Choux de Siam

Parce que j'aime les choux de Siam, et pas seulement la grammaire (carnet dédié à monsieur Raymond Laganière, autrefois professeur de français à la polyvalente Donnacona)

09-12-2005

Un jardin

Ce texte se trouve maintenant à l'adresse suivante : http://chouxdesiam.hautetfort.com/archive/2005/12/09/un-jardin.html

Line Gingras
30 septembre 2006

Posté par Choubine à 23:43:00 - Venise - Commentaires [6] - Permalien [#]

07-12-2005

Survivre une réalité

Survivre quelque chose; survivre à quelque chose; survivre quelqu'un; survivre à quelqu'un; verbe transitif direct; verbe transitif indirect; calque de construction.

  • [...] un test pour déterminer si l'intelligence fondée sur des principes peut survivre la réalité lilliputienne de la politique canadienne [...] (Robert Sibley, cité par Manon Cornellier.)

Dans la langue classique, survivre pouvait être transitif direct :

Le roi ne survécut guère le prince son fils. (Madame de La Fayette.)
Et j'aurai trop longtemps survécu son amour. (Rotrou.)

Aujourd'hui, cependant, cette construction n'est plus admise. Le verbe peut être intransitif, c'est-à-dire s'employer sans complément d'objet :

Le blessé a survécu quelques heures. ("Quelques heures" est complément circonstanciel de temps.)

Il peut aussi être transitif indirect, autrement dit se construire avec un complément d'objet indirect, introduit par la préposition à :

C'est une tristesse que de survivre à ceux que l'on a aimés. (Lexis.)
Le hasard m'avait ici relié à ceux qui devaient survivre à la guerre et à la révolution. (Giraudoux.)
Survivre à la honte, à l'humiliation. (Petit Robert.)
Il y a de grands hommes qui survivent à leur génie. (R. Rolland.)
[...] le christianisme survivait, plus fort que jamais, à l'entreprise philosophique. (Madelin.)
Ils se sont survécu dans leur oeuvre. (Petit Robert.)

J'ai l'impression que cette construction indirecte est solidement implantée, et que madame Cornellier l'aurait sans doute utilisée si elle ne s'était pas laissé influencer par le texte qu'elle traduisait; son confrère anglophone avait écrit, en effet :

  • [...] a test of whether principled intelligence can survive the Lilliputian reality of Canadian politics [...] (Robert Sibley.)

Le verbe anglais to survive est transitif direct; mais ce n'est plus le cas de son équivalent français.

Line Gingras

"Revue de presse - Un peu de tout" : http://www.ledevoir.com/2005/12/06/97034.html
"Can this man save politics?" : http://www.canada.com/ottawacitizen/news/citizensweekly/story.html?id=baeac30d-5b08-4c4e-84d5-bcc1d4068263

Posté par Choubine à 23:25:00 - Langue et traduction - Commentaires [2] - Permalien [#]

05-12-2005

Se précipiter à + infinitif

Se précipiter à + infinitif; se précipiter pour + infinitif; se précipiter de + infinitif; choix de la préposition après se précipiter; construction du verbe se précipiter.

  • [...] les 12 années au cours desquelles les libéraux auraient pu faire ce qu'ils se précipitent à annoncer à la veille de leur chute. (Manon Cornellier.)

Les grammaires et les ouvrages de difficultés ne contiennent pas grand-chose sur la construction du verbe se précipiter. Je trouve dans les dictionnaires quelques exemples avec la préposition à, mais devant un nom :

Se précipiter au cou de quelqu'un. (Petit Robert.)

Elle s'est précipitée à son rendez-vous : enfin, elle pouvait retrouver son copain. (Multidictionnaire.)

Autrefois, se précipiter pouvait être suivi de la préposition de introduisant l'infinitif :

Vous vous êtes précipitée [...] d'aller à Grignan sans votre mari. (Madame de Sévigné.)

Aujourd'hui, il s'emploie plutôt avec la préposition pour :

[...] il s'était précipité pour chercher du secours. (Cocteau.)

Line Gingras

"Revue de presse - La fébrilité des uns, l'angoisse des autres" : http://www.ledevoir.com/2005/11/26/96236.html
On trouve de tout à Venise - et mon amie Marlene y sera demain... : http://news.bbc.co.uk/2/hi/in_pictures/4492206.stm

Posté par Choubine à 23:59:00 - Langue et traduction - Commentaires [0] - Permalien [#]

03-12-2005

En tout respect

En tout respect; sauf votre respect; sauf le respect que je vous dois; avec le respect que je vous dois; with respect; with due respect; with all due respect; with the greatest respect; pardonnez-moi l'expression; sans vouloir vous contredire; sans vouloir vous offenser; rupture de construction; sujet de l'infinitif; agent de l'infinitif; élément incident; syntagme prépositionnel.

