Choux de Siam

Parce que j'aime les choux de Siam, et pas seulement la grammaire (carnet dédié à monsieur Raymond Laganière, autrefois professeur de français à la polyvalente Donnacona)

vendredi 31 mars 2006

Mise sur pieds d'un fonds jeunesse...

Mettre sur pieds; mise sur pieds; mettre sur pied; mise sur pied; sur pieds; sur pied; orthographe d'usage.

  • Cependant, la FEUQ [Fédération étudiante universitaire du Québec] déplore que cette stratégie n'officialise pas la mise sur pieds d'un fonds jeunesse capitalisé de 240 millions. (Antoine Robitaille.)

J'en ai mis sur pied, comme traductrice, des entreprises, des programmes, des comités de toute sorte. Mais une longue habitude ne dispense pas de vérifier si l'on a raison; et ne serait-il pas admissible d'écrire mettre sur pieds aussi bien que mettre sur pied?

Les dictionnaires que j'ai sous la main, consultés à l'article «pied», ne donnent que le singulier. Le Girodet, le Multidictionnaire et le Hanse-Blampain attirent d'ailleurs l'attention sur cette particularité orthographique. Il fallait donc écrire :

... cette stratégie n'officialise pas la mise sur pied d'un fonds jeunesse...

Line Gingras

«Québec n'interdira pas la malbouffe» : http://www.ledevoir.com/2006/03/30/105607.html

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jeudi 30 mars 2006

Onze mille copies...

Copie ou exemplaire; anglicisme; usage; participe passé ou infinitif après l'auxiliaire avoir; grammaire française; syntaxe du français.

  • Onze mille copies [de ce guide pédagogique] sont mises en vente. (Kathleen Lévesque.)

Vérification faite dans les quatre ouvrages québécois que j'ai sous la main - le Multidictionnaire, le Colpron, le Dagenais et le Chouinard -, je ne rêvais pas : il faut se garder d'utiliser copie au lieu d'exemplaire, en parlant d'une publication (journal, revue, livre). Les trois premiers ouvrages donnent cet emploi pour un anglicisme.

* * * * *

Quelques paragraphes plus loin :

  • Après avoir donner quelques informations sur les dépenses du gouvernement fédéral en matière de défense...

L'auxiliaire avoir sert à former les temps composés; il n'est donc jamais suivi d'un infinitif :

Après avoir donné...

Line Gingras

«Souveraineté 101» : http://www.ledevoir.com/2006/03/29/105523.html

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mercredi 29 mars 2006

Qui avait démissionné qui?

Démissionner quelqu'un; démissionner, verbe transitif ou intransitif; accord du participe passé employé avec l'auxiliaire avoir; la proposition relative explicative et la virgule; grammaire française; syntaxe du français.

  • La formation de l'ex-première ministre Ioula Timochenko s'est hissée au deuxième rang devant Notre Ukraine du président Iouchtchenko, grand perdant de ce scrutin. Conséquemment, ce dernier est condamné à négocier la confection d'une alliance avec Iouchtchenko  qu'il avait «démissionné» quelques semaines après avoir été propulsé à la présidence. (Serge Truffaut.)

Ah! la vie politique des républiques de l'ancienne URSS, que voilà un sujet compliqué; et comment se retrouver dans ses méandres lorsque l'éditorialiste s'y perd? S'il n'y avait pas tous ces noms finissant de la même façon, aussi...

Non, le président Iouchtchenko n'est pas contraint de négocier avec lui-même, mais plutôt, j'imagine, avec l'ex-première ministre, Ioula Timochenko. C'est elle qu'il a démissionnée, déjà. Cet emploi transitif d'un verbe qui d'ordinaire n'admet pas de complément d'objet direct est reçu, comme ironique, dans le Petit Robert; les guillemets ne sont donc pas indispensables. Ce qui est nécessaire, par contre, c'est la marque du féminin - le participe passé employé avec avoir s'accorde avec le complément d'objet direct, si celui-ci précède le verbe - et la virgule devant le pronom relatif que (élidé en qu') introduisant une proposition relative explicative : en principe, lorsqu'on a donné le nom de la personne avec qui on négocie une alliance, cette personne est clairement identifiée, et toute précision supplémentaire est un élément accessoire, une explication.

Encore faut-il que le nom soit exact.

Line Gingras

«Le paradoxe ukrainien» : http://www.ledevoir.com/2006/03/28/105392.html

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mardi 28 mars 2006

Toutes les boutiques et commerces...

