Choux de Siam

Parce que j'aime les choux de Siam, et pas seulement la grammaire (carnet dédié à monsieur Raymond Laganière, autrefois professeur de français à la polyvalente Donnacona)

jeudi 31 août 2006

Un avantage indu

Indu; pléonasme; usage.

  • Dans notre système parlementaire, le premier ministre jouit, de par ce pouvoir de choisir la date des élections, d'un avantage indu sur les partis d'opposition qui n'a pas sa raison d'être. (Bernard Descôteaux.)

Je lis dans le Petit Robert que l'adjectif indu veut dire «qui va à l'encontre des exigences de la raison, de la règle, de l'usage», «qui n'est pas fondé». Le syntagme qui n'a pas sa raison d'être me paraît donc superflu.

Line Gingras

«À date fixe» : http://www.ledevoir.com/2006/08/31/117115.html

Posté par Choubine à 21:30 - Langue et traduction - Commentaires [2] - Permalien [#]

mercredi 30 août 2006

Des moyens financiers significatifs

Significatif et significant; anglicisme; calque de l'anglais.

  • Le Parti vert a par ailleurs maintenant des moyens financiers significatifs grâce à la Loi sur le financement des partis politiques adoptée en 1993. (Bernard Descôteaux.)

Le Colpron signale que frais significatifs est le calque de significant costs; l'adjectif devrait se traduire, ici, par importants, considérables.

De fait, je lis dans le Multidictionnaire que significatif peut vouloir dire «qui traduit bien la pensée, l'intention» :

Cette remarque est significative de son état d'esprit. (Petit Robert.)

Ou encore «dont on peut tirer des conclusions» :

Les résultats du sondage ne sont pas significatifs. (Petit Robert.)

Des chiffres significatifs, selon le Petit Robert, sont «indispensables à la représentation d'une grandeur numérique» :

Les deux derniers zéros de 10,300 ne sont pas significatifs.

Dans la phrase qui nous occupe, on a voulu parler, à mon avis, de moyens financiers importants, appréciables ou non négligeables.

Line Gingras

«Un lobby plus qu'un parti» : http://www.ledevoir.com/2006/08/29/116897.html

Posté par Choubine à 14:22 - Langue et traduction - Commentaires [1] - Permalien [#]

mardi 29 août 2006

Prendre action

Prendre action; anglicisme; calque; usage.

  • J'interpelle les jeunes vieux et les vieux jeunes : prenons notre place, elle nous revient de droit. Et surtout, prenons action. (Chentale de Montigny.)

Le Colpron et le Multidictionnaire signalent que prendre action est le calque de to take action. Je trouve dans ces ouvrages et dans le Meertens divers équivalents possibles, à utiliser d'après le contexte : agir, réagir, intervenir, passer à l'action, passer aux actes, prendre une initiative, prendre des mesures, faire quelque chose (pour résoudre un problème, par exemple).

Line Gingras

«Lettres : Saluer les bons coups, en inspirer d'autres» : http://www.ledevoir.com/2006/08/22/116388.html

Posté par Choubine à 04:39 - Langue et traduction - Commentaires [6] - Permalien [#]

lundi 28 août 2006

Coordination et logique

Sujet d'un semi-auxiliaire introduisant deux verbes employés à la forme passive; sujet du verbe; grammaire française; syntaxe du français.

  • ... la pensée de ces commentateurs qui finissent par conclure que le financement des partis politiques par l'État devrait tout simplement être aboli et laissé entièrement à leurs membres et à leurs partisans. (Bernard Descôteaux.)

Être aboli et être laissé sont deux infinitifs à la forme passive introduits par le semi-auxiliaire devoir. Celui-ci a pour sujet le financement des partis politiques par l'État. Bien entendu, le noyau de ce groupe, c'est le financement; il n'empêche que le syntagme entier remplit la fonction de sujet. Sans doute est-il logique d'écrire :

... le financement des partis politiques par l'État devrait tout simplement être aboli...

Mais on commet une contradiction flagrante si l'on affirme :

... le financement des partis politiques par l'État devrait être laissé entièrement à leurs membres et à leurs partisans.

Comment résoudre la difficulté? Je proposerais :

... l'État devrait cesser de subventionner les partis politiques, dont le financement devrait être laissé à leurs membres et à leurs partisans.

Line Gingras

«Affaiblir l'adversaire» : http://www.ledevoir.com/2006/08/26/116773.html

Posté par Choubine à 01:49 - Langue et traduction - Commentaires [1] - Permalien [#]

dimanche 27 août 2006

Un peu de tolérance, quoi

Nous avons marché, marché, marché, sous le joyeux soleil de fin d'été, joyau d'un ciel couleur de bleuet mûrissant. Nous en avons entendu des trompettes, des flûtes, des tambours, des cornemuses. Nous avons checké les Tchèques sur la terrasse Dufferin, avant de descendre à la place Royale; ils nous ont joué en rappel je ne saurais dire quel classique, avec un brio, une fantaisie que je n'oublierai pas. Plus tard, de retour dans la haute-ville, nous avons fait l'épreuve d'un mélange guitare et cornemuses qui prouve bien, à mon oreille en tout cas, que toutes les innovations ne valent pas la peine qu'on se donne pour les réaliser.

