Choux de Siam

Parce que j'aime les choux de Siam, et pas seulement la grammaire (carnet dédié à monsieur Raymond Laganière, autrefois professeur de français à la polyvalente Donnacona)

mardi 21 mars 2006

Ni fleurs ni couronnes - Les attributs, ça s'accorde

Attribut du sujet; accord de l'attribut; orthographe d'accord; grammaire française; syntaxe du français.

  • Ils m'expliquent que, peut-être, on ne s'est jamais préoccupé de l'intégration des immigrants et que les enfants des premiers immigrants se retrouvent dans une sorte de vide. Mal à l'aise dans le pays d'accueil et incapable_ de s'imaginer vivre dans leur pays d'origine. (Gil Courtemanche.)

Pour mettre en relief le malaise des enfants d'immigrants, on a créé une nouvelle phrase. J'aime l'effet de style; il me semblerait encore plus réussi, toutefois, si la grammaire était respectée. C'est que cette deuxième phrase reste dépendante de la première; la présence d'un point ne saurait empêcher que l'adjectif incapables soit attribut du sujet les enfants.

Je lis dans le même article, un peu plus loin :

  • Seraient-ils devenus eux-mêmes sans le savoir antimusulman_?

Bien entendu, antimusulmans est attribut du pronom sujet ils, auquel il se rattache par l'intermédiaire du verbe devenir.

Il me vient un affreux soupçon : se pourrait-il que M. Courtemanche se fie à un correcteur orthographique, et que celui-ci ne décèle rien d'étrange dans un savoir antimusulman ni dans un vide incapable?

Line Gingras

«L'Europe se ferme» : http://www.ledevoir.com/2006/03/18/104695.html

Posté par Choubine à 03:06 - Ni fleurs ni couronnes - Commentaires [0] - Permalien [#]

lundi 20 mars 2006

Dans l'espoir que

Espoir - indicatif ou subjonctif; avoir l'espoir que; dans l'espoir que + subjonctif; dans l'espoir que + indicatif; dans l'espoir que - choix du mode; grammaire française; syntaxe du français.

  • La communauté sikhe attend avec impatience le jugement de la Cour suprême dans l'espoir qu'il clarifie la situation dans tout le pays. (Brian Myles.)

On trouve parfois le subjonctif avec les expressions avoir l'espoir que, dans l'espoir que; Grevisse relève quelques exemples du genre, où ces constructions sont fortement teintées d'angoisse ou d'incertitude :

Tout rentre précipitamment au fond de la coquille, dans l'espoir qu'elle paraisse vide à l'ennemi. (Ikor.)

Avait-elle [...] l'espoir qu'on ignorât qu'elle était la fille de Swann? (Proust.)

Si j'écris ces lignes, c'est avec quelque espoir qu'elles puissent un jour tomber sous ses yeux. (Gide.)

Selon Hanse et Blampain, «[le] subjonctif ne se justifie, sans d'ailleurs s'imposer, que si l'espoir est explicitement réduit» :

Aussi avais-je le vague espoir que Christian ne m'ait pas tout à fait tenu parole. (Aragon.)

Il y a peu d'espoir qu'il vienne. (Petit Robert.)

Normalement, comme l'espoir désigne le fait d'attendre quelque chose avec confiance, ces expressions appellent l'indicatif :

J'ai le ferme espoir qu'il réussira. (Petit Robert.)

J'ai bon espoir qu'il acceptera. (Multidictionnaire.)

Dans l'espoir qu'il s'en souviendra. (Hanse-Blampain.)

... je vous aime dans l'espoir que vous m'aimerez un jour. (France, cité dans le Trésor de la langue française informatisé.)

Dans la phrase qui nous occupe, il aurait donc été préférable d'employer l'indicatif :

La communauté sikhe attend avec impatience le jugement de la Cour suprême dans l'espoir qu'il clarifiera la situation dans tout le pays.

