Choux de Siam

Parce que j'aime les choux de Siam, et pas seulement la grammaire (carnet dédié à monsieur Raymond Laganière, autrefois professeur de français à la polyvalente Donnacona)

mercredi 31 mai 2006

Choisir entre une chose ou une autre

Entre une chose ou une autre; entre une chose et/ou une autre; choisir entre une chose et/ou une autre; grammaire française; syntaxe du français.

  • Lors des prochaines élections, les Québécois auront à choisir entre le courage de la saine gouvernance ou les déchirements d'une nouvelle campagne référendaire, a lancé le premier ministre Charest dimanche à Sainte-Marie-de-Beauce. (Michel David.)

La préposition entre «indique un ensemble dont fait partie un être ou une chose que l'on distingue», d'après le Lexis :

Entre deux routes offertes, il eut cette impression vague d'avoir choisi la mauvaise... (Bernanos, dans le Lexis.)

Hésiter, choisir entre plusieurs solutions. (Petit Robert.)

C'est dire qu'ils ont suivi des chefs, qu'ils ont choisi entre deux politiques, qu'ils ont pris parti contre la collaboration... (Mauriac, dans le Trésor de la langue française informatisé.)

Les onze ouvrages que j'ai consultés - aux articles «entre», «choisir» et «choix» - n'abordent pas le problème de la conjonction de coordination; cependant, il me semble que c'est la conjonction et, plutôt que ou, qui convient pour exprimer l'idée que des éléments s'ajoutent l'un à l'autre (ou les uns aux autres) de manière à constituer un ensemble à l'intérieur duquel on choisit. Les exemples recueillis dans le Trésor paraissent confirmer cette opinion :

Hésiter entre la crainte et l'espérance.

... l'âme aurait à faire son choix entre Dieu et le mal. (Green.)

Je proposerais donc de modifier la phrase à l'étude de l'une ou l'autre des façons suivantes :

... les Québécois auront à choisir entre le courage de la saine gouvernance et les déchirements d'une nouvelle campagne référendaire...

... les Québécois auront à choisir soit le courage de la saine gouvernance ou les déchirements d'une nouvelle campagne référendaire...

Line Gingras

«Le courage de gouverner» : http://www.ledevoir.com/2006/05/30/110348.html?338

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mardi 30 mai 2006

Think tank? Non, merci

Think tank; anglicisme; concordance des temps; coordination d'éléments appelant des prépositions différentes; la proposition relative explicative et la virgule; grammaire française; syntaxe du français; ponctuation.

  • M. Kelly-Gagnon adhère, lui, aux préceptes véhiculés par un réseau de think tanks conservateurs (dont fait partie l'Institut économique de Montréal_ que M. Kelly-Gagnon présidait jusqu'à sa récente nomination au CPQ). Ces think tanks se citent mutuellement, souvent au mépris de ce que nous apprend la recherche scientifique... (Michel Venne.)

Think tank est un terme à la mode, mais l'idée me paraîtrait tout aussi bien rendue par un équivalent français : René Meertens propose groupe/cellule/club de réflexion, groupe d'experts, institut; dans Termium, je vois notamment groupe/équipe d'analystes/de spécialistes/d'intellectuels, centre d'études et de recherches; dans le Grand dictionnaire terminologique, je relève encore laboratoire d'idées.

Je signale par ailleurs qu'il faudrait une virgule après l'Institut économique de Montréal : comme il s'agit d'un établissement unique, la proposition relative qui suit est dite «explicative», c'est-à-dire non nécessaire à la compréhension de la phrase. (J'ai déjà traité de cette question ici.)

* * * * *

  • Lorsqu'il prit sa retraite après 28 années à la présidence du Conseil du patronat, en 1997, Ghislain Dufour s'était réjoui de voir les chefs d'entreprise participer plus volontiers aux débats publics.