La tournée des concerts finie, nous sommes allées contempler le fleuve, après quoi nous nous sommes assises sur les marches de la basilique; nous avons eu l'idée d'entrer un moment. Et là, nous sommes tombées sur deux grandes affiches : la première avertissait qu'aucune sollicitation n'était tolérée en ces lieux; la seconde, juste au-dessus, invitait les fidèles à payer leur capitation.

Pour l'oublieuse logique humaine, cher lecteur, votre indulgence est sollicitée.

Line Gingras

Posté par Choubine à 23:58 - Petite chronique dominicale - Commentaires [2] - Permalien [#]

Un empêcheur de tourner en rond

Empêcheur de tourner en rond; usage.

  • «On peut s'étonner que rien n'ait encore été fait pour attribuer un lieu ou un édifice à M. Bourgault, dit M. Lacoursière, membre de la Commission. Le personnage semble toujours être au purgatoire. C'était un éveilleur de conscience, un empêcheur de tourner en rond et, même mort, de toute évidence, il dérange toujours.» (Fabien Deglise, citant l'historien Jacques Lacoursière.)

***

  • M. Masse indique, par ailleurs, n'avoir pas sollicité Luc Fortin pour un autre mandat dans son équipe avant que ce dernier ne songe à briguer la présidence du syndicat. «Il est de ceux qui n'étaient jamais satisfaits du travail accompli. On ne veut pas travailler avec des empêcheurs de tourner en rond... Et l'équipe qui se présente contre nous a très peu d'expérience pour gérer une telle organisation», dit M. Masse. (Alain Brunet, citant le musicien Gérard Masse.)

Caroline m'interrogeait l'autre jour sur l'expression empêcheur de tourner en rond : celle-ci doit-elle être prise en bonne ou en mauvaise part?

Il y eut jadis un village dont les autorités voulurent empêcher les habitants de danser. De là viendrait peut-être, selon le Petit Robert et le Trésor de la langue française informatisé, la locution empêcheur de danser en rond.

Un empêcheur de danser en rond, c'est donc une «personne qui empêche les autres d'être gais, qui les dérange dans leurs projets» (Trésor) :

L'administration, cette gêneuse, empêcheuse de danser en rond. (Courteline.)

Le Trésor apporte la précision suivante : «Ce tour, figé au XIXe siècle, admet au XXe siècle de nombreuses variantes du type empêcheur + verbe à l'infinitif + en rond» :

Ces gêneurs, ces empêcheurs de gagner en rond. (Duhamel.)

De fait, le Petit Robert et le Lexis reçoivent tous deux les expressions empêcheur de danser en rond et empêcheur de tourner en rond; la première est vieillie, selon le Petit Robert. Et dans le Multidictionnaire, à l'article «empêcheur», je ne trouve que la locution empêcheur de tourner en rond.

Et qu'est-ce qu'un empêcheur de tourner en rond? - Une «personne qui empêche les autres de faire ce qu'ils aiment, d'exprimer leur gaieté, de prendre du plaisir», d'après le Petit Robert. Une «personne ennuyeuse», un «rabat-joie», selon Marie-Éva de Villers. Quelqu'un «qui trouble la joie, qui suscite des difficultés», d'après le Lexis.

L'expression est donnée comme synonyme de trouble-fête. Or, je lis dans le Trésor que ce terme peut se définir de deux manières : «Personne qui interrompt, perturbe le cours d'un moment agréable, d'un événement heureux», mais aussi «Personne qui, par sa manière de parler, d'écrire, d'agir, dérange, fait naître le doute ou l'inquiétude» :

De telles gens sont parfois des trouble-fêtes; il en faut pourtant de cette trempe et de ce ton pour faire contre-poids aux mous, aux doucereux, aux âmes moutonnières, comme il les appelle, à tous ceux qui suivent la vogue et le succès... (Sainte-Beuve.)

Dans le premier exemple cité en exergue, où il est question de Pierre Bourgault, le tour empêcheur de tourner en rond me paraît employé dans cette dernière acception. Celle-ci, très courante au Québec, comme le laisse entendre le message de Caroline, me semble d'autant plus admissible que la locution tourner en rond ne signifie pas «danser», mais plutôt «être désoeuvré, ne pas savoir que faire» (Petit Robert); j'ai l'impression que tourner en rond évoque souvent des efforts qui n'aboutissent pas, la difficulté de trouver son chemin.

Je pense donc que l'expression empêcheur de tourner en rond peut s'utiliser, par extension de sens, en bonne aussi bien qu'en mauvaise part.

