Choux de Siam

Parce que j'aime les choux de Siam, et pas seulement la grammaire (carnet dédié à monsieur Raymond Laganière, autrefois professeur de français à la polyvalente Donnacona)

vendredi 30 novembre 2007

Ils arrivent bon dernier

Ils arrivent bon dernier ou ils arrivent bons derniers; ils arrivent bon premier ou ils arrivent bons premiers; bon dernier; bon premier; gentilé; orthographe.

  • Les jeunes Québécois lisent de moins en moins bien [...] Et à l’échelle du Canada, ils arrivent bon dernier. (Ariane Lacoursière, dans La Presse.)

D'après ce que je vois dans le Multidictionnaire et le Hanse-Blampain, à l'article «bon», les deux éléments des expressions bon premier et bon dernier (celle-ci étant utilisée par ironie, selon le Trésor de la langue française informatisé) varient en genre et en nombre :

Elles se sont classées bonnes premières. (Multidictionnaire.)

Et à l'échelle du Canada, ils arrivent bons derniers.

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  • Selon M. Martinez, cette statistique explique en grande partie les mauvais résultats des jeunes Québécois. L’étude du CIEAS révèle également que la lecture n’occupe pas une place de choix dans la vie des Québécois. Alors que 39 % des jeunes albertains possèdent plus de 100 livres à la maison...

Le gentilé («dénomination des habitants d'un lieu, relativement à ce lieu», d'après le Petit Robert) est un nom propre; il prend donc la majuscule : les jeunes Québécois, les jeunes Français, les jeunes Canadiens, les jeunes Albertains.

* * * * *

Lorsque j'ai lu cet article pour la première fois hier soir, j'y ai relevé aussi deux fautes d'accord du participe passé employé avec avoir, et une faute d'accord de l'adjectif possessif - trois fautes bêtes que je trouvais plutôt gênantes, comme il s'agit d'un texte sur les «habiletés de lecture». Depuis, il semble que les correcteurs soient passés par là (même s'ils n'ont pas tout vu), du moins pour la version Internet du journal. Mais un autre blogueur avait déjà signalé ces erreurs. Et l'adresse de l'article a changé...

Line Gingras
Québec

«Habiletés de lecture : les mots pèsent lourd au Québec» : http://www.cyberpresse.ca/article/20071130/CPACTUALITES/71129294/1019/CPACTUALITES/?utm_campaign=retention&utm_source=bulletin&utm_medium=email (nouvelle adresse)

http://www.cyberpresse.ca/article/20071129/CPACTUALITES/71129294/-1/CPACTUALITES (ancienne adresse; ne fonctionne plus)

Posté par Choubine à 19:31 - Langue et traduction - Commentaires [0] - Permalien [#]

jeudi 29 novembre 2007

Grammaire et contresens : attention à l'adjectif possessif!

Adjectif possessif; déterminant possessif; nombre du possesseur.

  • Des prisonniers talibans remis par l'armée canadienne aux autorités afghanes sont ensuite torturés par ses services secrets.

«Frappés à coups de brique, privés de sommeil, ongles arrachés, chocs électriques», révélait la journaliste Michèle Ouimet dans La Presse le mois dernier, lors de sa quatrième mission en Afghanistan. (Paul Journet, dans La Presse.)

L'adjectif ou déterminant possessif ses n'indique pas seulement le nombre du substantif auquel il se rapporte (services secrets, au pluriel), mais encore celui du «possesseur» : ses renvoie à un possesseur singulier (exemple : l'armée cherche à motiver ses soldats), tandis que leurs renverrait à un possesseur pluriel ou à plusieurs possesseurs (exemple : les autorités n'ont pas encore fait connaître leurs commentaires). Or, il n'y a qu'un seul singulier dans la phrase : l'armée canadienne. Et comme cette phrase commence l'article, on ne peut pas chercher un autre possesseur dans une phrase précédente. Faudrait-il donc croire que les services secrets de l'armée canadienne torturent les prisonniers talibans? C'est ce que semblerait nous apprendre le journaliste.

Je lui prescris un double expresso, et une bonne relecture.

Line Gingras
Québec

«Les dessous de la guerre aux Francs-tireurs» : http://www.cyberpresse.ca/article/20071128/CPARTS/711280742/1017/CPARTS

Posté par Choubine à 07:05 - Langue et traduction - Commentaires [2] - Permalien [#]

mercredi 28 novembre 2007

Il ne dit goutte

Ne dire goutte.

  • Stephen Harper n'a pas entièrement tort de vouloir que tous les pays montent dans le train. Mais comment? Il ne dit goutte. (Manon Cornellier.)

Selon le Petit Robert, la négation renforcée ne... goutte s'utilise, par archaïsme ou par plaisanterie, avec les verbes voir, entendre, comprendre et connaître. D'après le Lexis, qui tient ces expressions pour littéraires, ne voir, n'entendre, ne comprendre goutte, c'est ne rien voir, ne rien entendre, ne rien comprendre :

C'est tout noir dans la cave : je n'y vois goutte. (Multidictionnaire.)