Le second fait n'est pas antérieur au premier; il faut donc mettre les deux sur le même plan :

Lorsqu'il a pris sa retraite [...], Ghislain Dufour s'est réjoui...

Lorsqu'il avait pris sa retraite [...], Ghislain Dufour s'était réjoui...

Au moment de prendre sa retraite [...], Ghislain Dufour s'était [ou s'est] réjoui...

* * * * *

  • La garde montante de Québec inc. étant elle-même issue et intégrée à la communauté francophone, les patrons comprenaient la société et partageaient ses valeurs.

La garde montante était issue de la communauté francophone. Je proposerais donc :

La garde montante de Québec inc. étant intégrée à la communauté francophone, dont elle-même était issue, les patrons comprenaient...

(Pour des explications détaillées, voir les autres billets traitant de problèmes de coordination.)

* * * * *

  • Le discours idéologique qu'il défend, désormais au nom des patrons, n'est malheureusement pas propice à la concertation. Le lien de confiance avec les autres acteurs de la société sera difficile à rétablir et favorisera une radicalisation des opposants.

De toute évidence, ce n'est pas le lien de confiance qui favorisera une radicalisation des opposants, mais plutôt un certain discours idéologique, ou la difficulté de rétablir un lien de confiance.

* * * * *

  • Les mouvements sociaux savent mobiliser l'opinion publique, et les attentes envers les entreprises sont grandes. Il leur faut désormais adopter des comportements responsables envers l'environnement, les droits de la personne et la qualité des emplois.

Pour éviter la répétition :

... les attentes à l'égard des entreprises...

... des comportements responsables en ce qui concerne l'environnement...

Line Gingras

«Patronat et société» : http://www.ledevoir.com/2006/05/29/110235.html?338

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lundi 29 mai 2006

Ni fleurs ni couronnes - Trouvé!

  • Et on trouve aussi des universitaires versés en gestion qui trouvent au contraire que cette réforme ne s'est pas attaquée à l'essentiel. (Serge Truffaut.)

On trouve des universitaires qui estiment...

  • La loi stipule que le Québec ne peut pas avoir moins de 75 sièges à la Chambre des communes, mais cette même loi n'interdit pas d'accroître le nombre total de sièges. Dans les faits, la «dilution» du Québec à Ottawa s'opère malgré tout, mais cette obligation minimale oblige Élections Canada à augmenter constamment le nombre de circonscriptions... (Hélène Buzzetti.)

Cette exigence minimale oblige...

«Fin de partie» : http://www.ledevoir.com/2006/05/27/110177.html
«Élections à date fixe à Ottawa» : http://www.ledevoir.com/2006/05/27/110206.html

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dimanche 28 mai 2006

Place du complément du verbe

Complément du verbe; ordre des éléments dans la phrase; syntaxe du français; style.

  • Il faut relire à ce sujet l'article très pertinent de Christian Rioux sur ce que pensent maintenant les historiens les plus chevronnés de la France de cette démarche. (Gil Courtemanche.)

Cette phrase n'est pas incorrecte, mais on pourrait l'améliorer.

À la première lecture, on hésite un instant sur l'élément auquel se raccroche le complément de cette démarche : on lit d'abord la France de cette démarche, avant de se rendre compte, très vite il est vrai, que cela ne tient pas.

Pour dissiper cette équivoque momentanée, il suffirait que le complément soit rapproché du verbe auquel il se rattache :

Il faut relire à ce sujet l'article très pertinent de Christian Rioux sur ce que pensent maintenant de cette démarche les historiens les plus chevronnés de la France.

La phrase paraît plus claire, mais aussi mieux équilibrée, puisque l'élément qui la termine, le groupe sujet les historiens les plus chevronnés de la France, est nettement plus long que le syntagme qui vient d'être déplacé. Marcel Cressot dirait sans doute que ces éléments se trouvent ainsi disposés par masses croissantes, ce qui correspond à une tendance caractéristique de la phrase française*.

