Choux de Siam

Parce que j'aime les choux de Siam, et pas seulement la grammaire (carnet dédié à monsieur Raymond Laganière, autrefois professeur de français à la polyvalente Donnacona)

jeudi 31 janvier 2008

Après mûres réflexions

Après mûres réflexions, après mûre réflexion; orthographe d'usage.

  • C'est après «mûres réflexions», a expliqué M. Landry au Devoir hier, qu'il s'est laissé convaincre de signer le document... (Antoine Robitaille.)

Le Petit Robert, le Lexis et le Multidictionnaire donnent seulement après mûre réflexion, au singulier. L'expression se rencontre huit fois dans le Trésor de la langue française informatisé, là encore uniquement au singulier; elle ne figure cependant pas telle quelle aux articles «mûr» et «réflexion», où l'on propose plutôt les exemples suivants :

Les idées qui nous dirigent [...] sont [...] le fruit de mûres réflexions... (Cl. Bernard, à l'article «mûr».)

Faire quelque chose après de mûres réflexions. (À l'article «réflexion».)

Line Gingras
Québec

«Éducation - Landry, Facal et Lisée partent en guerre contre la réforme» : http://www.ledevoir.com/2008/01/30/173920.html

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Noire la moiteur des mûres
Où l'on goûte
L'eau du soleil

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mercredi 30 janvier 2008

Infliger une peine contre quelqu'un

Infliger une peine contre quelqu'un; infliger quelque chose contre quelqu'un; infliger à, infliger contre; infliger et la préposition; grammaire française; syntaxe du français.

  • Même si le juge Claude Leblond a infligé une peine d'emprisonnement contre Vincent Lacroix, la saga Norbourg n'est pas nécessairement terminée... (François Desjardins.)

Marie-Éva de Villers signale que le verbe infliger «se construit avec la préposition à». Tous les exemples que j'ai vus dans les dictionnaires généraux confirment cet avis. En voici quelques-uns :

Infliger un châtiment, une sanction, une peine à quelqu'un. (Petit Robert.)

Infliger une correction à un enfant désobéissant. (Lexis.)

C'est le châtiment infligé aux garces qui troublent la paix des ménages. (Vailland, dans le Lexis.)

L'église [...] a subi cette espèce de dévastation soigneuse, méthodique et vernissée que le protestantisme inflige aux églises gothiques. (Hugo, dans le Trésor de la langue française informatisé.)

L'oubli et le silence sont la punition qu'on inflige à ce qu'on a trouvé laid ou commun. (Renan, dans le Petit Robert.)

Il fallait écrire :

Même si le juge Claude Leblond a infligé une peine d'emprisonnement à Vincent Lacroix...

Line Gingras
Québec

«La saga ne s'achève pas avec Lacroix» : http://www.ledevoir.com/2008/01/30/173894.html

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mardi 29 janvier 2008

Dilemne ou dilemme?

Dilemne, dilemme; indemne; orthographe.

  • Le dilemne de Stéphane Dion (Titre d'un billet de Michel Vastel.)

On écrit indemne, mais dilemme :

La culpabilité de Dreyfus, ou bien l'infamie de l'état-major : voilà dans quel dilemme imbécile on a enfermé ces officiers. (Martin du Gard, dans le Petit Robert.)

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  • Le temps passant, les qualités s'estompent et les défauts de ce gouvernement apparaissent. Parmi celles-là, il y a non seulement l'attitude partisane qu'il adopte sans cesse mais aussi de graves problèmes de fonctionnement. (Bernard Descôteaux.)

Je rangerais l'attitude partisane et les graves problèmes de fonctionnement parmi les défauts.

Line Gingras
Québec

http://blogues.lactualite.com/vastel/?p=110
«Astuces conservatrices» : http://www.ledevoir.com/2008/01/26/173386.html

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lundi 28 janvier 2008

Ce qui - accord du verbe

Ce qui et l'accord du verbe; grammaire française; orthographe d'accord.

  • ... il faut noter que près de 40 % de ces enfants de la loi 101 poursuivent leurs études au cégep anglophone, ce qui les disposent à travailler en anglais. (Robert Dutrisac.)

