Choux de Siam

Parce que j'aime les choux de Siam, et pas seulement la grammaire (carnet dédié à monsieur Raymond Laganière, autrefois professeur de français à la polyvalente Donnacona)

dimanche 20 août 2006

De l'origine du diable

Nous étions allés à Orange ce jour-là. J'avais revu le théâtre antique; surtout, j'étais remontée sur la colline Saint-Eutrope, là où pour la première fois, quelques années plus tôt, j'avais senti sur mon passage l'odeur du thym.

À Pont-Saint-Esprit, au retour, nous attendaient un plein panier de fraises et des bottes d'asperges blanches, fraîchement arrivés de la ferme voisine. Nous rapportions un bavarois, aussi. Mais avant le souper nous devions aller, avec l'hôtesse de notre gîte rural, chez son marchand de vin.

Madame Larre était au rendez-vous, sa voiture garée près de l'entrée de sa vaste propriété, à côté de la vieille maison confortable où nous étions logés pour la semaine. C'était une belle femme blonde un peu rondelette, je me souviens, qui nous avait accueillis avec chaleur. Avec son mari et leurs deux adolescentes, qui préparaient assidûment leurs examens, et un énorme chien noir qui avait bien failli nous mettre en fuite le premier jour, tant son enthousiasme était grand, elle habitait une belle maison moderne, au bout de l'allée que bordaient des arbres fruitiers.

Nous discutons un moment; elle est toute contente de nous faire découvrir son fournisseur. Elle retourne à son auto; mais comme elle se met au volant, ma mère se dit que ce serait plus sympathique si elle et mon père l'accompagnaient. (Mon oncle Jacquelin, mon cousin Jean-François et moi, nous suivrons dans la voiture de location.) Elle s'approche donc de la portière et demande gentiment : «On peut-tu embarquer avec vous?»

Le démon, faut crère, est québécois. Parce que de toute évidence madame Larre ne la connaissait pas, cette chanson folklorique où Satan, sorti de l'enfer pour faire le tour du monde, quand il ramasse quelqu'un, lui commande : Embarque dans ma voitu-u-re!

Line Gingras

Posté par Choubine à 06:24 - Petite chronique dominicale - Commentaires [4] - Permalien [#]