Choux de Siam

Parce que j'aime les choux de Siam, et pas seulement la grammaire (carnet dédié à monsieur Raymond Laganière, autrefois professeur de français à la polyvalente Donnacona)

dimanche 30 septembre 2007

Probable - Il est probable que

Probable; il est probable que + subjonctif; il est probable que + indicatif; il est probable que + indicatif ou subjonctif; choix du mode; grammaire française; syntaxe du français.

  • Or, il est fort probable que le couple ait une explication en béton à donner aux Québécois. (Patrick Lagacé, dans La Presse.)

Si c'est fort probable, c'est quasi certain; le tour il est probable que, employé à la forme affirmative, appelle l'indicatif ou le conditionnel, d'après le Multidictionnaire et le Hanse-Blampain :

Or, il est fort probable que le couple a une explication...
Or, il est fort probable que le couple aurait une explication...

Si la probabilité est inexistante ou peu élevée, on utilise cependant le subjonctif :

Il n'est pas probable qu'on réussisse à le coincer.
Il est peu probable que la demanderesse obtienne gain de cause.

Line Gingras
Québec

«Noyer le poisson» : http://www.cyberpresse.ca/article/20070925/CPOPINIONS05/709250521/6928/CPOPINIONS05

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samedi 29 septembre 2007

Ériger un bâtiment, ériger une maison

Ériger un bâtiment; ériger une maison; ériger et construire; ni et n'y; impropriété; grammaire française; orthographe.

  • Peu après avoir acheté le terrain en 1992, M. Blanchet et Mme Marois ont construit leur manoir. Hier, Mme Marois a précisé que même si sept acres de terres publiques se trouvent sur son domaine, aucun bâtiment ni a été érigé. (Ariane Lacoursière, dans La Presse.)

Ni? Bien entendu, c'est n'y qu'on a voulu dire : aucun bâtiment n'a été «érigé» là, aucun bâtiment n'y a été «érigé».

Ériger, d'après le Petit Robert, c'est «construire avec solennité». Marie-Éva de Villers signale en effet que l'on érige un monument, une statue, une église, mais que l'«on construit un barrage, un pont, un complexe immobilier, on ne les érige pas». Je proposerais donc, de manière à éviter la répétition du verbe construire :

... même s'il y a sur son domaine sept acres de terres publiques, aucun bâtiment ne s'y trouve.

* * * * *

  • Une entente signée entre M. Walsh et M. Blanchet convenait d'ailleurs de leur entente.

Un document signé par M. Walsh et M. Blanchet faisait d'ailleurs foi de leur entente.

On pourrait employer aussi le verbe confirmer (Un document [...] confirmait d'ailleurs leur entente), s'il n'était déjà utilisé quelques lignes plus haut.

Line Gingras
Québec

«Pauline Marois se fâche... et s'explique» : http://www.cyberpresse.ca/article/20070928/CPACTUALITES/709280695/1019/CPACTUALITES

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vendredi 28 septembre 2007

Jouer un instrument

Jouer un instrument ou jouer d'un instrument; jouer la flûte ou jouer de la flûte; jouer le piano ou jouer du piano; jouer le violon ou jouer du violon; grammaire française; syntaxe du français; anglicisme; calque de structure.

  • Et pour ceux qui apprennent à jouer un instrument? (Paul Journet, dans La Presse.)

On dit très bien, en anglais, to play a musical instrument; en français, cependant, on joue de la flûte*, du piano, du violon, d'un instrument. (Voir au besoin le Petit Robert, le Lexis, le Multidictionnaire ou le Trésor de la langue française informatisé, à l'article «jouer».)

Line Gingras
Québec

«Mozart rend-il bébé plus intelligent?» : http://www.cyberpresse.ca/article/20070925/CPACTUEL/709250586/6685/CPACTUEL
* «Bonhomme, bonhomme, sais-tu jouer?» : http://www.momes.net/comptines/notes/bonhomme-bonhomme-sais-tu-jouer.html

Posté par Choubine à 00:09 - Langue et traduction - Commentaires [2] - Permalien [#]

jeudi 27 septembre 2007

Se prémunir de quelque chose

Se prémunir de quelque chose; se prémunir contre quelque chose; se prémunir de ou contre; prépositions; grammaire française; syntaxe du français.