Le pronom démonstratif ce, antécédent du relatif qui, entraîne toujours l'accord du verbe au singulier. Pour s'en convaincre dans le cas présent, il suffit de remplacer disposer par un verbe dont la prononciation diffère au singulier et au pluriel : ... ce qui les rend aptes à travailler en anglais.

Line Gingras
Québec

«La tenace angoisse linguistique» : http://www.ledevoir.com/2008/01/26/173393.html

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dimanche 27 janvier 2008

Les adversaires à l'Europe

Adversaire à, adversaire de; adversaire à ou de; adversaire et son complément; adversaire et la préposition; grammaire française; syntaxe du français.

  • Cela étant, autant l'épisode portugais de Brown a contrarié les Britanniques des deux camps, autant la reconnaissance par les chefs d'État présents à Lisbonne a réveillé la fibre des nationalistes et des adversaires à une Europe plus économique que politique. (Serge Truffaut.)

D'après les exemples que j'ai recueillis, le complément du nom adversaire se construit au moyen de la préposition de :

Les adversaires du matérialisme. (Bergson, dans le Petit Robert.)

Ce sont des adversaires du libre-échange. (Multidictionnaire.)

Quel ordre social ils nous proposent, ces partisans du despotisme et de l'intolérance, ces ennemis des lumières, ces adversaires de l'humanité, quand elle porte le nom de peuple et de nation? (G. de Staël, dans le Trésor de la langue française informatisé.)

Je pense qu'il aurait fallu écrire :

Cela dit, autant l'épisode portugais de Brown a contrarié [...] autant la reconnaissance [...] a réveillé la fibre des nationalistes et des adversaires d'une Europe plus économique que politique.

Line Gingras
Québec

«Sortie à l'anglaise» : http://www.ledevoir.com/2007/12/15/168661.html

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samedi 26 janvier 2008

Les chroniqueurs et les (euses)

Parenthèses et féminisation; forme féminine entre parenthèses; genre non marqué; masculin générique.

  • Maintenant que TQS est menacée de faillite et de disparition, journalistes, chroniqueurs (euses) et intellectuels montent au créneau au nom de la liberté d'information et de la diversité des points de vue. (Gil Courtemanche.)

L'auteur, on pourrait le croire, ne tient pas en grande estime les chroniqueuses : s'il se donne la peine de les distinguer de leurs collègues masculins, c'est pour les réduire à une finale entre parenthèses. Je constate toutefois, avec une certaine perplexité, que les intellectuelles échappent à ce traitement... humoristique. Faut-il conclure qu'il ne s'en est trouvé aucune pour défendre le mouton noir de la télé?

Je parie plutôt que monsieur Courtemanche a seulement voulu dire :

Maintenant que TQS est menacée de faillite et de disparition, journalistes, chroniqueurs et intellectuels montent au créneau...

Il n'y a aucune raison de penser, ici, que le masculin ne désigne pas aussi bien les femmes que les hommes.

Line Gingras
Québec

«Pour en finir avec TQS» : http://www.ledevoir.com/2008/01/26/173391.html

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vendredi 25 janvier 2008

Une chose qu'ils ont appris

Accord du participe passé employé avec avoir; grammaire française; orthographe d'accord.

  • C'est là une chose que tous les observateurs ont déjà pu constater et que dans un contexte similaire les Russes ont appris au prix d'une défaite humiliante il y a 20 ans dans ce même pays. (Bernard Descôteaux.)

Les Russes ont appris quoi? une chose. Quelle que soit la distance qui sépare le verbe de son complément, la règle ne change pas : le participe passé employé avec l'auxiliaire avoir s'accorde en genre et en nombre avec le complément d'objet direct, pourvu que celui-ci soit placé devant le verbe - on parle aussi de complément d'objet direct antéposé. Il fallait écrire :

C'est là une chose que tous les observateurs ont déjà pu constater et que dans un contexte similaire les Russes ont apprise...

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  • Le rapport Manley, s'il comporte de nombreuses propositions qui aideront le gouvernement à bien gérer cette guerre, n'apporte aucun argument pouvant par contre la justifier.

Le rapport Manley, s'il contient ou s'il renferme de nombreuses propositions...