Line Gingras

* Voir Le style et ses techniques, page 218.

«Le laboratoire scolaire» : http://www.ledevoir.com/2006/05/27/110160.html

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samedi 27 mai 2006

Un idole : bon chic, bon genre?

Idole; un ou une idole; un idole, une idole; genre du nom idole.

C'est toi mon idole (chouchou, chouchou)
C'est toi qui fais battre mon coeur*...

Ne m'en veuillez pas, la tentation était trop forte :

  • On n'a pas tous comme gourous François Gourd, leur pape issu du baby-boom et du Parti rhinocéros, ou Jean Leloup, leur idole multidisciplinaire «retraité_», dont ils attendent impatiemment le prochain CD. (Josée Blanchette.)

Mesdames, de grâce, profitons-en! Idole, comme vedette, est un nom féminin.

Line Gingras

* Chanson de Donald Lautrec : http://www.frmusique.ru/texts/l/lautrec_donald/cesttoimonidole.htm

«C'est la vie! - Comment rater le virage adulte» : http://www.ledevoir.com/2006/05/26/110018.html

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vendredi 26 mai 2006

Déambuler une rue

Déambuler; déambuler une rue; déambuler, verbe transitif ou intransitif; grammaire française; syntaxe du français; vocabulaire.

  • Que de souvenirs qui défilent dans ma tête alors que, sur mon vélo, je déambule cette rue. (Claude Chiasson.)

Déambuler, c'est «marcher sans but précis, selon sa fantaisie» (Petit Robert; c'est moi qui souligne); verbe intransitif, il n'admet pas de complément d'objet direct :

Nous devisions en déambulant au long des trottoirs. (Duhamel, dans le Petit Robert.)

Faut recommencer à déambuler entre les baraques. (Céline, dans le Lexis.)

Nous déambulions toutes les nuits à travers de lointains quartiers. (Carco, dans le Lexis.)

Le Trésor de la langue française informatisé signale qu'il peut s'employer, par extension, avec un sujet désignant une chose qui se déplace :

Le véhicule qui déambulait était une véritable [...] automobile fonctionnant au pétrole. (P. Rousseau.)

Il reste que les êtres humains, eux, ne déambulent qu'à pied.

Line Gingras

«Des bouffeurs d'électrons à rabais» : http://www.ledevoir.com/2006/05/24/109850.html?338

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jeudi 25 mai 2006

Ni fleurs ni couronnes - Lui et elle, elle et lui

Vous vous rappelez cette chanson?

Quel beau temps aujourd'hui c'est dimanche
Dans les bois ils s'en vont tous les deux
Gentiment sur sa joue il se penche
Lui et elle elle et lui sont heureux*

(R. Chabrier, J. Moutet.)

Non, décidément je ne peux pas me résoudre à citer le refrain. D'ailleurs il est sans rapport avec cette banale histoire de pronoms :

  • Pourtant, sans avoir ratifié le protocole, l'Australie obtient de meilleurs résultats en ayant limité à 3% l'augmentation de ses émissions par rapport à l'année de référence 1990 et est en voie d'atteindre les objectifs fixés pour lui dans le protocole. (Hélène Buzzetti.)

Les objectifs qui lui ont été fixés, oui; mais qui ont été fixés pour elle, bien entendu.

Line Gingras

* http://bmarcore.club.fr/Tine/E808.html

«Perspectives - Mission impossible» : http://www.ledevoir.com/2006/05/24/109851.html?338

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mercredi 24 mai 2006

Coordination et changement de préposition

Coordination et prépositions; grammaire française; syntaxe du français.

  • Au final, ce sont rarement les membres du régime visé qui trinquent, mais tout le reste de la population. Cette dernière ne sera pas portée, ou n'aura pas les moyens, de le reprocher à ses dirigeants, mais se ralliera plutôt à eux contre l'agresseur étranger. (Éric Desrosiers.)