On n'y voyait goutte pour faire une partie de piquet. (France, dans le Lexis.)

Quand il n'y voit goutte, le plus malin n'est pas fier. (Bernanos, dans le Petit Robert.)

Vieux, boiteux, n'y voyant goutte, probablement un peu sourd. (Hugo, dans le Trésor de la langue française informatisé.)

C'est un homme qui ne voit goutte dans ses affaires. (Hanse et Blampain.)

Je n'y entends goutte, à votre affaire. (Lexis.)

Ils ne comprennent goutte à ma conduite. (Hugo, dans le Trésor.)

Je n'ai trouvé d'exemples qu'avec ces trois verbes. Je proposerais donc :

Il n'en dit rien.
Il n'en dit pas un mot.

* * * * *

Il faut lire l'excellent article de madame Cornellier.

Line Gingras
Québec

«Faire payer les pauvres» : http://www.ledevoir.com/2007/11/28/166390.html

Posté par Choubine à 18:59 - Langue et traduction - Commentaires [0] - Permalien [#]

mardi 27 novembre 2007

En soutien à

En soutien à; en soutien de; syntaxe; démonstratif à valeur de possessif; emploi du déterminant ou adjectif démonstratif; anglicisme.

  • ... les troupes canadiennes participaient à une opération de sécurité en soutien aux forces nationales afghanes... (PC.)

Je n'ai pas trouvé en soutien à dans les dictionnaires consultés - j'ai vu le Petit Robert, le Multidictionnaire, le Hanse-Blampain (qui ne m'a pas été utile), le Lexis et le Trésor de la langue française informatisé. Ce dernier ouvrage reçoit la construction en soutien de :

Les Américains mettant, d'une part, des parachutistes et des chars en soutien des Français. (De Gaulle, dans le Trésor.)

Une recherche Google donne toutefois un nombre d'occurrences nettement plus élevé pour en soutien à (en soutien aux) que pour en soutien de (en soutien des). Je ne serais pas étonnée que les dictionnaires finissent par enregistrer cet usage.

* * * * *

  • «Ce sont tout des Canadiens exceptionnels qui méritent la gratitude et le respect de cette nation...» (Même article; on cite le premier ministre du Canada, Stephen Harper.)

Ce sont tous des Canadiens exceptionnels, selon monsieur Harper.

Cette nation... Le premier ministre désignerait-il une nation dont il aurait parlé dans la phrase précédente? Je ne le crois pas : il veut dire sans doute notre nation, la nation. L'emploi du démonstratif à valeur de possessif est très fréquent en anglais; il faut se garder de l'imiter.

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  • Leur décès portent à 73 le nombre de soldats canadiens morts en Afghanistan depuis le début de la mission canadienne, il y a cinq ans.

Leur décès porte à 73...

Line Gingras
Québec

«Deux soldats canadiens de Valcartier tués» : http://www.cyberpresse.ca/article/20071117/CPACTUALITES/71117012/5846/CPACTUALITES

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lundi 26 novembre 2007

Complément de nom et complément d'objet

Complément de nom et complément d'objet direct; double fonction; coordination; pronom de rappel; syntaxe.

  • ... dissuader les troupes d'utiliser ou de faire le trafic de drogue... (Steve Rennie, PC, Ottawa.)

Drogue est complément du nom trafic, qui se rattache au verbe faire; mais il devrait aussi, en toute logique, être complément d'objet direct du verbe utiliser (dissuader les troupes d'utiliser quoi? de la drogue - et non pas le trafic de drogue). La phrase doit être construite de manière qu'il remplisse grammaticalement cette double fonction :

... dissuader les troupes d'utiliser de la drogue ou d'en faire le trafic...

Il suffit de se servir d'un pronom de rappel.

* * * * *

  • ... il est facile de se procurer des drogues illégale en Afghanistan...

  • ... des chiens entraînés à détecteur l'odeur de la drogue...

  • ... la police militaire devait vérifier les dossiers des soldats pour vérifier...

... la police militaire devait examiner les dossiers des soldats pour vérifier...

Line Gingras
Québec

«De la drogue à la base canadienne de Kandahar?» : http://www.cyberpresse.ca/article/20071111/CPACTUALITES/71111070/1019/CPACTUALITES

Posté par Choubine à 07:04 - Langue et traduction - Commentaires [0] - Permalien [#]

dimanche 25 novembre 2007

Sans égards à leur conduite

Sans égards à; sans égard à; orthographe.

  • Lorsque libéraux et péquistes s'accusent les uns les autres d'avoir inventé puis fait dérailler la réforme, seule la partisanerie les agite, sans égards à leur conduite respective de l'appareil gouvernemental. (Marie-Andrée Chouinard.)

