : le savoureux roman du même titre,
de Rodolphe Girard.)

  • Jean-François Lisée, alors conseiller auprès du premier ministre Bouchard, abonde dans ce sens. Il soutient par ailleurs que la présence de M. Caillé tombait sous le sens... (Kathleen Lévesque.)

On pourrait dire, pour éviter la répétition, que la présence de M. Caillé allait de soi ou s'imposait.

Line Gingras
Québec

«Autopsie d'un cauchemar de glace» : http://www.ledevoir.com/2008/01/05/170810.html
Texte de la chanson : http://www.frmusique.ru/texts/t/thibeault_fabienne/mariecalumet.htm
Présentation du roman et de l'auteur : http://www.livres-bq.com/Auteurs.asp?36

Posté par Choubine à 23:59 - Langue et traduction - Commentaires [0] - Permalien [#]

vendredi 4 janvier 2008

Blanc de mémoire

Blanc de mémoire; blank; memory blank; anglicisme; calque de l'anglais.

  • Pour ma mère, des pans de l'histoire ont disparu, l'encre s'est effacée. Le verglas n'est plus qu'un blanc de mémoire. (Michèle Ouimet, dans La Presse. La journaliste fait allusion à la «crise du verglas» de janvier 1998.)

Ce blanc de mémoire est assez évocateur des visions de glace, d'une beauté terrifiante, qui m'ont assaillie dans les rues d'Ottawa lorsque, la tempête enfin terminée (je fais partie des privilégiés qui n'ont pas manqué d'électricité), je suis sortie retrouver des amis, dans le silence du centre-ville que rompaient des craquements de branches. Cependant, le Multidictionnaire, le Chouinard, le Colpron et le Dagenais donnent cette expression pour le calque de memory blank; jeune traductrice, j'ai appris à l'éviter; et l'on voit plusieurs condamnations dans Internet.

Le Petit Robert (2007) reçoit blanc, il est vrai, au sens de trou de mémoire, à titre de régionalisme utilisé au Canada et en Suisse. Mais je ne peux que déconseiller cet emploi - comme celui de blanc de mémoire, à l'extérieur du contexte très particulier où il se rencontre ici.

Line Gingras
Québec

«La tribu» : http://www.cyberpresse.ca/article/20080104/CPOPINIONS05/801040704/6741/CPOPINIONS

Posté par Choubine à 23:59 - Langue et traduction - Commentaires [0] - Permalien [#]

jeudi 3 janvier 2008

Hugo Boss y voisine Benjo

Voisiner quelqu'un ou voisiner avec quelqu'un; voisiner quelque chose ou voisiner avec quelque chose; construction du verbe voisiner; grammaire française; syntaxe du français.

  • Parallèlement, des entrepreneurs locaux redonnent vie à la rue Saint-Joseph, qui vient de perdre sa dernière section de toiture. Aujourd'hui, Hugo Boss y voisine Benjo, un magasin de jouets... (Carolyne Parent.)

Marie-Éva de Villers signale que voisiner, au sens d'«être à côté de», introduit son complément au moyen de la préposition avec :

Les rosiers voisinent avec les pivoines dans mon jardin.

Cet avis correspond à ce que je trouve dans le Petit Robert :

Je voisinais à table avec quatre agents. (Céline.)

L'onyx et l'améthyste voisinaient avec le saphir et le diamant. (Daniel-Rops.)

Le Trésor de la langue française informatisé reçoit également cet emploi :

Des jeunes gens qui parlaient haut y voisinaient avec des filles, aux lèvres et aux joues peintes, aux voix éraillées... (Bourget.)

Sur la table, des cartes étaient alignées, et voisinaient avec une boîte de marrons glacés. (Arland.)

Il signale en outre la construction avec complément d'objet direct, qu'il donne cependant pour rare :

L'Olympe, grâce à moi, voisinait de nouveau la terre. (Gide.)

Je recommanderais donc d'écrire :

Aujourd'hui, Hugo Boss y voisine avec Benjo...

Line Gingras
Québec

«Québec - Le Saint-Roch Nouvo» : http://www.ledevoir.com/2007/12/29/170223.html
(Note : La partie revitalisée du quartier Saint-Roch a été baptisée «Nouvo Saint-Roch».)

Posté par Choubine à 23:59 - Langue et traduction - Commentaires [0] - Permalien [#]

mercredi 2 janvier 2008

Qui peut être millionaire?

Millionaire ou millionnaire; anglicisme; orthographe.

  • Trois chiens millionaires (Titre d'un article de l'agence Associated Press.)

En anglais, il suffit d'un «n» pour être millionnaire; en français, il en faut deux :

Trois chiens millionnaires.

Line Gingras
Québec

«En bref - Trois chiens millionaires [sic]» : http://www.ledevoir.com/2007/12/31/170413.html

Posté par Choubine à 23:59 - Langue et traduction - Commentaires [0] - Permalien [#]