Tout, accord; accord de l'adjectif indéfini tout; orthographe d'accord; grammaire française; syntaxe du français.

  • Le joueur apprendra au même rythme que le personnage et, une fois toutes les boutiques et commerces d'arrière-boutique sous son contrôle, le jeune homme passera aux tâches plus sérieuses de la famille. (Bruno Guglielminetti.)

Tout, adjectif indéfini, s'accorde en genre et en nombre avec le ou les noms auxquels il se rapporte. Dans le cas présent, il s'agit de deux noms coordonnés, l'un féminin, l'autre masculin; en principe, il doit donc se mettre au masculin pluriel.

On hésite cependant à faire cet accord : le nom qui suit immédiatement est féminin et l'ordre des éléments ne saurait être inversé, pour des raisons de logique et de rythme (on préfère d'habitude, en français, placer en dernier l'élément le plus long).

Des solutions? On peut mettre l'adjectif indéfini, accompagné de l'article, devant chacun des noms coordonnés :

... une fois toutes les boutiques et tous les commerces d'arrière-boutique sous son contrôle...

On peut aussi remplacer l'adjectif indéfini par un nom collectif :

... une fois la totalité des boutiques et des commerces d'arrière-boutique sous son contrôle...

Line Gingras

«Technologie : Dans les méandres de la mafia» : http://www.ledevoir.com/2006/03/27/105309.html?338

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lundi 27 mars 2006

Êtes-vous théorique?

Théorique s'appliquant à une personne; usage; langue française.

  • Le juge a été beaucoup trop théorique et n'a pas tenu compte de la réalité. (Arthur Kroeger, cité par Alec Castonguay.)

D'après les exemples que j'ai trouvés dans les dictionnaires, théorique se dit habituellement d'une chose :

Les fondements théoriques de cette recherche. (Multidictionnaire.)

Les lois théoriques ne valent que par leur usage pratique. (Taine, dans le Lexis.)

Rendement théorique d'une machine. (Petit Robert.)

Une décision toute théorique (= irréalisable, sans rapport avec la réalité). (Petit Robert.)

Une égalité théorique recouvre des inégalités de fait. (Camus, dans le Petit Robert.)

Ces bouquins à l'usage des jeunes filles chrétiennes, ces bouquins théoriques dans lesquels il n'y a rien, rien, qui, de près ou de loin, corresponde aux réalités qu'elles devront vivre. (Martin du Gard, dans le Trésor de la langue française informatisé.)

Tout cela, du reste, assez théorique et livresque, car cette génération [...] se fabriquait volontiers des abstractions. (Arnoux, dans le Trésor.)

J'ai relevé un exemple avec un nom désignant une personne; théorique y est employé au sens de «qui relève d'une hypothèse, qui est du domaine de la spéculation, sans rapport avec la réalité» (Trésor) :

... ceux pour qui la guerre avait été le combat contre un adversaire théorique, qu'ils n'avaient jamais vu. (Giraudoux.)

Or, tous les Canadiens le savent, le juge Gomery est bien réel. On l'a même beaucoup vu. N'empêche que dans son second rapport, de l'avis de certains :

[Il] s'est perdu dans les abstractions et n'a pas tenu compte de la réalité.

Line Gingras

«Gomery sera en partie ignoré» : http://www.ledevoir.com/2006/03/25/105282.html

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dimanche 26 mars 2006

Être pris en otage

En otage; comme otage; pour otage; être pris en otage; orthographe d'accord; grammaire française.

  • Les enlèvements sont monnaie courante en Irak et les Canadiens qui s'y rendent [...] ne peuvent pas ignorer qu'ils courent le risque d'être pris en otage... (Bernard Descôteaux.)

D'après les exemples que j'ai recueillis, otage (nom masculin, même lorsqu'il désigne une femme) varie toujours dans les expressions comme otage, pour otage :

Prisonniers retenus comme otages. (Petit Robert.)

Les pirates de l'air ont pris les passagers comme otages. (Lexis.)

On m'avait menacé, à cause de mon nom, d'arrêter mes parents comme otages... (Villiers de l'Isle-Adam, dans le Trésor de la langue française informatisé.)

Prendre des femmes pour (ou comme) otages. (Hanse et Blampain.)

Les notables sont tenus pour otages. (Barrès, dans le Trésor.)