  • Mais l'on peut être sûr que c'est un piège dont M. Harper a déjà commencé à se prémunir... (Lysiane Gagnon, dans La Presse.)

D'après les exemples que j'ai vus dans les dictionnaires, on ne se prémunit pas de quelque chose, mais contre quelque chose :

Ils se sont prémunis contre le froid. (Multidictionnaire.)

Je dois pourtant me prémunir contre la curiosité naturelle à leur sexe. (Duhamel, dans le Petit Robert et le Lexis.)

... les alliés s'étaient prémunis contre leurs propres défaillances. (Bainville, dans le Trésor de la langue française informatisé.)

Contre les risques d'une intrigue ou d'un coup d'État militaire [...], l'aristocratie d'Orsenna n'a pas cru se prémunir assez... (Gracq, dans le Trésor.)

Sans être prémunis contre la contagion. (Carrel, dans le Petit Robert.)

Il fallait donc écrire :

Mais l'on peut être sûr que c'est un piège contre lequel M. Harper a déjà commencé à se prémunir...

Line Gingras
Québec

«Des élections automnales?» : http://www.cyberpresse.ca/article/20070925/CPOPINIONS02/709250564/6754/CPOPINIONS05

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mercredi 26 septembre 2007

Think thank you

Think thank ou think tank.

  • Un sondage de l'Institut de recherche en politiques publiques [...] Le think thank montréalais lance sa publication lors d'un déjeuner-causerie organisé à la Grande Bibliothèque. (Stéphane Baillargeon.)

Si l'on tient à montrer que l'on connaît l'anglais, il vaut mieux écrire think tank. Mon billet du 30 mai 2006 propose des solutions de rechange. Mais dans le contexte, on aurait pu parler simplement de l'organisme montréalais.

Line Gingras
Québec

«Un refus massif des accommodements raisonnables» : http://www.ledevoir.com/2007/09/25/158184.html

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mardi 25 septembre 2007

Augmenter à cinquante-six disgressions

Augmenter à; disgression ou digression; t euphonique; virgule et proposition relative explicative; grammaire française; syntaxe du français; ponctuation; orthographe.

  • ... la candidate avait largement dépassé la majorité de 1663 voix obtenue par Rosaire Bertrand en mars 2007, augmentant cette majorité à 4225 voix. (Robert Dutrisac.)

Le verbe augmenter marque la progression, et non pas l'aboutissement; on peut dire, par exemple, que la température a augmenté de deux degrés si elle est passée de vingt-cinq à vingt-sept, mais non qu'elle a augmenté à vingt-sept degrés. Je proposerais :

... portant cette majorité à 4225 voix.

* * * * *

  • Mais il semble que ces disgressions immobilières aient eu peu d'influence sur le vote des Charlevoisiens.

Disgression ne se trouve pas dans le Petit Robert, dans le Lexis ni dans le Trésor de la langue française informatisé; on dit et on écrit disgrâce, mais digression.

* * * * *

  • «... nous n'en sommes pas là», avait-t-elle déclaré.

Le t intercalaire, ou t euphonique, est employé pour... l'euphonie - pour que la prononciation soit plus harmonieuse. On l'ajoute donc après les lettres a, e ou c, mais jamais après un t ni un d :

A-t-on jamais vu chose pareille? fit-il.
Aime-t-elle le caviar?
Vainc-t-il déjà toute sa famille aux échecs?
Votre poule pond-elle vraiment trois fois par jour?

Nous n'en sommes pas là, avait-elle déclaré.

* * * * *

  • Elle donne au Parti québécois une cinquième victoire dans ce comté, représenté depuis 1994 par Rosaire Bertrand qui lui avait cédé la place pour prendre sa retraite.

La proposition relative qui lui avait cédé la place n'apporte pas une information dont on aurait besoin pour distinguer entre deux personnes du nom de Rosaire Bertrand; elle donne plutôt une explication, utile mais accessoire. Il s'agit donc d'une relative non pas déterminative, mais explicative, que l'on fait normalement précéder de la virgule :

... représenté depuis 1994 par Rosaire Bertrand, qui lui avait cédé la place...

* * * * *

  • ... Pauline Marois avait dû ouvrir les portes de son chalet, sis à Saint-Iréné...

Le village s'appelle Saint-Irénée.

