Choux de Siam

Parce que j'aime les choux de Siam, et pas seulement la grammaire (carnet dédié à monsieur Raymond Laganière, autrefois professeur de français à la polyvalente Donnacona)

lundi 31 juillet 2006

Avec quoi ça s'accorde?

L'accord du verbe séparé de son sujet; l'accord du verbe avec son sujet inversé; la relative explicative et la virgule; la proposition relative et la virgule; grammaire française; syntaxe du français; ponctuation; orthographe d'accord.

  • Mais une certitude demeure : les rôles de con, à l'image de Brice, semble__ toujours lui plaire... (Fabien Deglise.)

Le verbe ne s'accorde pas toujours avec ce qui vient juste avant : ici, «à l'image de Brice» n'est qu'une sorte de parenthèse servant à préciser ce qu'on veut dire par «les rôles de con»; ce sont eux qui semblent toujours plaire.

* * * * *

  • Autant d'avantages que lui procurent son statut de vedette_ dont il aime savourer chaque seconde avec sourire et humilité.

Il arrive aussi que le sujet soit placé après le verbe : le «statut de vedette» procure des avantages, et non l'inverse. Le contraire pourrait être vrai (certaines personnes sont célèbres en raison de leur fortune), mais alors on écrirait : Autant d'avantages qui lui procurent...

Par ailleurs, la relative introduite par dont ne détermine pas de quel «statut de vedette» il s'agit; elle n'introduit pas une information essentielle au sens de la phrase, mais accessoire. Nous n'avons donc pas affaire à une proposition subordonnée déterminative, mais explicative, qui doit être précédée de la virgule.

Line Gingras

«De bouffon à espion» : http://www.ledevoir.com/2006/07/18/113942.html

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dimanche 30 juillet 2006

L'caveau de douor

Venise; albergo San Samuele.

Les deux dernières fois où je suis allée à Venise, j'ai logé au San Samuele, petit hôtel modeste mais sympathique et bien tenu, dans la salizzada du même nom.

L'enseigne est discrète. Je sonne à la porte, on m'ouvre d'en haut; je pénètre dans un rez-de-chaussée non habité, marque de sagesse dans la ville de l'acqua alta.

Et je respire, en faisant les quelques pas qui mènent à l'escalier, cette odeur ancienne. Étrange et familière à la fois. Je pourrais dire, même, familiale. Parce que c'est l'odeur du caveau de douor.

En un instant, cette odeur me transporte dans le p'tit rang croche; j'entends la rivière dévaler de la montagne, de l'autre côté du chemin de gravelle. Et ici, à gauche du gros peuplier au tronc fendu, il y a l'caveau de douor, creusé dans la terre.

Je me rappelle la vieille porte; à l'intérieur, les patates, les carottes, les choux, les choux de Siam qu'on y conserve - qu'on y conservait, parce que tout cela a été détruit avec l'élargissement de la route.

Et l'odeur de terre, la même qu'au rez-de-chaussée du San Samuele, à Venise.

Line Gingras

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samedi 29 juillet 2006

C'est moi qui ne sait pas

C'est moi qui et l'accord du verbe; accord du verbe avec le pronom relatif qui ayant pour antécédent un pronom personnel; orthographe d'accord; grammaire française; syntaxe du français.

  • Comme bien d'autres choses incomprises, la péréquation demeure toutefois un «dossier» qui, s'il est mal ajusté, peut donner lieu à une forme de déséquilibre fiscal.

    «Et le déséquilibre fiscal, je tiens à dire que c'est moi qui ne sait pas ce que c'est», a dit le fédéral qui passait par là.
    (Jean Dion.)

Le verbe ayant pour sujet le pronom qui ne se met pas nécessairement à la troisième personne; il s'accorde plutôt avec l'antécédent du relatif - dans le cas présent, il s'agit du pronom moi, de la première personne du singulier : ... c'est moi qui ne sais pas...

Line Gingras

«Des nouvelles de tout le monde» : http://www.ledevoir.com/2006/07/29/114753.html

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vendredi 28 juillet 2006

Comité aviseur

Comité aviseur; calque; anglicisme; usage.

  • ... M. Dallaire craint toutefois que l'exercice n'ait pas reçu une oreille attentive de la part du comité aviseur. (Alexandre Shields.)

