Choux de Siam

Parce que j'aime les choux de Siam, et pas seulement la grammaire (carnet dédié à monsieur Raymond Laganière, autrefois professeur de français à la polyvalente Donnacona)

mardi 20 septembre 2005

Se rapporter et se présenter

Se rapporter; se présenter; on va à Old Orchard.

  • Ces joueurs devront se rapporter au camp des Bulldogs.

Ma première vue de la mer, c'est Old Orchard qui me l'a donnée.

Je dois avoir treize ou quatorze ans. C'est l'été, que je passe à vendre des fraises en rêvant du retour à l'école (j'en mange bien quelques-unes aussi, en attendant les framboises qui viendront dans quelques semaines - et les bleuets). Mon père, hier soir, est rentré fourbu et nous a annoncé la seule décision qu'il a dû prendre tout seul dans sa vie d'homme marié : à 4 h du matin, nous allions partir pour... ce que par souci de vérité toponymique j'appellerai Old Orchard.

Des heures et des heures plus tard, nous, les enfants dont je suis l'aînée, trouvons le chemin terriblement long. La nouveauté de la ligne jaune au milieu de la route, elle est épuisée. L'étrangeté des plaques
d'immatriculation, l'orthographe de «Mets sa chaussette» ont fait leur temps. Patience, on va arrêter pour une crème à glace. Et quand est-ce qu'on arrête pour une crème à glace? Ah! mais. Ah! mais il faut qu'il y ait un comptoir. Ah! mais il faut l'apercevoir à temps. Ah! mais ça serait meilleur de la molle. Ah! mais il faut rouler si on veut coucher à soir.

En plus, à chaque sortie d'autoroute, il se trouve plein d'enfants pour demander : est-ce qu'on est rendus, là? Non?

Moi, je ne dis plus rien : après les comptoirs de crème à glace et les étalages de souvenirs, je surveille les écriteaux. Or, voici que nous bifurquons et que la route, tout soudain, est bordée de motels. La voiture s'arrête. On est arrivés, annoncent mes parents. Mais comment ça se fait? Je n'ai pas vu l'écriteau.

Ah! mais si. Sauf que moi, je cherchais «Le Lotcheur».

Ce vrai souvenir de mon premier voyage à Old Orchard, c'est la chronique de Jean Dion pour aujourd'hui qui me l'a rappelé. Alors que mon père, au Lotcheur, s'inquiétait de son commerce, Jean Dion, lui, se préoccupe, ou du moins il s'en préoccuperait peut-être si la saison était commencée, de ce que fabrique le Canadien en son absence.

Parce que oui, Jean Dion est bien allé à Old Orchard en fin de semaine, il a eu la gentillesse de me le confirmer. Entre chroniqueurs, hein.

Hem. Bon.

Donc, pendant que le journaliste laissait son regard vaguer sur les flots, que fabriquait le Canadien? - Il tenait son "gros camp", le Canadien, et se préparait à disputer dimanche soir un match hors concours, et commençait à sélectionner ses joueurs. C'est ce que je retiens d'une dépêche intitulée "Les huit premiers joueurs retranchés du camp d'entraînement", où je lis :

  • Le Canadien a procédé à sa première réduction de personnel hier en cédant huit joueurs qui devront se rapporter au camp des Bulldogs de Hamilton, à compter de vendredi.

Se rapporter?

Le Petit Robert n'admet pas ce verbe au sens de "se présenter". Le Hanse-Blampain ne parle pas de la question; cet emploi est néanmoins signalé comme anglicisme dans tous les ouvrages canadiens que j'ai consultés, soit le Multidictionnaire, le Dagenais, le Colpron et le Chouinard. Et René Meertens propose plusieurs façons de rendre to report, selon le contexte - mais se rapporter ne figure pas au nombre des équivalents.

Les huit joueurs vont donc se présenter au camp des Bulldogs.