Line Gingras

«Arme ou symbole?» : http://www.ledevoir.com/cgi-bin/ledevoirredir.cgi?http://www.ledevoir.com/2006/03/02/103334.html

Posté par Choubine à 04:02 - Langue et traduction - Commentaires [0] - Permalien [#]

dimanche 19 mars 2006

Avoir très + participe passé

Très; adverbe très; avoir très + participe passé; emploi de très devant un participe passé; emploi de très pour modifier un verbe à la voix active; emploi de très pour modifier un verbe à un temps composé; très et beaucoup; grammaire française; syntaxe du français.

  • ... le décès de sa mère, alors qu'il avait 20 ans, l'a très marqué... (Paul Cauchon.)

On peut très bien joindre l'adverbe très à un participe passé ayant une valeur passive ou employé à la manière d'un adjectif :

Ce banquet a été très apprécié. (Multidictionnaire.)

Il est très aimé par ses parents, très surpris. (Hanse-Blampain.)

Gênes était toujours très menacé par les Piémontais. (Voltaire, cité dans le Petit Robert.)

Le grand-duc Michel [...] est très aimé dans le monde et très haï des soldats. (Hugo, cité dans le Petit Robert.)

Cependant, ainsi que le font observer le Multidictionnaire et le Hanse-Blampain, très ne peut pas modifier un verbe à la voix active. On utilise plutôt, dans ce cas, les adverbes fort ou beaucoup :

Nous avons beaucoup aimé ce film. (Multidictionnaire.)
J'ai beaucoup réfléchi. (Hanse-Blampain.)
Je l'ai fort apprécié. (Hanse-Blampain.)

Grevisse (Bon usage, douzième édition, paragraphe 954 a) relève quelques exemples où très se trouve devant un participe passé employé avec l'auxiliaire avoir; il juge toutefois cette construction non recommandable :

Ses obsèques m'ont très ému. (Gaxotte.)

Dans la phrase qui nous intéresse, il aurait mieux valu écrire, par conséquent :

... le décès de sa mère, alors qu'il avait 20 ans, l'a beaucoup marqué...

Ce qui pourrait donner, à la voix passive :

À vingt ans, il a été très marqué par le décès de sa mère.

Line Gingras

«À voir à la télévision le mardi 21 mars - Tout le monde le regarde» : http://www.ledevoir.com/2006/03/18/104640.html

Posté par Choubine à 09:30 - Langue et traduction - Commentaires [0] - Permalien [#]

samedi 18 mars 2006

Obsédé d'être...

Obsédé de + infinitif; complément du participe passé obsédé; grammaire française; syntaxe du français.

  • Cet autre Québec plus silencieux, méfiant des métropoles, moins conservateur que dépositaire d'un héritage collectif, aussi tolérant mais nullement obsédé d'être toujours à l'avant-garde d'un progrès qui n'est souvent qu'un effet de mode... (Denise Bombardier.)

Obsédé, employé comme nom, peut être suivi d'un substantif complément introduit par de :

C'est un obsédé de la montagne. (Lexis.)

Cette construction se rencontre quelquefois avec le participe passé :

Il est obsédé de soucis. (Hanse et Blampain.)

En général, cependant, le participe passé introduit son complément au moyen de la préposition par :

Il est obsédé par une idée fixe, par les solliciteurs. (Hanse et Blampain.)

Dès son enfance il [Byron] est obsédé par son pied bot, que ses parents lui reprochent constamment. (Mounier, cité dans le Trésor de la langue française informatisé.)

Il était si obsédé par le froid qu'il parlait de voler les lampions de l'église. (Blais, citée dans le Lexis.)

Aucun des ouvrages consultés ne propose d'exemple où obsédé aurait pour complément un infinitif introduit par de; on intercale plutôt, entre le participe passé et l'infinitif, un complément d'agent exprimant l'idée ou le sentiment qui obsède, lui-même complété par l'infinitif :

Obsédé par la peur d'échouer. (Petit Robert.)

Obsédé par le désir d'avoir la plus haute note. (Multidictionnaire.)