J'ai rarement rencontré le terme comité aviseur pendant la quinzaine d'années que j'ai passées dans l'administration fédérale. Une recherche au moyen de Google confirme qu'il est peu souvent utilisé dans la fonction publique canadienne : je trouve, dans les sites .gc.ca, un nombre d'occurrences beaucoup moins élevé pour comité aviseur que pour comité consultatif.

C'est heureux, parce que le Grand dictionnaire terminologique, le Multidictionnaire et le Chouinard condamnent comité aviseur : il s'agit en effet du calque de l'anglais advisory committee, qui se rend par comité consultatif.

Le mot aviseur ne figure ni dans le Petit Robert (2003), ni dans le Lexis, ni dans le Trésor de la langue française informatisé. Bien entendu, le journaliste aurait été forcé d'employer cet adjectif si ce dernier avait fait partie d'une appellation officielle; ce n'est pas le cas ici, toutefois, puisque le nom générique auquel il se rapporte, comité, est écrit avec une minuscule initiale.

Voilà un anglicisme qui paraît sorti de l'usage courant; tâchons de ne pas l'y ramener.

Line Gingras

«SOS Parc Orford revient à la charge» : http://www.ledevoir.com/2006/07/27/114599.html

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jeudi 27 juillet 2006

Parties participantes

  • Bref, les trois parties participantes à cet exercice de rapprochement en fin de semaine, soit l'Union européenne, les États-Unis et les économies émergentes, se sont accusées mutuellement de l'échec de cette rencontre à Genève. (Claude Turcotte.)

Bref, les trois parties à cet exercice...
Bref, les trois participants à cet exercice
[...] se sont accusés...

  • En revanche, pour les Américains, la responsabilité de l'impasse se trouve chez les partenaires qui ont cherché à protéger toute une série de produits agricoles sensibles de la baisse des droits de douane agricoles.

L'adjectif agricoles n'a pas à figurer deux fois.

  • Cette impasse est peut-être, selon lui, une bonne occasion de repenser tout le processus, et on pourrait en arriver à penser que le modèle canadien de la gestion de l'offre serait une bonne solution.

... une bonne occasion de revoir tout le processus...

  • Il a souligné que les pays membres de l'OMC sont soumis à des facteurs politiques dans chacun de leur_ pays.

... des facteurs politiques intérieurs.

Line Gingras

«OMC : la libéralisation du commerce mondial compromise» : http://www.ledevoir.com/2006/07/25/114442.html

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mercredi 26 juillet 2006

Les soldats sont imputables de leurs actes

Imputable; être imputable de ses actes; imputable appliqué à une personne ou à un groupe de personnes; usage.

  • Il serait en tout cas très étonnant que le président Bush accepte que les soldats américains soient imputables des actes qu'ils commettent sur le sol irakien et soient traduits devant les tribunaux irakiens. (Serge Truffaut.)
  • On se souviendra que, depuis l'offensive en Afghanistan, la position de l'administration n'a jamais changé : tout militaire américain est imputable devant la loi américaine.

Imputable veut dire «qui doit être attribué à quelqu'un, à quelque chose» (Multidictionnaire). Synonyme d'attribuable, il s'applique seulement à des choses, comme le montrent les nombreux exemples relevés dans les dictionnaires :

Accident imputable à quelqu'un (Petit Robert), au manque de sécurité (Trésor de la langue française informatisé).

Une faute imputable à la négligence. (Hanse et Blampain.)

Il n'y a là qu'un retard imputable à des défauts de transmission. (De Gaulle, dans le Lexis.)

L'insuccès ne pouvait être expliqué à ses yeux que par quelque faute très grave imputable à ses chefs. (Sorel, dans le Trésor.)

Ces abus ne sont imputables qu'à la mauvaise administration du pays. (Académie, dans le Trésor.)

Ce premier succès [...] était également imputable à la fermeté du commandement... (Joffre, dans le Trésor.)

L'attitude des Anglais dans l'affaire de Madagascar est, selon lui, imputable aux seuls militaires. (De Gaulle, dans le Trésor.)

Marie-Éva de Villers signale que l'on commet une impropriété en parlant de l'imputabilité d'un gestionnaire, d'un fonctionnaire, etc., au sens d'«obligation de rendre compte, reddition de comptes, responsabilité».

Une personne n'est pas imputable de ses actes, mais elle en est responsable; elle doit en rendre compte.

Line Gingras

«Sauver les apparences» : http://www.ledevoir.com/2006/07/26/114470.html

Posté par Choubine à 03:13 - Langue et traduction - Commentaires [6] - Permalien [#]

mardi 25 juillet 2006

Le régime qui les oppressait

Oppresser et opprimer; usage.