Line Gingras

«À quand le boulevard Pierre-Bourgault?» : http://www.ledevoir.com/2005/10/08/92233.html
«Élections à la Guilde des musiciens : deux équipes se font face» : http://www.cyberpresse.ca/article/20060208/CPARTS/602080508/5360/CPARTS

Posté par Choubine à 04:08 - Langue et traduction - Commentaires [2] - Permalien [#]

samedi 26 août 2006

Margaret Tatcher

  • Je dis à mon interlocutrice que ces gens travaillent pour le petit gnome méchant qui s'appelle Sarkozy, un Margaret Tatcher masculin. (Gil Courtemanche.)

Vérification faite, c'est Margaret Thatcher.

Bon je sais, ce n'est pas grand-chose comme sujet; je vous promets donc la réponse à la question que m'a posée Caroline. Mais ça viendra un peu plus tard.

«Voter pour Ségolène?» : http://www.ledevoir.com/2006/08/26/116779.html?338

Posté par Choubine à 04:28 - Ni fleurs ni couronnes - Commentaires [12] - Permalien [#]

vendredi 25 août 2006

Pécheurs d'hommes que vous êtes

Pécher; pêcher; pécheurs; pêcheurs; paronymes.

  • D'abord, j'ai reçu quelques troublants courriers, qui me félicitaient de dénoncer (je résume) le trop grand nombre d'immigrants qu'on avait «importés» au Québec. Je relis mon texte paru la semaine dernière, et j'ignore où on a péché ça. De plus, je croyais ce mot disparu du vocabulaire nationaliste pour toujours. (Pascale Navarro.)

«Ce mot»? Euh... Serait-ce - demandé-je avec à peine un soupçon de mauvaise foi - le péché?

Simon et André étaient pêcheurs de leur état; mais étant hommes, ils étaient aussi pécheurs, cela va de soi. Vous n'allez quand même pas me demander où j'ai pêché cela?

Line Gingras

«Avoir peur de son ombre» : http://www.ledevoir.com/2006/08/25/116618.html

Posté par Choubine à 00:10 - Langue et traduction - Commentaires [3] - Permalien [#]

jeudi 24 août 2006

Exiger 7 $ aux parents

Exiger quelque chose à quelqu'un; exiger quelque chose de quelqu'un; exiger quelque chose à ou de quelqu'un; exiger à quelqu'un; exiger de quelqu'un; grammaire française; syntaxe du français.

  • Le règlement adopté en juillet, qui entrera en vigueur le 31 août, prévoit que les CPE et les garderies privées ne peuvent pas exiger plus de 7 $ par jour aux parents... (Clairandrée Cauchy.)

On aurait pu réclamer ou demander telle somme d'argent aux parents. Toutefois, d'après le Lexis et le Hanse-Blampain, on exige quelque chose de quelqu'un. Aucun des exemples que proposent le Petit Robert et le Trésor de la langue française informatisé n'autorise la construction avec à :

Qualités qu'on exige d'une secrétaire. (Petit Robert.)

Celui qui exige beaucoup de lui-même se sent naturellement porté à beaucoup exiger d'autrui. (Gide, dans le Petit Robert.)

Il exigeait des épouses la fidélité, des jeunes filles l'innocence, mais consentait aux hommes de grandes libertés. (Beauvoir, dans le Trésor.)

Line Gingras

«Une garderie à deux vitesses voit le jour» : http://www.ledevoir.com/2006/08/23/116494.html

Posté par Choubine à 10:56 - Langue et traduction - Commentaires [0] - Permalien [#]

mercredi 23 août 2006

Escompter que + indicatif ou subjonctif

Escompter que + subjonctif; escompter que + indicatif; escompter que + conditionnel; choix du mode après escompter que; grammaire française; syntaxe du français.

  • Déjà, le premier ministre Jean Charest le lui rappelait en soulignant qu'il escomptait que M. Harper tienne sa promesse, faite à Québec lors des dernières élections, de régler ce problème. (Bernard Descôteaux.)

Escompter, c'est «espérer, en ayant de bonnes raisons de voir ses espoirs réalisés» (Trésor de la langue française informatisé). D'après ce que je lis dans les dictionnaires généraux que j'ai sous la main, il peut être suivi d'une proposition introduite par la conjonction que, dont le verbe se met soit au futur de l'indicatif, soit au conditionnel à valeur temporelle (ou futur du passé) :

J'escompte qu'il réussira. (Petit Robert.)

... les marraines de guerre, cette admirable invention de l'arrière pour maintenir chez le poilu une légère chaleur amoureuse, dont on escompte bien qu'il la transformera tout entière en ardeur patriotique. (Romains, dans le Trésor.)

Il était permis d'escompter que l'irruption allemande serait sans retard endiguée. (Foch, dans le Trésor.)

Il aurait donc fallu écrire, dans la phrase qui nous intéresse :

... en soulignant qu'il escomptait que M. Harper tiendrait sa promesse...

Line Gingras

«Chacun pour soi» : http://www.ledevoir.com/2006/07/29/114777.html

Posté par Choubine à 05:48 - Langue et traduction - Commentaires [5] - Permalien [#]