Le Multidictionnaire, le Hanse-Blampain, le Lexis et le Trésor de la langue française informatisé donnent la locution prépositive sans égard à ou sans égard pour, qui signifie «sans tenir compte de», «sans prendre en considération» :

Sans égard à son ancienneté. (Multidictionnaire.)

Sans égard pour les convenances, Carlotta le fit entrer dans la chambre. (Aragon, dans le Trésor.)

Le Petit Robert consigne l'antonyme de cette expression, eu égard à :

Il est vaillant, eu égard à son âge. (Petit Robert.)

Vous serez placé immédiatement au-dessous de la loge royale, eu égard à votre condition de prince. (Gide, dans le Lexis.)

D'après le résultat de mes recherches, égard ne se met pas au pluriel dans ces locutions.

Line Gingras
Québec

«L'école en otage» : http://www.ledevoir.com/2007/11/10/163917.html

Posté par Choubine à 23:59 - Langue et traduction - Commentaires [0] - Permalien [#]

samedi 24 novembre 2007

Un adversaire, une adversaire

Un adversaire, une adversaire; genre du nom adversaire.

  • C'est la Maison-Blanche qui, au milieu de la présente année, s'est mis en tête d'associer Moucharraf avec son vieil adversaire politique Benazir Bhutto. (Serge Truffaut.)

Le nom adversaire s'emploie au féminin comme au masculin. (Voir le Petit Robert, le Multidictionnaire ou Le bon usage, douzième édition, paragraphe 480.) Et Benazir Bhutto est une femme. Il fallait donc écrire avec sa vieille adversaire - ou avec son adversaire, le déterminant possessif sa étant remplacé par son devant une voyelle.

  • Depuis quarante-huit heures, le président pakistanais Pervez Moucharraf fait penser au chien qui essaye de se mordre la queue. Il implore les uns et menace les autres. Il libère des avocats mais musellent d'autres médias.

L'adjectif autres est de trop : comme les avocats ne sont pas des médias, il n'y a pas lieu de les distinguer d'«autres» éléments de cette catégorie.

Ce ne sont pas les avocats qui musellent des médias, mais le président du Pakistan, représenté par le pronom il :

Il libère des avocats mais muselle des médias.

Line Gingras
Québec

«L'ennemi de mon ennemi» : http://www.ledevoir.com/2007/11/21/165194.html

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vendredi 23 novembre 2007

Armes de destruction massives

Armes de destruction massives ou armes de destruction massive.

  • Vrai danger - Que les «neocons» de Washington, moins affaiblis qu'on ne l'a prétendu, accélèrent les préparatifs d'une attaque militaire contre l'Iran et refassent à l'opinion publique américaine - ainsi qu'à l'élite politique de Washington - le coup des «armes de destruction massives». (François Brousseau.)

Le Petit Robert, à l'article «destruction» comme à l'article «arme», donne l'expression armes de destruction massive («armes nucléaires, biologiques ou chimiques»). Il convient effectivement, à mon avis, d'accorder l'adjectif massive au singulier, puisque c'est la destruction qui serait massive.

Line Gingras
Québec

«Vrais et faux dangers» : http://www.ledevoir.com/2007/11/19/164968.html

Posté par Choubine à 20:48 - Langue et traduction - Commentaires [0] - Permalien [#]

jeudi 22 novembre 2007

Par endroit

Par endroit ou par endroits; orthographe.

  • ... ce qui occasionnera de la poudrerie par endroit. (PC.)

D'après ce que je vois dans le Petit Robert, le Multidictionnaire, le Hanse-Blampain et le Trésor de la langue française informatisé, le nom prend toujours la marque du pluriel dans la locution adverbiale par endroits, qui signifie « à différents endroits » :

Le livre me paraît bon, et même très bon par endroits. (Gide, dans le Petit Robert.)

L'ancienne tranchée [...] est par endroits bouchée. (Barbusse, dans le Trésor.)

Le plancher dont la peinture noire s'écaillait par endroits. (Green, dans le Trésor.)

Line Gingras
Québec

« Tempête de neige en vue jeudi » : http://www.cyberpresse.ca/article/20071121/CPACTUALITES/71121164/-1/CPACTUALITES

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mercredi 21 novembre 2007

Trop, c'est trop

Cascade de tion - sion; rimes intempestives; répétition.

  • Et il ne faudrait pas se surprendre que l'organe de règlement des différends de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) soit saisi d'affaires concernant l'obligation de doubler les films dans la langue nationale ou l'imposition de quotas de programmation obligeant la radiodiffusion d'une proportion d'émissions dans une langue nationale. (Pauline Marois, chef du Parti québécois.)

Cette phrase pourrait se lire mieux :

... l'obligation de doubler les films dans la langue nationale ou l'imposition de quotas forçant à radiodiffuser un certain pourcentage d'émissions dans une langue nationale.

Line Gingras
Québec

«Libre opinion - Le Québec et la diversité linguistique» : http://www.ledevoir.com/2007/11/21/165189.html

Posté par Choubine à 06:24 - Langue et traduction - Commentaires [0] - Permalien [#]