  • En tout respect pour l'ancien premier ministre, son forfait de 1995 n'a pas dû peser bien lourd dans la balance. (Michel David.) [Il s'agit de Pierre Marc Johnson, ancien chef du Parti Québécois, et de sa neutralité lors du référendum de 1995.]

Je n'ai pas trouvé l'expression en tout respect dans la quinzaine de dictionnaires et d'ouvrages de difficultés que j'ai consultés*. Elle semble cependant d'un emploi courant chez les parlementaires canadiens, d'après ce qu'on peut lire dans les comptes rendus des débats de la Chambre des communes; les députés francophones l'utilisent, tout comme les traducteurs :

  • Monsieur le Président, en tout respect pour la proposition du Bloc Québécois, je crois que nous avons l'obligation [...] (Jacques Saada.)
  • With all due respect, there are many sexual perpetrators on the street right now. (Joy Smith.)
  • En tout respect, je dirai que de nombreux prédateurs sexuels sont en liberté à l'heure actuelle. (Traduction.)
  • With all due respect for the hon. member of the opposition, it is hard not to be cynical and to question the real motivation behind this motion. (Murray Calder.)
  • En tout respect pour le député de l'opposition, il est difficile de ne pas se montrer cynique et de ne pas s'interroger sur le motif réel de cette motion. (Traduction.)

L'auteur du Guide anglais-français de la traduction, René Meertens, propose de rendre with all due respect par sans vouloir vous offenser. Le Robert & Collins Super Senior donne comme équivalents sans vouloir vous contredire ou sauf votre respect.

Ce dernier tour figure évidemment dans les dictionnaires de langue, de même que sauf le respect que je vous dois. Certains ouvrages de difficultés signalent toutefois que ces deux expressions relèvent de la langue familière, voire populaire. Hanse et Blampain les admettent sans formuler de réserve; on les emploie "pour s'excuser d'une parole qui pourrait choquer". Ils ajoutent néanmoins que l'on dit souvent : Pardonnez-moi l'expression.

Mais revenons sur les tours avec deux verbes à l'infinitif, sans vouloir vous contredire et sans vouloir vous offenser. Si l'on avait recours à ce genre d'expression dans la phrase à l'étude, n'y aurait-il pas rupture de construction, l'agent des infinitifs n'étant pas le même que le sujet de la proposition principale ("forfait")?

Sans vouloir offenser [ou sans vouloir dénigrer, sans vouloir rabaisser] l'ancien premier ministre, son forfait de 1995 n'a pas dû peser bien lourd dans la balance.

J'ai découvert de quoi me rassurer aux paragraphes 371 et 372, f du Bon usage (douzième édition) : nous avons ici affaire à un "élément incident", c'est-à-dire à une "espèce de parenthèse par laquelle celui qui parle ou écrit interrompt la phrase pour une intervention personnelle". Cet élément peut prendre la forme d'un syntagme prépositionnel (groupe de mots introduit par une préposition) contenant un verbe à l'infinitif :

Le citoyen ainsi défini est à la fois "législateur et sujet", pour parler comme Kant. (Bergson.)

"L'agent de cet infinitif étant le locuteur [celui qui parle ou écrit], précise Grevisse, il est souvent différent du sujet de la phrase ou de la proposition."

Bon! en ce qui me concerne, la question est réglée : je conseillerais de remplacer en tout respect, employé pour atténuer l'expression d'un désaccord ou d'une opinion qui pourrait choquer, par des tours comme sans vouloir contredire, sans vouloir offenser, sans vouloir dénigrer, sans vouloir rabaisser ou pardonnez-moi l'expression, selon le contexte.

Line Gingras

* Voir les commentaires pour une mise à jour.

"Le coup de Jarnac" : http://www.ledevoir.com/2005/11/26/96242.html

Posté par Choubine à 23:05:00 - Langue et traduction - Commentaires [2] - Permalien [#]

01-12-2005

Il est dans la montagne...

Il est dans la montagne un coin secret des bois
Que dore le soleil au berceau du feuillage
Où la lumière enfant depuis l’aube de l’âge
Danse et joue dans le vert que du sol elle boit

Oh! le calme des jours et des nuits dans la voix
Des grands érables forts et des libres nuages
Je demeure en ce lieu où n’est plus de mirage
Ici l’on vit et meurt en une seule fois

Et je grandis dans l’air, lors qu’en cette heure immense
Ciel et terre embrassés regardent gravement
Je suis le sapin bleu qui neige sur décembre

Et qui va où il veut, en marchant sur les vents
À l’intérieur de l’âme en sa toute-puissance
Où les êtres du monde ont la vision de l’ambre

Choubine

Posté par Choubine à 22:37:00 - Souvenirs - Commentaires [5] - Permalien [#]