La population n'a pas les moyens de blâmer ses dirigeants, mais elle n'est pas portée non plus à leur faire des reproches. Les deux éléments coordonnés - avoir les moyens et être porté - ne se construisent pas de la même manière; il est donc préférable de ne pas leur attribuer un même complément*.

Première solution : placer le complément après l'un des deux éléments, et employer avec l'autre un pronom de rappel :

Cette dernière n'aura pas les moyens de le reprocher à ses dirigeants, ou ne sera pas portée à le faire, mais se ralliera plutôt à eux contre l'agresseur étranger.

J'ai inversé l'ordre des éléments de manière à éloigner le substantif moyens du pronom eux.

Deuxième solution : substituer à l'un des deux éléments un équivalent qui se construit de la même façon que l'élément restant, ou remplacer les deux :

Cette dernière ne voudra pas - ou n'osera pas - le reprocher à ses dirigeants, mais se ralliera plutôt à eux contre l'agresseur étranger.

Line Gingras

* Voir aussi : http://chouxdesiam.canalblog.com/archives/2006/04/02/1389227.html

«Perspectives - Comment faire la guerre sans se faire mal?» : http://www.ledevoir.com/2006/05/23/109750.html?338

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mardi 23 mai 2006

Une personne de mes connaissances

De mes connaissances; de ma connaissance; usage.

  • Cette semaine, un homme de mes connaissances a confié avoir connu «un drame». (Denise Bombardier.)

Le mot connaissance peut désigner une personne que l'on connaît :

Le maire est une de ses connaissances. (Multidictionnaire.)

Un ami, c'est beaucoup dire. Une ancienne connaissance tout au plus. (Duhamel, dans le Lexis.)

Cet homme est une vieille connaissance que j'ai retrouvée avec plaisir. (Hanse et Blampain.)

J'ai relevé par ailleurs la locution adjectivale de connaissance, signifiant «que l'on connaît», «bien connu» :

Se trouver en pays de connaissance.

Une personne, un visage de connaissance. (Petit Robert.)

Il était d'usage, à la sortie de la messe «du château» - la messe chic - de stationner dans la cour d'honneur, et d'y saluer les personnes de connaissance. (Martin du Gard, dans le Trésor de la langue française informatisé.)

Dans le même ordre d'idées, le Petit Robert et le Trésor consignent le tour de (+ adjectif possessif) connaissance :

Ce n'est pas quelqu'un de ma connaissance. (Petit Robert.)

Dix ou douze personnes de ma connaissance ont eu de longues fièvres intermittentes. (Brillat-Savarin, dans le Trésor.)

Je n'ai vu cette expression qu'au singulier.

* * * * *

  • S'éloigner du sens des mots, c'est également se rapprocher de l'insignifiance, c'est devenir insensé. En sursaturant le discours d'épithètes et d'adverbes, on contribue hélas à vider les mots de leur sens, une autre façon de mettre en échec la pensée. Quant on trouve tout «effrayant», où alors se trouve l'effroi?

Elle n'a pas tort, madame Bombardier - quoique effrayant soit admis, dans le Petit Robert, au sens d'«extraordinaire, extrême» (cet emploi est donné comme familier); ajoutons qu'il faut être attentif à ne pas confondre quand et quant.

Line Gingras

«L'outrance verbale» : http://www.ledevoir.com/2006/05/20/109669.html

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lundi 22 mai 2006

Ni fleurs ni couronnes - Disposées de l'obligation?

  • Stockwell Day, en mentant outrageusement à la Chambre des communes sur le diagnostic de la Vérificatrice générale à propos du Registre des armes à feu, a annoncé que toutes ces armes meurtrières seraient disposées dorénavant de l'obligation d'enregistrement. (Gil Courtemanche.)

Dispensées?

«Le pays de Harper» : http://www.ledevoir.com/2006/05/20/109700.html

Posté par Choubine à 00:04 - Ni fleurs ni couronnes - Commentaires [4] - Permalien [#]