Obsédé par la préoccupation de défendre un système politique. (Barrès, cité dans le Petit Robert.)

Il serait possible de recourir à ce procédé dans la phrase qui nous occupe :

Cet autre Québec plus silencieux [...] aussi tolérant mais nullement obsédé par le désir d'être toujours à l'avant-garde...

Cet autre Québec plus silencieux [...] aussi tolérant mais nullement obsédé par la préoccupation d'être toujours à l'avant-garde...

Je serais tentée, cependant, de choisir un adjectif pouvant être suivi d'un infinitif introduit par de :

Cet autre Québec plus silencieux [...] aussi tolérant mais nullement soucieux d'être toujours à l'avant-garde...

Sans doute y a-t-il une légère différence de sens.

Line Gingras

«Deux Québec» : http://www.ledevoir.com/2006/01/28/100752.html?338

Posté par Choubine à 02:25 - Langue et traduction - Commentaires [0] - Permalien [#]

vendredi 17 mars 2006

Il vaudrait mieux de + infinitif

Il vaut mieux de + infinitif; il vaudrait mieux de + infinitif; valoir mieux de + infinitif; mieux valoir de + infinitif; valoir mieux; mieux valoir; grammaire française; syntaxe du français.

  • Peut-être vaudrait-il toutefois mieux de le dire clairement et d'adopter une résolution unanime de l'Assemblée nationale, comme le suggèrent certains constitutionnalistes. (Bernard Descôteaux.)

Le tour impersonnel il vaut mieux (ou mieux vaut), qui signifie «il est préférable», «est suivi de l'infinitif ou de la conjonction que et du subjonctif» (Multidictionnaire) :

Il vaudrait mieux __ tout reprendre de zéro. (Multidictionnaire.)
Il vaut mieux que tu viennes le rencontrer. (Multidictionnaire.)

Hanse et Blampain précisent que «l'infinitif se construit directement»; c'est ce que montrent en effet tous les exemples recueillis :

Il vaut mieux __ mourir que de traîner [...] une vieillesse insipide. (Voltaire, cité dans le Petit Robert.)

Il vaut mieux __ prendre le temps de tout organiser que de prendre le risque d'échouer. (Girodet.)

Mieux vaut __ garder le silence que de se compromettre par des paroles imprudentes. (Girodet.)

Mieux vaut __ ne pas en parler. (Malraux, cité dans le Trésor de la langue française informatisé.)

Quand on veut gagner, il vaut mieux __ se mettre à dix contre un, c'est plus sûr. (Sartre, cité dans le Trésor.)

Selon l'expression populaire, mieux valait __ tenir que courir. (Joffre, cité dans le Trésor.)

La phrase à l'étude aurait dû par conséquent se lire comme suit :

Peut-être vaudrait-il toutefois mieux __ le dire clairement et __ adopter une résolution unanime de l'Assemblée nationale, comme le suggèrent certains constitutionnalistes.

Line Gingras

«50 ou 55%» : http://www.ledevoir.com/2006/03/17/104613.html?361

Posté par Choubine à 02:40 - Langue et traduction - Commentaires [4] - Permalien [#]

jeudi 16 mars 2006

C'était beaucoup demandé

Demandé ou demander; c'est beaucoup demandé; c'était beaucoup demandé; c'est beaucoup demander; c'était beaucoup demander; infinitif ou participe passé; grammaire française; syntaxe du français.

  • André Boisclair a déploré que le premier ministre n'ait pas profité de l'occasion pour annoncer que le gouvernement renonçait à la vente du mont Orford. C'était beaucoup demandé. (Michel David.)

Il fallait plutôt C'était beaucoup demander, tout comme on écrirait C'était beaucoup dire, C'était beaucoup attendre, C'était beaucoup lui demander.

Line Gingras

«Perspectives - La page blanche» : http://www.ledevoir.com/2006/03/15/104409.html

Posté par Choubine à 01:59 - Langue et traduction - Commentaires [3] - Permalien [#]

mercredi 15 mars 2006

La diplomatie russe, pays...