* * * * *

  • ... une dizaine de députés s'étaient déplacé...

Déplacés.

  • ... l'autre partie était construite sur des terres agricoles dont le zonage avait été modifiée de façon irrégulière.

Modifié.

  • Cette élection partielle fut une lutte à deux puisque Jean Charest avait décidé que le Parti libéral du Québec ne présenterait pas de candidat contre Mme Marois. En 2007, le candidat libéral est arrivé troisième, derrière le péquiste et l'adéquiste, et rien n'indiquerait que le PLQ aurait pu améliorer ce score.

... rien n'indiquait...

  • L'équipe de Mme Marois considérait que cette élection n'était pas sans risque pour la chef péquiste puisque le vote combiné des adéquistes et les libéraux avait atteint 65 % en mars 2007.

... le vote combiné des adéquistes et des libéraux...

  • En toute fin de campagne, Pauline Marois a dû faire face à autre controverse.

... à une autre controverse.

  • Mais dans les deux MRC plus à l'est [...], la tendance est différence.

... la tendance est différente.

Line Gingras
Québec

«Marois : victoire éclatante» : http://www.ledevoir.com/2007/09/25/158188.html

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lundi 24 septembre 2007

Du rouge au orange

Du rouge au orange; passer au orange; du rouge à l'orange; passer à l'orange; au orange, à l'orange; élision devant orange; grammaire française; orthographe.

  • Outremont vient de passer du rouge au orange. (Jean-Jacques Stréliski.)

D'après les exemples que je vois dans le Petit Robert et le Trésor de la langue française informatisé, on fait l'élision devant le nom orange désignant la couleur :

Passer à l'orange. (Petit Robert.)

La baisse du voltage fait virer la lumière à l'orange, puis au rouge. (Serrière, dans le Trésor.)

Line Gingras
Québec

«Question d'images - Une belle tête de vainqueur» : http://www.ledevoir.com/2007/09/24/158026.html?fe=2094&fp=127439&fr=42822

Posté par Choubine à 04:56 - Langue et traduction - Commentaires [0] - Permalien [#]

dimanche 23 septembre 2007

Le «nous» québécois

Le nous québécois; identité québécoise; Québécois et Canadiens français; langue française.

[Réponse à une lectrice française, Rosa, qui m'interrogeait sur le nous québécois.]

La question du nous est délicate, parce qu'elle touche à notre identité collective. Qui sommes-nous? Qui peut se dire Québécois?

Lorsque j'étais enfant, on appelait Québécois, dans la langue courante, les habitants de la ville de Québec; à l'échelle de la province, on se divisait essentiellement entre Canadiens anglais et Canadiens français. Nous, les Canadiens français, étions attachés à ce que nous nommions le Canada; mais cette terre de nos aïeux était associée au fleuve géant (le Saint-Laurent), comme le précise notre hymne national. À l'église, un de nos cantiques, Notre-Dame du Canada, reprenait cette idée : Regarde avec amour, sur les bords du grand fleuve / Ce peuple jeune encore qui grandit frémissant / Tu l'as plus d'une fois consolé dans l'épreuve / Ton bras fut sa défense, et ton bras est puissant...

Notre peuple était canadien, de langue française et de religion catholique. (Je simplifie, bien sûr.) Deux siècles après la défaite des plaines d'Abraham, il était pauvre, se croyait né pour un p'tit pain. Replié sur lui-même, il comptait sur une élite de prêtres, de médecins, de notaires et d'avocats pour le diriger. Il avait lutté pour sa survie en faisant des enfants, beaucoup d'enfants.

Un jour, à l'adolescence, j'ai remplacé plus ou moins discrètement, dans le refrain du cantique, du Canada par des Québécois.

La Révolution tranquille a transformé notre société, qui s'est affranchie de la tutelle de l'Église; l'argent détestable nous a paru, de plus en plus, désirable; le monde des affaires, attirant. L'exposition universelle de 1967 nous a ouverts au monde et nous a montré que nous étions capables, nous aussi, d'audace et de grandes réalisations. Le Parti québécois nous a entraînés dans son rêve immense. Le français s'est imposé jusque dans les commerces de Montréal.