Line Gingras
Québec

«Le prix à payer» : http://www.ledevoir.com/2008/01/23/172906.html

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jeudi 24 janvier 2008

Dommage que...

Dommage que + indicatif ou subjonctif; choix du mode après dommage que; grammaire française; syntaxe du français.

  • Dommage qu'il eut fallu les médias pour rappeler aux premiers gardiens de cette langue leurs devoirs fondamentaux. (Marie-Andrée Chouinard.)

D'après les résultats de mes recherches, les locutions dommage que et il est dommage que sont suivies du subjonctif; l'emploi de l'indicatif «pour marquer la réalité du fait», précisent Hanse et Blampain, «est très rare aujourd'hui» :

Dommage que vous ne puissiez pas l'attendre. (Petit Robert.)
Il est dommage que vous n'ayez pas pu venir. (Multidictionnaire.)
Dommage qu'il soit arrivé en retard. (Thomas.)
Dommage qu'il pleuve, nous aurions pu faire une promenade. (Girodet.)
Dommage qu'il ait manqué son train! (Colin.)

Dans le cas qui nous occupe, il y aurait lieu de remplacer le passé antérieur de l'indicatif (eut fallu) par un subjonctif passé, et non par un plus-que-parfait du subjonctif (eût fallu), étant donné que les faits évoqués viennent de se produire :

Dommage qu'il ait fallu les médias pour rappeler aux premiers gardiens de cette langue leurs devoirs fondamentaux.

Line Gingras
Québec

«Le français à l'étude» : http://www.ledevoir.com/2008/01/25/173205.html

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mercredi 23 janvier 2008

À la veille

  • ... à la veille d'élections générales qui ne sauraient tarder... (Jean-Robert Sansfaçon.)

On a peut-être veillé un peu tard.

Line Gingras
Québec

«Connaîtra-t-on la vérité un jour?» : http://www.ledevoir.com/2007/12/01/166799.html

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mardi 22 janvier 2008

Des contraintes à respecter la loi

Des contraintes à respecter la loi; une contrainte à respecter la loi; la contrainte à respecter la loi; les contraintes à respecter la loi; le substantif contrainte suivi d'un infinitif complément; grammaire française; syntaxe du français.

  • Les petits commerçants qui ne respectent pas la loi sentent d'autant moins de contraintes à la respecter que les clients protestataires se font plus rares. Il existe au Québec, qu'on le nie ou non, une lassitude de la quotidienneté du combat pour faire respecter l'usage du français. (Denise Bombardier.)

Le verbe contraindre peut avoir pour complément un infinitif; celui-ci est précédé de la préposition à ou de, quoiqu'il y ait «une nette tendance à employer à après les formes actives et quand être contraint apparaît vraiment comme une forme verbale, et de dans les autres cas, où contraint est adjectif» (Hanse et Blampain) :

Les circonstances le contraignirent à travailler très jeune. (Petit Robert.)

Il se contraint à se lever très tôt tous les matins. (Lexis.)

Elle [ma mère] me contraignait d'écrire au nouvel an. (Gide, dans le Trésor de la langue française informatisé.)

Je suis contraint par les circonstances à refuser cette invitation. (Hanse-Blampain.)

Elle s'est vue contrainte de donner son accord. (Multidictionnaire.)

Aucun des ouvrages consultés ne signale cependant ce type de construction (infinitif complément introduit par à ou de) avec le substantif contrainte*. Dans la phrase à l'étude, on aurait pu écrire à mon avis :

Les petits commerçants qui ne respectent pas la loi se sentent d'autant moins contraints [ou tenus] de s'y conformer que les clients protestataires se font plus rares.

Les petits commerçants qui ne respectent pas la loi sentent d'autant moins l'obligation [ou la nécessité] de s'y conformer que les clients protestataires se font plus rares.

Line Gingras
Québec

* Bien entendu, cette observation ne vise pas une tournure comme il y a des contraintes à respecter, où contraintes est complément d'objet direct du verbe à l'infinitif, au lieu d'avoir l'infinitif pour complément.

«Why not?» : http://www.ledevoir.com/2008/01/19/172405.html

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