Choux de Siam

Parce que j'aime les choux de Siam, et pas seulement la grammaire (carnet dédié à monsieur Raymond Laganière, autrefois professeur de français à la polyvalente Donnacona)

dimanche 2 octobre 2005

Pas surprenant, pas étonnant que

Pas surprenant que; pas étonnant que; s'étonner que; être étonné que; être surpris que; indicatif ou subjonctif; choix du mode; mode à employer.

  • Pas surprenant que lors des élections municipales de Gaza en janvier dernier, le slogan du Hamas était "Pour le changement et la réforme". (Gil Courtemanche.)

Que le slogan du Hamas ait été effectivement ce que nous rapporte monsieur Courtemanche, je n'ai aucune raison d'en douter; mais je m'interroge sur l'emploi du mode : n'aurait-il pas fallu un subjonctif - passé ou imparfait -, plutôt que l'indicatif était?

Selon le Multidictionnaire et le Hanse-Blampain, l'adjectif surprenant (ou étonnant), construit avec que, appelle le subjonctif :

Il est surprenant que nous n'ayons pas eu de ses nouvelles. (Multidictionnaire.)
Il n'est pas surprenant qu'il ait échoué. (Petit Robert.)
Je trouve étonnant qu'il ne m'ait pas prévenu. (Petit Robert.)
Est-il étonnant que sa femme se plaigne? (Hanse-Blampain.)
Quoi d'étonnant qu'il n'ait pas réussi? (Hanse-Blampain.)
Rien d'étonnant que nous ne le voyions plus. (Hanse-Blampain.)

Je lis encore, dans le Nouveau dictionnaire des difficultés du français moderne, que le subjonctif s'impose après s'étonner, être étonné et être surpris, suivis de que. C'est ce que confirment tous les exemples relevés :

Il fut presque surpris qu'elle parlât, qu'elle pensât. (France.)
Je m'étonne qu'il n'ait pas écrit. (Petit Robert.)
Elle est surprise qu'il finisse son travail si tard. (Multidictionnaire.)
Je m'étonne qu'il n'ait pas répondu, car il est très ponctuel. (Lexis.)
Elle n'est pas étonnée qu'on ne l'ait pas avertie ou qu'il soit là. (Hanse-Blampain.)

Seule note discordante, le Petit Robert propose, sans observation, une citation d'auteur où l'expression l'étonnant est que, dans laquelle étonnant est employé comme nom, se trouve suivie de l'indicatif :

L'étonnant est qu'ils ne semblaient pas se rendre compte de l'étendue de leur malheur. (Maurois.)

Cet emploi substantivé figure aussi dans le Lexis et dans le Hanse-Blampain, qui ne le consignent toutefois qu'avec le subjonctif :

L'étonnant est qu'il soit venu. (Lexis.)
Le plus étonnant est qu'il ait pareil succès. (Hanse-Blampain.)

Chose certaine, d'après le résultat de mes recherches, étonnant et surprenant, employés comme adjectifs suivis de la conjonction que, doivent se construire avec le subjonctif. Même règle pour les verbes ou participes passés correspondants. Il aurait donc fallu écrire :

Pas surprenant que [...] le slogan du Hamas ait été ou fût...

Line Gingras

"La poussée électorale du Hamas" : http://www.ledevoir.com/2005/10/01/91619.html

Posté par Choubine à 23:45 - Langue et traduction - Commentaires [2] - Permalien [#]

Commentaires

    Subjonctif et fait réel

    Pourquoi cet emploi du subjontif concernant un fait réel ?
    Normalement, dans une subordonnée sujet, quand le fait est réel, on emploie le subjonctif, non ?
    ex : Il est certain que vous êtes...il est sûr que vous êtes...il est évident que vous êtes...
    cf http://www.synapse-fr.com/manuels/QUE_INDSUB.htm
    Alors pourquoi se sent-on obligé d'écrire : il est étonnant qu'il soit venu ?

    Posté par alexis-laurent, samedi 17 mars 2007 à 20:16
  • Je pourrais vous dire qu'on emploie le subjonctif, au lieu de l'indicatif, parce qu'on ne se contente pas de parler d'un fait réel, mais qu'on exprime aussi une réaction devant ce fait réel, une opinion. Mais ce beau raisonnement ne fonctionnerait peut-être pas dans tous les cas; il est dangereux de généraliser.

    Pour dissiper un doute, il n'y a qu'une chose à faire : consulter un ouvrage de difficultés ou un dictionnaire général.

    Posté par Choubine, lundi 19 mars 2007 à 02:55

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