Et aujourd'hui, qui sommes-nous? Les Québécois de vieille souche ne font plus assez d'enfants; notre société doit accueillir des immigrants et favoriser leur intégration. Francophones et anglophones, Québécois de vieille souche ou de souche récente, nous avons en commun la langue française, paraît-il. L'aimons-nous comme un bien précieux? Dans l'expression Français d'Amérique, quel mot trouvons-nous le plus important?

Après le référendum de 1995, on a proclamé que le terme Québécois s'appliquait à tous les habitants du Québec - et à eux seuls. Moi qui vivais à Ottawa, je me trouvais soudain du mauvais côté de la rivière - rejetée. Je ne me suis jamais sentie Franco-Ontarienne. Je n'étais plus Québécoise. Alors qu'un immigré de fraîche date, ne sachant rien de l'histoire du Québec, ne parlant peut-être même pas français, pouvait se dire Québécois, lui.

Les choses n'ont pas changé de ce côté; seulement, je suis revenue m'établir à Québec. Suis-je donc Québécoise, à nouveau? Comment pourrais-je appartenir, véritablement, à un peuple qui se définit de façon si superficielle? - qui m'accueille aujourd'hui, qui me repousserait aussi facilement demain? Pourquoi voudrais-je, même, lui appartenir? Quelle signification cela pourrait-il avoir?

Je suis Québécoise, malgré tout. Je ne peux pas rejeter le nous comme le nous a prétendu me rejeter. Mes racines sont plus fortes, plus profondes que cela. Elles plongent dans le terreau de la langue, de l'histoire, de la culture. Je ne me laisserai plus exclure. Mais le peuple québécois, avec tous les éléments qui le composent, anciens et nouveaux, ne survivra que s'il définit clairement les caractéristiques communes qui le distinguent des autres peuples d'Amérique - et s'il s'attache à les mettre en valeur.

L'identité, l'appartenance à un peuple, ce n'est pas une simple question de domicile.

Line Gingras
Québec

Posté par Choubine à 07:48 - Société - Commentaires [1] - Permalien [#]

samedi 22 septembre 2007

De tout évidence

De tout évidence; de toute évidence; grammaire française; orthographe.

  • En 2007, à Montréal, le mot carême n'avait de tout évidence rien à voir avec jeûne, et tout avec abstinence. (Rafaële Germain, dans La Presse.)

Dans la locution adverbiale de toute évidence, tout est adjectif et se rapporte au nom évidence, avec lequel il s'accorde :

De toute évidence, il nous a menti. (Petit Robert.)

Line Gingras
Québec

«Quarante jours sans sexe?» : http://www.cyberpresse.ca/article/20070914/CPOPINIONS05/70914154/6996/CPOPINIONS05

Posté par Choubine à 10:17 - Langue et traduction - Commentaires [0] - Permalien [#]

vendredi 21 septembre 2007

À répétition

Répétitions fâcheuses.

  • La colère populaire ne s'était pas exprimée avec autant d'ampleur depuis 1988, alors que le régime d'alors [...] avait fait l'unanimité de la rue contre lui. (Guy Taillefer.)

... depuis 1988; le régime d'alors...

  • Suivent ensuite les résultats aux examens de lecture à 15 ans (15%) et les méthodes de travail (11%). (Clairandrée Cauchy.)

Suivent les résultats aux examens...
Viennent ensuite les résultats aux examens...

  • Le Parti conservateur transférait des dizaines de milliers de dollars à des candidats qui avaient peu de chances de dépenser la totalité des dépenses électorales auxquelles ils avaient droit. (Manon Cornellier.)

... qui avaient peu de chances de faire la totalité des dépenses...

  • Les modes d'écoute sont multiples et non limitatifs : chacun pourra s'exprimer comme bon lui semble. Tout semble en place pour une bonne conduite et un travail efficace. (Marie-Andrée Chouinard.)

... comme bon lui semble. Tout paraît en place...

Line Gingras
Québec

«La révolte des moines» : http://www.ledevoir.com/2007/09/21/157731.html
«Statistique Canada - Il y a plus de filles que de gars à l'université...» : http://www.ledevoir.com/2007/09/21/157721.html
«Risquer d'être jugé» : http://www.ledevoir.com/2007/09/05/155574.html
«Passion vs raison» : http://www.ledevoir.com/2007/08/16/153498.html

Posté par Choubine à 06:18 - Langue et traduction - Commentaires [2] - Permalien [#]