Choux de Siam

Parce que j'aime les choux de Siam, et pas seulement la grammaire (carnet dédié à monsieur Raymond Laganière, autrefois professeur de français à la polyvalente Donnacona)

dimanche 14 octobre 2007

Ils se sont donnés rendez-vous

Ils se sont donnés rendez-vous; elles se sont données rendez-vous; ils se sont donné rendez-vous; elles se sont donné rendez-vous; se donner rendez-vous, accord du participe passé du verbe pronominal; grammaire française; orthographe d'accord.

  • Deux milliers d'étudiants, de syndicalistes et de militants pour la paix se sont donnés rendez-vous hier devant le Parlement de Westminster afin de réclamer le retour des troupes britanniques d'Irak. (Légende d'une photo de l'Agence France-Presse, à la une du Devoir du 9 octobre 2007.)

Comment accorder le participe passé du verbe pronominal, dans la construction ils se sont donné rendez-vous? Le pronom réfléchi, se, n'est pas simplement agglutiné au verbe, mais remplit la fonction de complément d'objet indirect (ou complément d'attribution) : dans la phrase qui nous intéresse, les étudiants, syndicalistes et militants ont donné rendez-vous à qui? à eux-mêmes, ou plutôt les uns aux autres. Par conséquent, le participe passé ne peut pas s'accorder avec le pronom réfléchi, ni avec le sujet qu'il représente :

Toutes les laideurs s'étaient donné rendez-vous. (Petit Robert, à l'article «rendez-vous».)

Rilke eût parlé à merveille de cette pièce obscure où la solitude, le silence et l'ennui se sont donné rendez-vous et s'entretiennent lugubrement d'un monde qui n'existe plus. (Green, dans le Trésor de la langue française informatisé, à l'article «lugubrement».)

Donné s'accorderait cependant avec le complément d'objet direct, si ce dernier était placé devant le verbe :

Si vous saviez tous les rendez-vous galants qu'ils se sont donnés!

Line Gingras
Québec

Posté par Choubine à 06:52 - Langue et traduction - Commentaires [2] - Permalien [#]

Commentaires

    À qui, à quoi ?

    Bonjour! Intéressante réflexion, qui m'amène à un dilemme que je tente de régler, sans réponse, et qui tombe pile avec les cours que je prépare actuellement. Voici:

    La vieille s'est coïncé__ la main.

    Dois-je dire:

    la vieille a coïncé quoi ? la main (donc main = CD)
    la vieille a coïncé qui ? elle-même (s')

    Évidemment, la réponse sera "la main". Donc, si "s' " n'est pas CD, quelle est sa fonction ?

    Si je pose la question "Elle a coïncé la main à qui ?", le "s' " est donc un complément du nom "main", plutôt qu'un complément indirect.

    Qu'en pensez-vous ?

    Posté par Nicolas Paquin, mardi 23 octobre 2007 à 20:20
  • Un datif

    Bonjour Nicolas,

    Très pertinente, la question que vous soulevez.

    D'après les éléments d'explication que j'ai trouvés dans la «Grammaire méthodique du français» de Riegel, Pellat et Rioul, on peut considérer le pronom réfléchi, «s'», comme un datif - un complément d'attribution (objet second répondant à la question «à qui?») désignant le destinataire de l'action exprimée par le verbe; mais ce destinataire est un tout («la vieille») que cette action affecte dans l'une de ses parties («la main»), laquelle fonctionne comme objet direct du verbe.

    Ouf. J'espère que ce n'est pas trop embrouillé.

    Posté par Line Gingras, mercredi 24 octobre 2007 à 17:31

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