Hanse et Blampain notent cependant, sans expliquer pourquoi, que l'expression en otage «reste invariable dans» :

Les ennemis se firent donner des villes en otage. (Académie.)

Cet exemple est également consigné dans le Trésor, qui relève aussi une phrase de Bainville (1924) :

François Ier accepta le traité de Madrid, donnant ses deux fils en otage à son ennemi.

On trouve pourtant le pluriel, dans le Petit Robert :

Journalistes gardés en otages au Proche-Orient.

Peut-être, dans les exemples de l'Académie et de Bainville, en otage est-il invariable parce que les villes et les personnes dont il s'agit respectivement sont données en garantie?

Quoi qu'il en soit, j'écrirais que les Canadiens courent le risque d'être pris en otages.

Line Gingras

«Bonnes nouvelles» : http://www.ledevoir.com/2006/03/25/105267.html

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samedi 25 mars 2006

Voir être + participe passé

Voir suivi du participe passé; voir suivi de l'infinitif; voir suivi de l'infinitif ou du participe passé; voir être + participe passé.

  • Par ailleurs, Télé-Québec a vu son budget être augmenté de deux millions, tandis que la production de DVD musicaux et d'humour a été intégré au programme actuel de crédits d'impôt pour la production d'enregistrements sonores... (Louise-Maude Rioux Soucy.)

Augmenter peut s'employer comme verbe transitif (on augmente le budget; le budget est augmenté) ou comme verbe intransitif (le budget augmente). En théorie, la journaliste pouvait donc structurer la première partie de sa phrase de plusieurs façons; elle aurait pu écrire, par exemple :

... on a augmenté le budget de Télé-Québec de deux millions...
... le budget de Télé-Québec a été augmenté de deux millions...
... le budget de Télé-Québec a augmenté de deux millions...

Il était également possible, et c'est ce qu'elle a préféré, de faire de Télé-Québec le sujet de la proposition, en utilisant le verbe voir suivi de budget en fonction de complément d'objet direct; mais il fallait ensuite soit un infinitif actif ayant comme sujet implicite le complément d'objet direct (Télé-Québec a vu son budget augmenter...), soit un participe passé jouant le rôle d'attribut du complément d'objet direct (Télé-Québec a vu son budget augmenté...). Je n'emploierais pas l'auxiliaire être, superflu, dans ce genre de construction.

Les deux tours sont également admissibles et ne présentent qu'une légère nuance de sens : l'infinitif met l'accent sur le processus, le participe passé sur le résultat.

* * * * *

  • ... tandis que la production de DVD musicaux et d'humour a été intégré au programme actuel...

Bien entendu, ce n'est pas l'humour qui a été intégré, mais la production.

Line Gingras

«Culture - Québec prend le virage du patrimoine» : http://www.ledevoir.com/2006/03/24/105181.html

Posté par Choubine à 00:49 - Langue et traduction - Commentaires [0] - Permalien [#]

vendredi 24 mars 2006

Ni fleurs ni couronnes - Monsieur Personne

  • À Victoria, si une personne désire obtenir une lentille rigide, elle devra attendre plusieurs mois, alors que le patient prêt à payer 2000 $ pour une lentille souple passera avant lui. (Norman Spector.)

C'est le pronom elle, pas lui, qu'il faut employer pour représenter le nom personne, désignant un homme ou une femme. Hanse et Blampain précisent que l'usage classique permettait de faire le contraire.

Line Gingras

«L'érosion du système de santé public» : http://www.ledevoir.com/2006/03/23/105001.html

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jeudi 23 mars 2006

Le petit train*

Le petit train
Est parti à l’aventure
Petit train va loin
Soin-soin

Ses bagages sur le dos
Il souffle et pouffe
Ce qu’il faut
Pour arriver
Oh oh

Nul ne sait où

Choubine

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mercredi 22 mars 2006

Ni fleurs ni couronnes - Source de ressources

  • Ce dernier prédit que l'opposition grandira rapidement dans cette communauté autochtone pour qui la rivière est irremplaçable comme source de vie et de ressources de toutes sortes. (Louis-Gilles Francoeur.)

Fallait-il apprendre au lecteur que la rivière est une source de vie? On aurait évité une répétition, en tout cas, en la disant simplement irremplaçable comme réservoir de ressources de toutes sortes.

«Dérivation de la rivière Rupert» : http://www.ledevoir.com/2006/03/21/104871.html

Posté par Choubine à 03:37 - Ni fleurs ni couronnes - Commentaires [0] - Permalien [#]