  • C'est d'ailleurs ce que Boyden a fait. Il s'est penché sur le sort de ces soldats amérindiens de la Grande Guerre qui, tout comme les Noirs américains au Vietnam et les tirailleurs sénégalais, ont poussé l'obligeance jusqu'à voler au secours du pays et du régime qui les oppressaient. (Louis Hamelin.)

Le Multidictionnaire et le Hanse-Blampain signalent qu'il faut distinguer entre oppresser et opprimer. Oppresser quelqu'un, c'est lui causer une gêne dans ses fonctions respiratoires ou, au figuré, l'«étouffer sous un poids, une angoisse» (Multidictionnaire); opprimer quelqu'un, c'est le «soumettre à une autorité excessive et injuste», le «persécuter par des mesures de violence» (Petit Robert) :

Il me semblait que l'intensité des ténèbres m'oppressait et me suffoquait. (Baudelaire.)

Christophe voulait parler, une angoisse l'oppressait. (Rolland.)

Il fut l'homme qui frappe, opprime, égorge, exile... (Hugo.)

Opprimer un peuple, les faibles. (Petit Robert.)

Line Gingras

«La chair humaine» : http://www.ledevoir.com/2006/07/22/114227.html?338

Posté par Choubine à 03:07 - Langue et traduction - Commentaires [3] - Permalien [#]

lundi 24 juillet 2006

Comment ça coûte?

Comment ou combien; comment ça coûte ou combien ça coûte; à coup de ou à coups de; grand-frère; la proposition relative explicative et la virgule; usage; orthographe; ponctuation.

  • Comment ça coûte, une guerre, quand elle débarque chez vous? (Éric Desrosiers.)

Comment est un adverbe de manière, et non pas un adverbe de quantité. J'ai déjà entendu comment ça coûte, mais il me semble que c'était dans la langue populaire; l'emploi comme adverbe de quantité ne figure même pas dans le Petit Robert (édition 2003). Normalement, on demande combien ça coûte.

  • Son centre-ville, rebâti à coup de milliards ces dix dernières années, et hier encore bourdonnante d'activités, a des allures de ville fantôme.

C'est le centre-ville, d'après la structure de la phrase, qui était bourdonnant d'activités. Je mettrais par ailleurs activité au singulier, mais le pluriel ne me paraît pas condamnable.

D'après le Hanse-Blampain, on écrit à coups de (et non pas à coup de) :

À coups de bâton, à coups de dictionnaire.

Le Petit Robert reçoit cependant les deux graphies, sans établir de distinction :

Il se maintient à coup de médicaments.

Les universités se disputent les professeurs à coups de billets de banque. (Duhamel.)

Et je lis dans le Girodet un point de vue différent des deux premiers : «Au sens figuré, on écrira traduire un texte à coups de dictionnaire (en se servant souvent du dictionnaire), mais acquérir quelque chose à coup de billets de banque, à coup de dollars

J'écrirais à coups de, mais je ne pense pas que l'on puisse refuser le singulier.

  • Il faut dire que l'on reçoit un sérieux coup de pouce du grand frère américain_ qui donne en moyenne chaque année deux milliards en aide, dont les deux tiers en assistance militaire.

On écrit grand-frère, avec un trait d'union. Et comme il n'y a qu'un seul grand-frère américain, la subordonnée relative qui suit ne sert pas à désigner celui dont il est question, à le distinguer d'un autre grand-frère américain, moins généreux - ce serait dans ce cas une subordonnée relative déterminative -, mais à expliquer ce qu'on entend par le segment de phrase qui précède; il s'agit donc d'une subordonnée relative explicative, laquelle doit être précédée de la virgule.

Line Gingras

«Perspectives - Le prix de la guerre» : http://www.ledevoir.com/2006/07/24/114323.html?338

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dimanche 23 juillet 2006

Du paradis

Grands Feux; chutes Montmorency; chute Montmorency; feux d'artifice; compétition pyrotechnique; spectacle de l'Italie.

Je reviens du paradis.

D’abord, il faut vous dire que mon amie Léone, toute la semaine, a suivi de près la situation météorologique : c’est que nous voulions voir le premier des Grands Feux de cette année, aux chutes Montmorency* – mais qu’un spectacle de pétards mouillés, ça ne nous attirait pas. Or, vendredi soir, au moment où nous devions réserver nos sièges, on annonçait des nuages, rien de plus.