Line Gingras

Un site sur Old Orchard : http://www.proseandphotos.com/old_orchard_beach.htm
"À Old Orchard" :
http://www.ledevoir.com/2005/09/20/90756.html?339
"Les huit premiers joueurs retranchés du camp d'entraînement" : http://www.ledevoir.com/2005/09/20/90760.html

Posté par Choubine à 17:15 - Langue et traduction - Commentaires [9] - Permalien [#]

Commentaires

    ta langue est bien savoureuse aujourd'hui (je n'ai jamais entendu dire "à soir", mais bizarrement "à matin" oui).

    Posté par phil, jeudi 22 septembre 2005 à 06:12
  • Les deux se disent encore très souvent! Tu as peut-être entendu "à souère"..., comme dans "I fa frette à souère!".

    Posté par Choubine, jeudi 22 septembre 2005 à 06:27
  • je n'ai hélas pas l'habitude d'entendre s'exprimer les québécois. J'entends parfois "à matin", ici, dans le Poitou et il y a des liens historiques incontestables entre la région que j'habite et le Québec. A propos de Québec, nous fréquentons parfois la "Librairie du Québec" rue Gay-Lussac à Paris : on y trouve on bon échantillonnage de littérature canadienne, quant à mon épouse, elle s'y approvisionne en ouvrages de pédagogie (apparemment vous êtes à la pointe du pogrès dans ce domaine !). Peut-être que tu connais.

    Posté par phil, jeudi 22 septembre 2005 à 07:56
  • La Librairie du Québec, je pense en avoir déjà entendu parler - sans plus. Justement, il y a aujourd'hui une dépêche dans "Le Devoir", à propos de l'enseignement de la littérature québécoise en France : http://www.ledevoir.com/2005/09/22/90921.html

    Pour ce qui est de nos connaissances en pédagogie, je n'étais pas au courant! Est-ce que ça concerne l'enseignement d'une matière en particulier?

    Posté par Choubine, jeudi 22 septembre 2005 à 08:41
  • elle est institutrice spécialisée, c'est à dire qu'elle s'occupe d'enfants ayant des difficultés d'apprentissage (de 5 à 8 ou 9 ans en général). Elle a eu à rédiger un mémoire l'année dernière pour officialiser cette fonction et le thème qu'elle a choisi était la métacognition; pour ce faire,elle s'est appuyée sur des études canadiennes... ceci dit ce n'est pas du tout mon domaine, aussi je peux difficilement en parler plus.

    Posté par phil, jeudi 22 septembre 2005 à 10:40
  • espérons que les québécois, après avoir mis le pied dans la porte, comme dit Le Devoir, parviendront à l'ouvrir un peu plus grand !
    Entre parenthèses, tu sais que le jeu de scrabble (qui était l'objet premier de mon blogue) est une bonne école de francophonie pour celui qui le veut bien car on trouve dans l'ODS (notre dico spécial) un grand nombre de québécismes, belgicismes, helvétismes et autres -ismes encore plus exotiques, tout cela est très riche !

    Posté par phil, jeudi 22 septembre 2005 à 10:46
  • Grazie infinite, phil!

    J'ai un frère qui aime beaucoup le scrabble et qui y joue très régulièrement depuis... un an, peut-être. Il me dit qu'il connaît l'orthographe de beaucoup de mots dont il ignore absolument le sens. Est-ce que c'est souvent le cas?

    Posté par Choubine, jeudi 22 septembre 2005 à 16:00
  • je crois bien que.... oui. Lorsque je découvre au cours du jeu un mot que je ne connais pas, je m'efforce d'en chercher la signification, ça aide à mémoriser et j'ai l'impression de me coucher moins idiot le soir. Mais j'ai quand même beuacoup de mal à me souvenir de tout ! Ca arrive donc de retenir l'orthographe et d'oublier le sens.

    Posté par phil, jeudi 22 septembre 2005 à 16:47
  • Dans le cas de mon frère, je ne suis pas sûre qu'il donne beaucoup d'aliments à sa mémoire des définitions...

    Posté par Choubine, samedi 24 septembre 2005 à 08:20

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