Choux de Siam

Parce que j'aime les choux de Siam, et pas seulement la grammaire (carnet dédié à monsieur Raymond Laganière, autrefois professeur de français à la polyvalente Donnacona)

mercredi 2 août 2006

Mystifier sans détoner

Mystifier, mystify; détonant ou détonnant; détoner ou détonner; calque de l'anglais; anglicisme; usage; homonymes; orthographe.

  • Détonant parmi les autres, la position du premier ministre de la Colombie-Britannique, Gordon Campbell, a mystifié la délégation québécoise. Pour M. Campbell, Ottawa doit réduire ses impôts avant même de songer à augmenter les transferts aux provinces. (Robert Dutrisac.)

Non, la position de M. Campbell n'a pas explosé avec bruit; cependant elle détonnait, avec deux n, c'est-à-dire qu'elle n'était pas «dans le ton», en harmonie avec les autres. (Petit Robert.)

Le journaliste a-t-il du moins raison d'affirmer que cette position a mystifié la délégation québécoise?

Mystifier, d'après les dictionnaires de langue que j'ai sous la main, c'est tromper quelqu'un en abusant de sa crédulité, en général pour s'amuser à ses dépens :

J'avais été mystifié comme un collégien. (Louÿs, dans le Petit Robert.)

Ce fraudeur a mystifié mon voisin : il l'a roulé. (Multidictionnaire.)

Quand Baudelaire arriva à Bruxelles, il commença par mystifier les Belges en propageant le bruit qu'il avait des moeurs spéciales et qu'il appartenait à la police. (Thibaudet, dans le Trésor de la langue française informatisé.)

Ce verbe peut signifier aussi, selon le Trésor, «abuser (une personne ou une collectivité) en déformant ou en embellissant la réalité)» :

L'opinion a été mystifiée par quelques journalistes. (Lexis.)

Le gouvernement a senti la nécessité de mystifier le bon peuple de France avec des mots nouveaux et de vieilles idées. (Balzac, dans le Trésor.)

Je ne pense pas, toutefois, qu'il soit question de tromperie dans la phrase à l'étude; il me semble plutôt que le verbe est utilisé, comme souvent l'anglais mystify, au sens de «déconcerter», «plonger dans la perplexité» (Meertens). Le Colpron signale d'ailleurs que résultat mystifiant est le calque de mystifying result : il faudrait parler d'un résultat déconcertant, déroutant.

Je proposerais d'écrire, en conséquence, que la position de M. Campbell a déconcerté, dérouté ou laissé perplexe la délégation québécoise.

Line Gingras

«Péréquation : "chacun pour soi"» : http://www.ledevoir.com/2006/07/28/114690.html

Posté par Choubine à 04:05 - Langue et traduction - Commentaires [10] - Permalien [#]