Apposition; référent; grammaire française; syntaxe du français.

  • Une chose est sûre, le propos du chef de la diplomatie russe, pays qui n'a jamais caché son empathie pour le sinistre Milosevic, a occulté l'essentiel : le procès de l'ex-dirigeant serbe n'en finissait pas de finir. (Serge Truffaut.)

Non, la diplomatie russe n'est pas un pays; on ne peut donc présenter ces deux éléments comme s'ils se trouvaient sur le même plan - comme s'ils désignaient la même réalité, le même référent -, comme s'il y avait une apposition.

Line Gingras

«Procès sans fin» : http://www.ledevoir.com/2006/03/14/104258.html

Posté par Choubine à 00:06 - Langue et traduction - Commentaires [0] - Permalien [#]

mardi 14 mars 2006

Autant ou autant que?

Autant; autant que; relation d'égalité; comparaison; grammaire française; syntaxe du français; construction de la phrase; structure de la phrase.

  • Mais tout ce travail de conscientisation, réalisé autant auprès des professionnels de l'industrie,    des spécialistes de l'éducation et des parents, ne servira qu'à peu de choses si on ne prend pas le temps d'aborder le problème de front avec les intéressés eux-mêmes, les jeunes. (Bruno Guglielminetti.)

Une lecture un peu attentive le fait bien sentir, que la première moitié de cette phrase se termine en déséquilibre, comme perchée sur une patte : c'est qu'on a voulu marquer «une relation d'égalité entre deux termes de comparaison», comme l'explique le Petit Robert, mais qu'on a oublié de compléter autant par le deuxième élément de l'expression, la conjonction que.

De fait, il me semble qu'on a le choix ici entre trois tournures; les deux premières conservent l'idée d'insistance, mais ne répartissent pas de la même manière les catégories de personnes qui constituent les termes de la comparaison :

Mais tout ce travail de conscientisation, réalisé autant auprès des professionnels de l'industrie et des spécialistes de l'éducation que des parents...

Mais tout ce travail de conscientisation, réalisé autant auprès des professionnels de l'industrie que des spécialistes de l'éducation et des parents...

La troisième abandonne toute idée de comparaison ou d'insistance, et ne présente plus qu'une énumération :

Mais tout ce travail de conscientisation, réalisé        auprès des professionnels de l'industriedes spécialistes de l'éducation et des parents...

Les trois constructions se valent, mais l'éclairage est différent.

Line Gingras

«Technologie : L'outrage numérisé» : http://www.ledevoir.com/2006/03/13/104185.html

Posté par Choubine à 02:15 - Langue et traduction - Commentaires [1] - Permalien [#]

lundi 13 mars 2006

Les Canadiens appuyeront la mission des soldats?

Appuyer; verbe appuyer; conjugaison du verbe appuyer; orthographe; grammaire française.

  • M. Harper a dit aux soldats de ne pas se préoccuper des sondages d'opinion, parce que les Canadiens appuyeront leur mission une fois qu'ils seront mieux informés de ses objectifs... (Alexander Panetta, Presse Canadienne.)

Ainsi que le fait observer Marie-Éva de Villers à l'article «appuyer», «le y se change en i devant un e muet» (c'est confirmé par le tableau de conjugaison <8 a> du Petit Robert) :

... les Canadiens appuieront leur mission...

C'est à voir.

Line Gingras

«Visite surprise de Stephen Harper en Afghanistan» : http://www.cyberpresse.ca/article/20060312/CPMONDE/60312046/5032/CPACTUALITES

Posté par Choubine à 05:28 - Langue et traduction - Commentaires [3] - Permalien [#]

dimanche 12 mars 2006

Sept heures sur le campo...

Ce texte se trouve maintenant à l'adresse suivante : http://chouxdesiam.hautetfort.com/archive/2006/03/12/sept-heures-sur-le-campo.html

Line Gingras
15 octobre 2006

Posté par Choubine à 01:34 - Venise - Commentaires [1] - Permalien [#]