Choux de Siam

Parce que j'aime les choux de Siam, et pas seulement la grammaire (carnet dédié à monsieur Raymond Laganière, autrefois professeur de français à la polyvalente Donnacona)

vendredi 19 mai 2006

Légitimer l'Iran à vouloir...

Légitimer quelqu'un à + infinitif; légitimer quelqu'un à faire quelque chose; une proposition à + infinitif; grammaire française; syntaxe du français.

  • La principale menace terroriste m'apparaît plutôt venir de la politique de frappe préventive - même nucléaire - adoptée par Washington en 2004, qui menace la stabilité internationale et qui légitime l'Iran à vouloir se protéger en enrichissant de l'uranium en vue d'acquérir l'arme nucléaire. (Denys Duchêne.)

Même si les exemples que l'on trouve dans les dictionnaires évoquent une société qui semble à des années-lumière de la nôtre, le verbe légitimer peut se construire avec un complément d'objet direct désignant une personne :

Légitimer un souverain.
Légitimer un enfant naturel.

Le complément direct peut aussi désigner une chose :

Légitimer un geste, une cause. (Multidictionnaire.)

... les inventeurs accourent faire légitimer leurs découvertes. (Balzac, dans le Trésor de la langue française informatisé.)

En rendant des services, dont le plus apprécié était la défense de la sécurité publique, le seigneur féodal légitima son usurpation. (Bainville, dans le Trésor.)

Je me tuais en explications pour légitimer ma conduite. (Gide, dans le Petit Robert et le Lexis.)

Mais qu'en est-il de la construction qui nous intéresse, légitimer quelqu'un (l'Iran étant une personne morale) à + infinitif?

Les ouvrages de difficultés (j'en ai consulté sept) n'en font pas mention, mais je ne la trouve pas non plus dans les dictionnaires généraux. Je pense donc que le verbe légitimer n'admet pas d'objet second; il conviendrait à mon avis de le remplacer, ici, par inciter, motiver, pousser ou, mieux sans doute, justifier - ce dernier peut se construire avec à comme avec de, selon le Trésor, au sens de «donner à quelqu'un le droit de, des raisons de» :

C'est là le fond de la joie d'amour, lorsqu'elle existe : nous sentir justifiés d'exister. (Sartre, dans le Trésor.)

C'est ce respect et ce maintien de la légitimité républicaine qui nous ont justifiés et nous justifient à exercer le pouvoir pour conduire le pays dans la guerre. (De Gaulle, dans le Trésor.)

* * * * *

  • La réponse se trouve probablement ailleurs, dans une proposition concrète de l'ONU à inviter des troupes de pays musulmans, tels la Jordanie ou le Maroc, à prendre la relève avec double mandat offensif et défensif.

Chacun sait cela, que le complément du nom proposition doit se construire avec la préposition de, et non à; on peut comprendre, toutefois, que le journaliste ait voulu éviter un deuxième complément introduit par de. Comment résoudre la difficulté? J'emploierais un participe présent :

La réponse se trouve probablement ailleurs, dans une proposition concrète de l'ONU invitant des troupes de pays musulmans...

Line Gingras

«Libre opinion : Des raccourcis sur la présence militaire canadienne en Afghanistan» : http://www.ledevoir.com/2006/05/18/109460.html

Posté par Choubine à 03:45 - Langue et traduction - Commentaires [0] - Permalien [#]

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