Choux de Siam

Parce que j'aime les choux de Siam, et pas seulement la grammaire (carnet dédié à monsieur Raymond Laganière, autrefois professeur de français à la polyvalente Donnacona)

dimanche 13 août 2006

Lili n'est pas une dactylo

Il s'appelle Galileo Galilei, Lili pour les intimes. C'est un androgyne, mon ordinateur. De la race des PC, qui fête ce mois-ci son vingt-cinquième anniversaire; on l'a dit à la télé, et il se trouve que j'ai été élevée devant la télé : je fais partie de la première génération qui a grandi avec. (La télé, pas l'ordinateur.)

Nous avions peu de voisins dans le p'tit rang croche, et mes parents n'aimaient pas que nous sortions de la cour. Mais un jour - je devais avoir six ou sept ans - je fus autorisée à traverser le chemin et à descendre la côte pour aller rendre visite à mon amie France, dans la haute maison grise tout au bord de la rivière. Et dans sa chambre je découvris un objet dont j'allais rêver ensuite, pendant des années : une machine à écrire jouet, avec laquelle on pouvait faire apparaître de vraies lettres sur une feuille de papier, comme dans les livres.

Une machine à écrire... C'est le nom que nous donnions à la chose, nous qui étions des gens simples, des habitants. Mais ce n'est pas comme cela que l'appelaient les gens instruits, ceux qui parlaient à la télévision; j'appris bientôt que l'objet de mes voeux, c'était en fait une dactylo.

Plus tard, évidemment, il a fallu désapprendre. Et aujourd'hui encore, le Multidictionnaire et le Chouinard nous mettent en garde contre l'emploi de dactylo pour désigner le fameux appareil.

Que deviendrait un peuple sans ses élites. Peut-être que les Québécois taperaient toujours à la machine, et n'auraient pas d'ordinateurs.

Line Gingras

Posté par Choubine à 05:48 - Petite chronique dominicale - Commentaires [9] - Permalien [#]