Samedi, jour J, c’était pluvieux.

Après un nouveau pique-nique, sous un feuillage abondant qui nous a dispensées d’ouvrir nos parapluies (Léone avait rempli des thermos de soupe aux gourganes, et c’était de la vraie soupe aux gourganes du Lac Saint-Jean qui avait mijoté toute la nuit dernière), nous nous sommes lancées dans l’aventure.

L’autobus nous a laissées dans ce que j’appellerai, parce que ça décrit la chose assez fidèlement, un grand champ de boue. Contrôle des billets, contrôle de sécurité – un peu fantaisiste, celui-là. Un jeune homme s’égosille à donner des instructions aux arrivants. Finalement nous trouvons nos places, nous nous installons; on demande à tout le monde de fermer les parapluies. Nous sortons nos sacs de poubelle. On nous fait lever pour l’hymne national de l’Italie. Pendant ce temps-là, nos sièges reçoivent l’averse. Nous nous rasseyons enfin. Un jeune garçon passe avec des bouteilles d’eau, de limonade. Pauvre petit. Dix, neuf, huit...

Que dire.

Heureusement qu'y mouillait pas à siaux, ou à bouère deboutte, parce que je me serais étouffée. Jamais je ne saurai exprimer la poésie des artificiers, l’humilité et la grandeur de leur prière à la beauté.

À un certain moment, parmi toutes ces boules de feu, ces fusées, ces fontaines jaillissantes, ces serpents incandescents, ces nuées de lucioles, ces tulipes, ces marguerites et je ne sais quelles autres fleurs, et cela présenté non pas pêle-mêle, comme j’en donne l’impression, mais avec l’art nécessaire pour ajouter à la musique et aux paroles, pour rendre hommage à la noblesse du lieu, il s'est produit comme un silence; on a dirigé des projecteurs sur la chute principale, le Grand Sault. Tout là-haut, des flammes de différentes couleurs se sont élevées, se sont penchées l’une vers l’autre, comme pour se rejoindre. Et au-dessus de l’énorme masse d’eau, une chute de lumière est apparue.

Il a plu, modérément, pendant tout le spectacle d’une demi-heure, que le public a suivi avec recueillement. Il a fallu retraverser le champ de boue. Comme je l’avais prédit, à notre retour à Québec la pluie avait cessé.

Mais quelle soirée.

* http://fr.wikipedia.org/wiki/Chutes_Montmorency

Line Gingras

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samedi 22 juillet 2006

Nécessiter

Le sujet du verbe nécessiter; place de l'antécédent du pronom relatif; grammaire française; syntaxe du français.

  • À peine une quarantaine de personnes, qui n'avaient nulle part où aller, ont nécessité le soutien d'urgence offert par la Croix-Rouge, dont la moitié étaient en transit vers une autre ville du Canada. (Lisa-Marie Gervais.)

Non, ce n'était pas la moitié de la Croix-Rouge qui se trouvait en transit (et encore moins le soutien d'urgence), mais on le dirait à première vue; voilà pourquoi il est toujours souhaitable, afin d'éviter une ambiguïté même passagère, de placer le pronom relatif près de son antécédent.

Selon le Petit Robert et le Hanse-Blampain, le verbe nécessiter doit avoir pour sujet un nom de chose.

Je verrais plusieurs façons de se tirer d'embarras :

À peine une quarantaine de personnes, dont la moitié étaient en transit vers une autre ville du Canada, n'avaient nulle part où aller et ont eu recours au soutien d'urgence offert par la Croix-Rouge ou n'avaient nulle part où aller et ont eu besoin de l'aide d'urgence offerte par la Croix-Rouge.

À peine une quarantaine de personnes, dont la moitié étaient en transit vers une autre ville du Canada, ont eu recours au soutien d'urgence offert par la Croix-Rouge parce qu'elles n'avaient nulle part où aller ou ont eu besoin de l'aide d'urgence offerte...

À peine une quarantaine de personnes, qui n'avaient nulle part où aller, ont eu recours au soutien d'urgence offert par la Croix-Rouge ou ont eu besoin de l'aide d'urgence offerte par la Croix-Rouge; la moitié étaient en transit vers une autre ville du Canada.

Line Gingras

«Entre soulagement et frustration» : http://www.ledevoir.com/2006/07/22/114303.html

Posté par Choubine à 02:38 - Langue et traduction - Commentaires [0] - Permalien [#]